Collection très privée

Publié le 19/12/2013 à 16:47

Collection très privée

Publié le 19/12/2013 à 16:47

J’ai eu le privilège il y a quelques jours avec un petit groupe de jeunes professionnels de visiter la collection privée d’art contemporain d’Hydro Québec. Je dis bien privilège car cette collection n’est habituellement pas accessible au grand public. Et c’est à mon avis un problème.

Plusieurs entreprises ont constitué au fil du temps des collections privées d’art. Au Québec seulement, la Banque Nationale, Power Corporation, la Caisse de dépôt et placement, Loto-Québec, SNC Lavalin notamment possèdent des collections impressionnantes. Le Regroupement des artistes en arts visuels du Québec dénombre dans la province une trentaine d’entreprises, de toutes tailles, possédant une collection d’œuvres d’art. Il faut dire que la fiscalité du Québec et du Canada proposent certains avantages qui permettent d’amortir l’achat d’œuvres d’art pour les entreprises qui exposent au public leurs acquisitions d’artistes canadiens.

Les collections d’entreprises soutiennent le marché de l’art local. En achetant dans les galeries, lors de foires comme Papier ou directement aux artistes, ces entreprises permettent au marché local de l’art, encore très modeste ici, de se développer et de se structurer. En cela, c’est tout à fait louable. J’étais d’ailleurs plutôt en accord avec le milieu de l’art qui, en 2010, s’était mobilisé contre la décision d’Hydro Québec de mettre fin à sa politique d’acquisition d’œuvres. Décision sur laquelle l’entreprise est revenue.

Quand une banque ou toute autre entreprise privée décide de constituer une collection à même ses profits, elle n’a de compte à rendre qu’à ses actionnaires. Quand une entreprise d’État comme Hydro Québec décide de constituer une collection, elle le fait à même la facture des usagers ou les taxes des contribuables. C’est à eux qu’elle doit rendre des comptes. La meilleure façon de le faire, c’est de rendre visibles toutes les œuvres qu’elle possède, plus de mille au total dans ce cas-ci. Loto-Québec l'a très bien fait, par exemple avec son Espace Création. De son côté, La Caisse démontre aussi un réel effort de diffusion et de partage de sa collection constituée depuis 2003 et visible dans ses propriétés immobilières. Pensons simplement à la magnifique oeuvre de Nicolas Baier présentée à la Place Ville Marie.

Imaginez qu’un musée entièrement financé par l’argent public garde ses portes closes et ses collections uniquement disponibles pour une petite élite. On réclamerait rapidement que l’institution s’ouvre à tous et que le plaisir de voir ces œuvres soit partagé. C’est exactement ce qu’Hydro Québec devrait faire. Quelques-unes des œuvres d’Hydro sont prêtées pour des expositions dans des lieux publics mais il est temps qu’elles circulent plus librement et plus largement.

Pourquoi pas les faire circuler dans les maisons de la culture, dans les municipalités partout dans les régions et permettre aux Québécois de s’approprier ce patrimoine, leur patrimoine?

Je vous souhaite de joyeuses fêtes !

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Sébastien Barangé (Twitter @SBarange)

Sébastien Barangé est directeur des communications et affaires publiques du Groupe CGI. Il est coprésident d’artsScène Montréal (Business For The Arts), co-initiateur de Jeunes mécènes pour les arts, membre du comité arts-affaires du Conseil des arts de Montréal et des conseils d’administration du CECI et de Ensemble pour le respect de la diversité.

 

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