Le syndicat qui dormait au gaz

Publié le 16/04/2024 à 11:26

Le syndicat qui dormait au gaz

Publié le 16/04/2024 à 11:26

Par Courrier des lecteurs

«Où était le syndicat à ce moment? Trop occupé dans les rues pour être scandalisé ou bien était-il juste impassible entre le mois de novembre et le congédiement survenu en mars 2024?» (Photo: 123RF)

Un texte de Kévyn Gagné, CRIA, M. Sc., directeur des ressources humaines, Franklin Empire


COURRIER DES LECTEURS. Où était le syndicat? Où est le syndicat? Qu’a fait le syndicat quand c’était le temps d’intervenir? Que fait maintenant le syndicat une fois que les réseaux sociaux se sont enflammés?

Interrogé sur le dossier de Déborah De Braekeleer, cette enseignante de l’école Saint-Thomas-d’Aquin congédiée par le Centre de services scolaire pour sa participation à l’émission Survivor Québec, puis réembauchée comme remplaçante, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a répondu du tac-ô-tac au journaliste qu’il ne s’immisçait par dans les relations de travail. Que la question devait se régler entre l’employeur et le syndicat.

Bon, par où commencer?

Monsieur Drainville, vous avez en partie raison, mais probablement pas pour les raisons que vous ne croyez, du moins, pas pour les raisons que vous citez. Rappelez-vous l’entrevue accordée au Devoir en mai 2023. Vous ne voulez pas interférer dans les relations de travail, ce qui ne vous avait pas empêché de donner votre avis sur les négociations qui avaient lieu et sur les demandes syndicales.

Donc, le Big Boss, c’est vous! À moins que vous ne craigniez les directeurs des centres de services scolaires et que vous n’aviez aucun réel pouvoir et aucune influence malgré tous les pouvoirs que vous vous êtes accordés avec la loi 23 en pouvant nommer les directeurs généraux des centres de services scolaires, casser leurs décisions, et en pouvant les congédier. Dans le secteur privé, si le propriétaire de l’entreprise est informé qu’un gestionnaire n’intervient pas auprès de son employé problématique ou ayant causé préjudice, il est fort à parier que ce propriétaire interviendra auprès de son gestionnaire et que des actions seront prises rapidement à l’endroit de l’employé fautif. Mais il semblerait que ce principe de base n’existe pas en éducation.

Maintenant, regardons de plus près la décision et la réaction de ce cher Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe. Ce centre, comme tous les autres, est une machine, une pure création bureaucratique, donc il revêt un caractère inhumain par définition. Si vous lisez le moindrement les journaux, vous savez que nous en parlons depuis des décennies. Nous avons changé leur nom, aboli les élections scolaires, remplacé les commissaires, mais un fait demeure, les sentiments et les considérations humaines y sont mis de côté. On le sait, alors cessons d’être surpris et d’être choqués à chaque fois que la situation se représente. Le Centre scolaire s’est maladroitement limité à appliquer la convention collective selon son interprétation. S’il a erré, c’est au syndicat d’effectuer son travail.

De son côté, madame De Braekeleer a-t-elle déposé un grief auprès de son syndicat pour faire valoir ses droits? Je ne saurais dire. Est-ce que l’article 47.2 du Code du travail stipulant qu’un syndicat ne doit pas agir de mauvaise foi ou de manière arbitraire à l’endroit des salariés qu’il représente a été respecté? Est-ce que madame De Braekeleer s’est prévalue de l’article 47.3, indiquant qu’un salarié ayant subi un renvoi et croyant que le syndicat contrevient à l’article 47.2, afin de porter plainte contre son propre syndicat? Je ne saurais dire. 

Du côté syndical, le Syndicat de l’enseignement Val-Maska FSE-CSQ a dit quelque chose, mais il n’a ni parlé fort ni été convaincant! Il a dit quelque chose, mais clairement, personne ne l’a entendu. Le syndicat s’en est mêlé sur la place publique, mais il était un peu trop tard! Pourtant, ce syndicat a l’habitude de se faire entendre et de ne pas attendre. Rappelons-nous leur réaction, leur mobilisation, et leur communication lors de la grève dès le mois de novembre dernier.

Ici, pas un mot qui mérite d’être cité. Pourtant, la demande initiale de cette enseignante date aussi du mois de novembre 2023, tout comme le refus. Où était le syndicat à ce moment? Trop occupé dans les rues pour être scandalisé ou bien était-il juste impassible entre le mois de novembre et le congédiement survenu en mars 2024?

Ironiquement, alors que cette nouvelle aurait pu servit de levier pour le syndicat depuis sa divulgation, la nouvelle du congédiement a plutôt créé une onde de choc sur les réseaux sociaux. Puisque l’occasion fût servie sur un plateau d’argent, nous nous attendions à ce que le syndicat ne fasse qu’une bouchée de cette nouvelle. Mais non! La réaction est d’abord venue des employés et des parents, ensuite du grand public. Puis, le syndicat est arrivé…

Une bonne occasion manquée de servir à quelque chose. Une bonne occasion ratée d’effectuer votre travail, et ce pour quoi les gens ont initialement voulu être syndiqués: se faire représenter et faire valoir leurs intérêts et défendre leurs droits.

 

 

 

Inscrivez-vous gratuitement aux infolettres de Les Affaires et suivez l’actualité économique et financière au Québec et à l’international, directement livrée dans votre boîte courriel.

Avec nos trois infolettres quotidiennes, envoyées le matin, le midi et le soir, restez au fait des soubresauts de la Bourse, des nouvelles du jour et retrouvez les billets d’opinion de nos experts invités qui soulèvent les défis qui préoccupent la communauté des affaires.

À la une

Trois stratégies pour rendre son commerce plus attrayant

Édition du 22 Mai 2024 | Jean-François Venne

COMMERCE DE DÉTAIL. Voici trois commerces qui ont élaborer de nouvelles stratégies pour se démarquer.

La main-d'oeuvre reste un défi pour les détaillants

Édition du 22 Mai 2024 | Jean-François Venne

COMMERCE DE DÉTAIL. Plus d'un poste vacant sur dix au Québec se trouve dans le secteur du commerce de détail.

Des clients avides de rabais

Édition du 22 Mai 2024 | Jean-François Venne

COMMERCE DE DÉTAIL. Les détaillants doivent s'ajuster aux nouvelles attentes des consommateurs.