Jean Coutu a tout misé sur son concept

Publié le 22/01/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:11

Jean Coutu a tout misé sur son concept

Publié le 22/01/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:11

Par René Vézina

René Vézina - Monsieur Coutu, qu'est-ce qui vous est passé par la tête au moment de lancer votre nouveau modèle de pharmacie ?

Jean Coutu - J'étais pharmacien de la fin d'une ère, un pharmacien qui pouvait faire des médicaments. Après la guerre, avec la publicité, les journaux, le Reader's Digest qui publiait tous les mois un article sur la santé et surtout la télévision, les gens connaissaient de plus en plus la médication. Au lieu de vous demander : " Monsieur, j'aimerais avoir un bon sirop pour le rhume ", ils arrivaient et ils disaient : " J'aimerais avoir du Benylin avec codéine. " ll ne vous reste plus grand-chose à faire à ce moment-là. Au début des années 1960, je me suis aperçu que le bon pharmacien n'était plus celui que l'on considérait à cause de son talent, comme fabriquant de médicaments. Il devenait celui qui ne vend pas cher.

Je me rappelle plusieurs anecdotes, entre autres celle-ci : un jour, je remplissais une ordonnance pour une personne. Arrive un professionnel de la santé qui me dit qu'il part en vacances. À la fin, il ajoute : " N'oublie pas mon escompte. " Et l'autre monsieur, lorsque je lui ai donné ses médicaments, m'a regardé en disant : " Moi, monsieur, je suis trop pauvre pour avoir un escompte. " Ça m'a frappé droit au coeur.

L'ENTREVUE VIDÉO

R.V. - Vous étiez situé à quel endroit, à l'époque ?

J.C. - J'étais au coin d'Aird et de Sainte-Catherine, dans Hochelaga-Maisonneuve, dans l'est de Montréal, qui était à ce moment un amalgame entre anglophones possédant et francophones travaillant. Je ne dis pas que les anglophones ne travaillaient pas, mais tous les contremaîtres étaient des Écossais et des Anglais qui travaillaient pour la Canadian Vickers ou d'autres sociétés du coin. Les manoeuvres, les ouvriers, étaient des Canadiens français.

Ils n'étaient pas très riches mais ils étaient travailleurs, fiers de leur travail et ils avaient des familles. J'avais calculé que, dans l'est de Montréal, à chaque pied courant de la rue, il y avait une personne. Ce qui veut dire que sur 25 pieds, et sur trois étages, il y avait à peu près 25 personnes. Je me suis dit que c'était nécessairement dans ce coin-là qu'il pouvait se passer autre chose. Et lorsque vous lancez quelque chose de nouveau, dans tous les domaines, il faut innover et surtout convaincre. Même si vous pensez que vous avez raison, il n'y a rien de plus difficile que de fracturer ce avec quoi les gens ont vécu depuis de nombreuses années.

S'inspirer des autres

R.V. - Vous aviez la conviction d'avoir raison. Encore fallait-il convaincre votre entourage !

J.C. - C'est drôle, c'est l'Ontario qui m'a aidé. J'avais des amis, j'avais surtout un associé qui s'appelait Louis Michaud et qui m'a dit : " Jean, on va aller à Toronto, il se fait quelque chose de nouveau dans notre domaine, la santé, qui n'est pas pharmaceutique mais qui touche de très près à la pharmacie. Tu peux trouver tout ce qu'il y a en pharmacie, sans les ordonnances. " C'était les fameux discount stores.

C'est là que j'ai pris une décision difficile : ça prend un certain acte d'humilité pour accepter de ranger pratiquement de côté les cinq ans d'études que vous avez passées pour ne vous intéresser qu'au point de vue mathématique des affaires, c'est-à-dire aux prix. On s'est dit, tous les deux : " Ils veulent en avoir, des prix, on va leur en donner. " Et c'est de cette façon-là qu'on a commencé. Ça a été très difficile de convaincre la majorité des confrères de se joindre à nous, mais en voyant notre exemple, les gens venaient à nous parce qu'on était comme une sorte de bouée de sauvetage dans la façon de penser la pharmacie nord-américaine.

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