De nouveaux espoirs rapprochent la Bourse du record de juillet

Publié le 07/09/2019 à 10:00

De nouveaux espoirs rapprochent la Bourse du record de juillet

Publié le 07/09/2019 à 10:00

Pour la rentrée, les investisseurs ont laissé derrière eux le pessimisme du mois d’août.

Les trois indices américains s’offrent une deuxième semaine de gains oscillant entre 1,5 à 1,7%. Le S&P/TSX avance de 0,6% malgré le déclin de l’or.

Découvrez ici les gagnants et les perdants à la Bourse de Toronto

Il faut dire que les nouvelles économiques ont chassé les pires craintes, une fois que la Bourse ait encaissé mardi la première contraction du secteur manufacturier américain depuis janvier 2016.

Jeudi, la hausse de l’indice ISM des services, plus important pour l'économie américaine, a rasséréné les investisseurs.

D’autres tracas du mois d’août se sont tout à coup dissipés: le gouvernement de Hong Kong a retiré le projet de loi d’extradition à l’origine des manifestations, les revers parlementaires de Boris Johnson en Grande-Bretagne réduisent le risque d’un Brexit sans accord, et la Chine a confirmé la reprise officielle des négociations face à face en octobre à Washington.

La fin de la dégringolade des taux à long terme, dont les ramifications pour le système financier minaient le moral des pros, a aussi relevé l’humeur en Bourse.

Les taux américains de 30 ans sont repassés au-dessus de la barre de 2% tandis que les taux de dix ans sont retournés 1,56%.

En plus, la pente de la courbe des rendements s’est rétablie: les taux américains de deux ans de 1,54% sont repassés sous les taux de dix ans.

La décision par les banques centrales du Canada et de la Suède, entre autres, de ne pas se joindre au mouvement mondial de coupe des taux, a aussi renversé le climat de panique sourde qui commençait à s’installer.

La chute mondiale des taux alimente l'impression que tout va de mal en pis.

Pour couronner le tout, la banque centrale de Chine a injecté 126 milliards de dollars américains dans son système bancaire en abaissant de 0,5 % le ratio des réserves que les banques chinoises doivent constituer.

Les prévisionnistes s’attendent à ce que l’institution abaisse aussi bientôt son taux directeur.

Du pessimisme à l’indécision

La réaction somme toute modeste des Bourses, du cours du pétrole et des prix des métaux de base à toutes ces bonnes nouvelles révèle que la prudence domine encore, note Martin Roberge de Canaccord Genuity.

Les pourparlers sino-américains s’annoncent laborieux et l’augmentation de 25 à 30% des droits de douane américains du 1er octobre entreront en vigueur comme prévu.

Néanmoins, les investisseurs hésitent à vendre de peur de manquer un nouvel élan haussier si jamais les pourparlers commerciaux débloquaient.

«On verra combien de temps la trêve commerciale, les rachats d’actions et les mesures imminentes de relance monétaire en Europe et au Japon soutiendront les cours, à court terme», dit M. Roberge.

Douze jours avant la prochaine réunion de la Fed, son président Jerome Powell s’est aussi voulu rassurant en répétant lors d’un panel à Zurich qu’il ne prévoit pas de récession.

Divers observateurs ont immédiatement répliqué que la Fed n’a jamais réussi à prédire les récessions de toute façon, insinuant ainsi que cette déclaration avait peu de valeur.

Briser le plafond des profits de 175$ US

La Bourse se retrouve donc de nouveau à la merci des nouvelles du jour jusqu’au dévoilement des résultats du troisième trimestre par les entreprises à la mi-octobre.

Les indices américains ont tous franchi des obstacles techniques cette semaine (la moyenne mobile de 50 jours), mais la Bourse a besoin que les bénéfices prévus atteignent une nouvelle marque pour surpasser les sommets du 26 juillet, soutient M. Roberge.

Contrairement aux rebonds boursiers de 2013 et de 2017, le ralentissement mondial est trop avancé pour que les bénéfices de S&P 500 fracassent le plafond de 175 $US, craint-il.

«Il est difficile d’imaginer que ce record puisse être franchi étant donné l’impact négatif de l’appréciation du dollar américain et de l’imposition de nouveaux tarifs», ajoute le stratège.

Le S&P 500 est à peine 1,6% sous le record du 26 juillet.

L’emploi n’est pas un bon indicateur

La création de 130 000 emplois en août aux États-Unis a déçu tandis que la hausse annuelle de 3,2% du salaire horaire a plu.

Ce portrait divergent assure une deuxième baisse du taux directeur de la Fed, d’encore 0,25 point de pour cent à 1,75-2% le 18 septembre.

En même temps, plusieurs experts rappellent le danger de se fier aux données sur l’emploi pour se convaincre que l’économie se porte bien.

Avec le taux d’inflation, il s’agit de l’un des indicateurs les plus décalés du cycle économique, préviennent divers économistes.

Historiquement, les récessions ne tardent pas après que le marché de l’emploi et les consommateurs aient donné leur meilleur d’eux-mêmes, rappelle Komal Sri-Kumar, chroniqueur chez Bloomberg.

En 2001, les dépenses de consommation ont baissé plusieurs mois après le début de la récession, donne-t-il en exemple.

Lors de la crise, l’indice de confiance des consommateurs a commencé à baisser deux mois après le début de la récession qui s’était amorcée en décembre 2007.

La croissance de 1,39% de l’emploi aux États-Unis depuis un an est fort respectable, à la dixième année du cycle économique, dit pour sa part M. Roberge. Par contre, dès que le taux de progression tombe sous ce seuil une récession n’est pas bien loin, indiquent aussi les données depuis 1950.

Les données économiques et leur interprétation soufflent le chaud et le froid. L’adage ne dit-il pas que la Bourse doit sans cesse lutter contre les inquiétudes (climbs a wall of worry)?

Après les gains exceptionnels des dix dernières années, incluant l’appréciation de 19% de 2019, on peut comprendre que les investisseurs redoutent ce qui pourrait y mettre fin.

 

 

 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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