Faut-il acheter présentement l'action de Nvidia?

Publié le 19/04/2024 à 13:56, mis à jour le 19/04/2024 à 14:01

Faut-il acheter présentement l'action de Nvidia?

Publié le 19/04/2024 à 13:56, mis à jour le 19/04/2024 à 14:01

Même dans son sprint actuel, «je pense que Nvidia est sous-estimée», affirme catégoriquement M. Velez. (Photo: 123RF)

Depuis son introduction en bourse en 1999, l’action de Nvidia (NVDA) a explosé de plus de 30 000%. Seulement l’année dernière, elle avait progressé de plus de 200% au 25 mars 2024, souligne Robertson Velez, co-gestionnaire de portefeuille du Fonds mondial de technologie CIBC. Mais la hausse peut-elle se poursuivre?

«Les investisseurs s’attendent à ce que le chiffre d’affaires de Nvidia double en 2024 et continue d’augmenter de 30% par an pendant quelques années ; c’est ce que le cours de l’action suggère actuellement», observe Brian Colello, stratège en actions technologiques chez Morningstar. Cela signifie que l’entreprise doit croître très rapidement, «et nous pensons que Nvidia peut le faire», ajoute-t-il.

 

Nvidia n’est pas un acteur de niche

Même dans son sprint actuel, «je pense que Nvidia est sous-estimée», affirme catégoriquement M. Velez, qui juge que trop d’investisseurs considèrent encore les unités de traitement graphique (GPU) de Nvidia comme «un produit de niche pour un marché de niche». Or, les opportunités pour Nvidia sont bien plus vastes, pense-t-il, notamment dans le monde des centres de données qui n’offrent pas les performances dont le marché aura de plus en plus besoin.

«Nous ne suivons plus la loi de Moore comme auparavant, où le coût du processeur diminuait de moitié alors que ses performances doublaient tous les deux ans, poursuit M. Velez, mais le calcul accéléré [comme celui de Nvidia] apporte l’amélioration nécessaire des performances du côté des données. Si l’IA devient aussi omniprésente dans les industries que nous le pensons, la plupart des centres de données devront être mis à jour pour gérer la charge supplémentaire de l’IA. Cela signifie que Nvidia a encore de beaux jours devant elle.»

Brian Colello souligne un élément clé qui consolide l’avance de Nvidia: le logiciel. «Les ventes de GPU dans le domaine de l’IA ont été couronnées de succès parce que Nvidia a construit tout un écosystème de support autour d’eux, dit-il. Essayer de passer à un autre GPU peut imposer un lourd fardeau au client.» M. Colello compare cela à l’environnement Windows de Microsoft pour les utilisateurs et les développeurs. Essayer de s’en affranchir est une entreprise fastidieuse.

L’action de Nvidia «est encore à un prix raisonnable en regard de son ratio cours-bénéfice historique de 30 par rapport à ses opportunités de croissance et aux attentes qui sont beaucoup plus élevées, ajoute M. Velez. Je suis optimiste pour Nvidia — sur le long terme.»

 

Naviguer dans la volatilité de Nvidia

Les investisseurs doivent toutefois composer avec une action plutôt volatile à court terme. M. Velez s’attend à ce qu’il y ait des moments où il prendra des bénéfices sur l’action, et d’autres où il en achètera davantage. Il se souvient du deuxième trimestre 2023, lorsque l’action a chuté alors que Nvidia avait dépassé les attentes. Si l’action baissait à nouveau à l’avenir malgré de bons résultats, «j’augmenterais ma position», note le gestionnaire.

 

Un retard dans l’intégration de l’IA pourrait ralentir la demande

Il n’est pas garanti que le chemin vers l’adoption de l’IA soit pavé comme une autoroute et exempt de nids-de-poule. Cathie Wood, fondatrice et chef des investissements chez Ark Invest, n’est pas de cet avis. Les dirigeants d’entreprise, juge-t-elle, auront la lourde tâche de déterminer comment utiliser «une technologie révolutionnaire qui est susceptible de séparer les gagnants des perdants dans les années à venir. […] Ils devront évaluer la concurrence entre les fournisseurs d’informatique dématérialisée et les entreprises d’IA que les marchés financiers financent, cartographier les flux de travail dans les moindres détails et trouver/intégrer des données provenant de divisions très éloignées — autant de tâches décourageantes et chronophages — avant d’activer l’IA de manière stratégique et efficace.»

À un moment indéterminé, les retards dans l’exploitation du plein potentiel de l’IA pourraient ralentir la demande pour les produits de Nvidia et faire chuter l’action, à l’instar de ce qui est arrivé à Cisco, firme fétiche de l’ère Internet, qui a perdu 51% dans les premiers jours de l’adoption de l’Internet par les entreprises qui se sont arrêtées pour reconsidérer leur stratégie et leurs dépenses.

David Rosenberg, président de Rosenberg Research, est encore plus pessimiste lorsqu’il observe la concentration sans précédent du marché autour d’une poignée de valeurs technologiques, au premier rang desquelles figure Nvidia: «Chaque jour qui passe donne l’impression d’un croisement entre 1999 et 2007», écrit-il dans une note datée du 12 février. «Il s’agit d’une gigantesque bulle spéculative sur la plupart des actifs à risque, et si l’IA est bien réelle, l’Internet l’était aussi.»

Brian Colello est d’accord avec la comparaison de M. Rosenberg, qu’il qualifie de «manière raisonnable de considérer l’Internet, ajoutant: dans un cycle d’expansion et de ralentissement, les GPU ont une durée de vie plus courte que les fibres de télécommunication. […] Nous n’en sommes qu’au début des gains de productivité».

 

La «bulle» de l’IA va-t-elle éclater avant le boom?

Jeremy Grantham, célèbre permabear et cofondateur de GMO, estime que les investisseurs sont trop pressés d’intégrer ces gains de productivité. Il a d’ailleurs récemment qualifié l’IA de «bulle à l’intérieur d’une bulle». Dénonçant déjà l’état de bulle des marchés avant l’IA, M. Grantham considère que la frénésie actuelle n’est qu’une pause temporaire avant une chute inévitable.

Tout comme MM. Velez et Colello, CathieWood, David Rosenberg et Jeremy Grantham croient au potentiel énorme de l’IA et à la façon dont elle peut porter un gagnant comme Nvidia. C’est juste que l’enthousiasme est très probablement prématuré, nous rappelle M. Grantham: «Chaque révolution technologique de ce type — de l’Internet au téléphone, en passant par les chemins de fer ou les canaux — a été accompagnée d’un battage médiatique massif et d’une bulle boursière, les investisseurs se concentrant sur les possibilités ultimes de la technologie, fixant immédiatement le prix de la majeure partie du potentiel à très long terme dans les prix actuels du marché.

Ainsi, comme exemple le plus remarquable de la bulle technologique, Amazon a mené le marché spéculatif, multipliant par 21 son cours entre le début de 1998 et le pic de 1999, pour ensuite décliner de manière presque inconcevable de 92% entre 2000 et 2002, avant d’hériter de la moitié du monde de la vente au détail! »

 

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