Jean Coutu a tout misé sur son concept

Publié le 22/01/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:11

Jean Coutu a tout misé sur son concept

Publié le 22/01/2011 à 00:00, mis à jour le 03/05/2011 à 17:11

Par René Vézina

R.V. - Y a-t-il eu des modèles, des gens qui vous ont inspiré, des Jules César ou d'autres qui vous ont donné un déclic ?

J.C. - Oui. C'est drôle. C'est César, c'est Napoléon, c'est Vercingétorix, ils sont tous là, c'est Hannibal... Et prenons César : on n'a jamais parlé des forgerons qui faisaient les fers pour les chevaux de Jules César. Si les forgerons avaient été pourris, de mauvaise qualité, les chevaux n'auraient pas été capables de faire du bon travail. Je me suis dit : " Bonté divine, dans la vie aujourd'hui, on encense certains individus, mais on oublie de dire que, pour en arriver là, il y a un paquet de gens autour qui ont été nécessaires. C'est pour ça que je vous ai dit tout à l'heure, quand vous parlez à vos employés, dites : " J'ai besoin de toi. " Je n'étais pas là du temps de César, mais peut-être qu'il regardait ses troupes et disait : " Écoutez les boys, nos chevaux sont extraordinaires, mais il ne faut pas oublier que c'est Victorius, ou Pompeus, ou les autres qui ont fait du bon travail. Sans eux, on ne sera pas capable de gagner nos guerres. " Et c'est ça qu'on oublie. Vous me parlez, aujourd'hui, que Jean Coutu est un peu connu. On va donner certains honneurs à Jean Coutu. Mais le succès, ça se façonne. On regarde un cardigan ou un chandail, on trouve ça beau, mais on oublie qu'il se fait maille par maille.

R.V. - Vous faire appeler un leader, un des grands leaders à avoir participé à l'émergence du Québec moderne, en économie, ça vous fait plaisir ou vous regardez à côté en disant : " Mais de qui il parle " ?

J.C. - Écoutez, ça ne peut pas déplaire. Mais il faut arrêter de se gargariser avec ça. Comme je vous ai dit tout à l'heure, c'est aujourd'hui qu'on me reconnaît. Mais j'étais bon surtout quand j'ai créé ça, il y a 25 ou 40 ans. Aujourd'hui, j'ai les rebondissements d'un succès qui continue, certainement pas par moi seulement, mais par tous ceux qui m'ont accompagné au fil des ans.

R.V. - Lorsqu'on regarde le travail accompli par ceux qui ont été des innovateurs, on trouve extraordinaire ce qu'ils ont fait. Y en a-t-il d'autres de cette trempe-là dans notre société ? Peut-on avoir confiance dans ceux qui s'en viennent ?

J.C. - Le pire défaut qu'on puisse avoir, c'est de prescrire notre façon de faire à la jeunesse d'aujourd'hui. On dit souvent que les jeunes sont comme ci et comme ça... On ne se parle pas. Le vieux proverbe " Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait " est bien vrai. Les jeunes se disent : " Lui, il ne comprend pas que j'ai fait un mauvais coup, ou que j'ai manqué mon coup. "

C'est l'avantage de la vieillesse, ou de l'âge avancé, tu peux les regarder et leur dire : " Ne vous énervez pas, vous n'avez rien inventé, vos mauvais coups, on les a tous faits ! Et vous savez quoi, je ne suis pas scandalisé du tout, et ensemble, on va s'organiser pour que vous ne les fassiez pas deux fois. " C'est ça, les échanges entre générations. Les jeunes pensent que, dans notre tête, on a de vieilles idées. Ça n'existe pas. Les idées sont toujours pareilles. Comme disait mon père, les idées sont là, mais la carrosserie ne suit pas. C'est ce qu'on appelle la perte de la jeunesse. D'autres appellent ça la vieillesse.

R.V. - Et si ces jeunes devaient prendre un principe de Jean Coutu et l'appliquer à leur propre façon de faire, que devraient-ils retenir ?

J.C. - Faites des choses qui plaisent au monde. Sans être condescendant. Sans être flatteur. Mais le succès, c'est de donner aux gens ce que, des fois, ils espèrent mais qu'ils ne peuvent pas produire. Vous pouvez aimer la musique sans être capable d'en faire. C'est la même chose dans n'importe quel milieu. Il faut leur donner ce qu'ils veulent, même si vous faites des affaires. Vous pouvez être psychologue, ethnologue, et vous servir de ces connaissances-là pour donner aux gens ce qui correspond à leurs aspirations.

Vous savez, l'essence même des individus n'a pas changé. Les femmes sont des femmes, les hommes sont des hommes. La seule différence, les vêtements extérieurs changent, les habitudes aussi, mais l'intérieur ne change pas. L'autre jour, j'étais avec ma femme à la campagne, près d'une piscine, avec mes petits-enfants - j'en ai plusieurs, j'en ai 15. Avez-vous déjà remarqué ? Les enfants crient dans une piscine. Un peu plus tôt, j'étais dans les Émirats. Il y avait un paquet d'enfants, des petits Arabes qui criaient pareil comme chez nous. Vous allez en Afrique, ils crient. On est tous pareils, les humains, même si on n'est pas habillés de la même façon. C'est toujours la même histoire : il faut arrêter de classifier les gens de façon hiérarchique comme du temps de la monarchie. Quand vous étiez un prince, la société vous devait beaucoup, mais on oubliait que, pour être un prince, ça prend un laboureur, ça prend un cheval mené par un ânier. C'est ça, la vie.

R.V. - Jean Coutu, on a déjà beaucoup écrit sur vous, sur la façon dont vous avez vécu, sur ce que vous avez accompli, mais s'il fallait tout résumer un jour, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on dise ?

J.C. - Jean Coutu, c'est un gars bien ordinaire qui m'a aidé à mieux vivre, et la vie, ce n'est pas si compliqué que ça si on a l'humilité de dire que ça commence un jour et que ça finit un jour. C'est tout.

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