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Le repreneuriat dépasse la création d’entreprise

Emmanuel Martinez|Mis à jour le 13 juin 2024

Le repreneuriat dépasse la création d’entreprise

«Le fait que le repreneuriat soit plus important que la création d’entreprise est une des grandes nouveautés de l’étude», affirme le PDG du CTEQ, Alexandre Ollive. (Photo: CTEQ)

Le Québec a enregistré plus de 8600 transferts d’entreprises en 2021, ce qui dépasse pour la première fois la création de nouvelles entreprises, selon une étude exhaustive dévoilée jeudi par le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ).

Durant la période 2015-2021, le repreneuriat a connu une hausse marquée de 32,1%.

«C’est une croissance exponentielle qui s’est accélérée en 2021, explique en entrevue le PDG du CTEQ, Alexandre Ollive, en marge du Sommet du repreneuriat 2024 organisé par son institution. Les retombées économiques sont importantes pour le Québec.»

Cette analyse longitudinale, qui s’appuie sur une base de données administratives composée de 188 000 PME chaque année en moyenne, estime que les transferts d’entreprise incluent jusqu’à 26 milliards de dollars (G$) d’actifs en moyenne annuellement.

«Le fait que le repreneuriat soit plus important que la création d’entreprise est une des grandes nouveautés de l’étude, croit le patron du CTEQ. On avait une intuition, mais on n’était pas capable de le mesurer.»

Il souligne que les entreprises transférées sont parmi les plus performantes au Québec. En 2021, elles enregistraient des revenus annuels moyens de 4,8 millions de dollars (M$), soit 9,2 fois plus que ceux générés par celles nouvellement créées. Évidemment, les PME qui changent de main sont souvent celles qui sont les plus attrayantes, avec des revenus et des perspectives de croissance intéressantes. Toutefois,  Alexandre Ollive croit qu’un transfert constitue une bouffée d’air frais pour une entreprise.

«L’apport d’un actionnaire supplémentaire ou d’un nouveau propriétaire qui amène une nouvelle vision procure une plus-value et injecte du sang neuf dans une entreprise, afin de stimuler sa croissance, dit-il. Cela a une importante répercussion.»

 

Une vague bien réelle

Menée par le professeur Marc Duhamel, directeur scientifique de l’Observatoire du repreneuriat et du transfert d’entreprise, cette étude montre que le repreneuriat augmente dans tous les secteurs d’activité, particulièrement celui du transport et de l’entreposage (10,1% en moyenne par année de 2015 à 2021), de la construction (5,5%) et de l’industrie manufacturière (5,1%).

«Le potentiel de développement est partout, affirme Alexandre Ollive. On ne peut pas se permettre de manquer de repreneurs, car le marché est immense. On sait que la vague de repreneuriat est importante.»

En effet, six propriétaires sur dix comptent vendre ou céder leur entreprise dans les dix prochaines années au Québec selon l’Indice entrepreneurial 2022, dévoilée il y a près d’un an.  Ces souhaits se traduisent bel et bien en transaction d’après l’étude du CTEQ, car 91% des intentions de transfert d’entreprise de 2015 à 2021 se sont concrétisées.

Le nombre de transferts est donc amené à bondir puisque selon les données de Statistique Canada, 9% des PME du secteur privé au Québec, soit environ 24 000 entreprises, songent à une vente ou un transfert dans l’année à venir.

 

Manque de jeunes

Avec les vieillissements des entrepreneurs, il faudra que les jeunes prennent la relève. Toutefois, les données de l’étude révèlent que les repreneurs de 55 et plus représentent 36,6% du total en 2021 contre seulement 5,2% pour les jeunes de moins de 34 ans. Qui plus est, la proportion des jeunes dans le repreneuriat a reculé de 0,6 point de pourcentage depuis 2015, tandis qu’il a augmenté de 8,4 points de pourcentage chez les 55 ans et plus. Les repreneurs qui ont de 30 à 54 ans représentent 58,2% des nouveaux propriétaires.

«La barrière pour les jeunes est l’accès au financement, note Alexandre Ollive. De plus, ils ont généralement un fort intérêt pour la création d’entreprise. Il y a de la sensibilisation à faire concernant le repreneuriat et travailler sur des programmes de financement plus accessibles.»

Bien que bienvenue à court terme, l’acquisition de PME par des gens de plus de 55 ans posera un défi d’ici une dizaine d’années, car elles risquent de se retrouver encore sur le marché. Il faudrait donc les identifier et voir si de la relève est là, estime le PDG du CTEQ. Ce dernier souligne que le marché du repreneuriat est opaque, puisque les propriétaires sont réticents à annoncer leurs couleurs lorsqu’ils veulent passer le flambeau. «Ce n’est pas évident de convaincre les entrepreneurs d’afficher leurs entreprises, même s’il y a des niveaux de confidentialité élevés dans les plateformes de vente», ajoute-t-il.

Pour le PDG du CTEQ, l’accompagnement et la sensibilisation constituent la pièce maitresse pour garder en vie ou dans des mains québécoises les PME d’ici.

Le maillage est aussi important pour faire connaitre les PME à vendre et les lier à des acheteurs potentiels.

«Est-ce que toutes les parties prenantes comme les organisations, les banques et les institutions sont prêtes à absorber ce volume afin que nos entreprises ne nous échappent pas ou ne ferment? C’est ça la grande question.»

 

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