Des dépenses militaires dignes de la guerre froide sourient à l'aérospatiale québécoise


Édition du 17 Juin 2017

Des dépenses militaires dignes de la guerre froide sourient à l'aérospatiale québécoise


Édition du 17 Juin 2017

Par Alain McKenna

CAE réalise 40 % de son chiffre d’affaires dans le secteur militaire. L’entreprise a d’ailleurs remporté un contrat pour l’entraînement sur ­Hawk ­Mk127 de la ­Royal ­Australian ­Air ­Force.

La hausse du budget militaire de 54 milliards de dollars américains du président Donald Trump, ainsi que celle de plusieurs pays sur la planète, n'est peut-être pas rassurante pour la diplomatie mondiale, mais pour l'industrie québécoise de l'aérospatiale, c'est vraiment une bonne nouvelle.

Au moment de dévoiler ses résultats financiers trimestriels, le PDG de CAE, Marc Parent, s'est exprimé en ces mots : «Nous sommes dans une situation unique, que nous n'avons pas vue depuis la fin de la guerre froide.» L'incertitude politique qui règne sur divers continents et la pression qu'exercent les Américains sur leurs alliés, en critiquant ouvertement le niveau de dépenses des pays membres de l'OTAN par exemple, entraînent une hausse généralisée des dépenses en équipement militaire.

Pour CAE, un spécialiste de la formation de pilotes et de professionnels du secteur de l'aviation qui réalise 40 % de son chiffre d'affaires dans le secteur militaire, c'est toute une occasion de croissance qui se présente. Surtout que les tendances lourdes, du côté de l'équipement, exigent des aptitudes jusqu'ici inédites : être pilote de drones militaires à distance ne s'apprend pas sur le tas !

Un des avantages de l'entreprise montréalaise est sa capacité d'intégrer de la formation en continu à des secteurs de pointe comme celui-là. «Notre stratégie du côté de la défense est de miser sur des services de formation intégrés, complets et plus complexes, puisqu'ils impliquent de la formation en direct et de façon virtuelle. Nous connaissons déjà beaucoup de succès de ce côté. C'est le coeur de notre offre, et c'est comme ça que nous voulons que CAE soit reconnue à l'international», résume M. Parent.

L'internationalisation est un point important de la stratégie à venir pour l'entreprise. Dans le secteur de la défense, au-delà des États-Unis, elle compte des partenariats avec une quinzaine de pays. Les pressions du président Trump sur l'OTAN et la résurgence de la Russie sur l'échiquier géopolitique sont de bon augure pour CAE.

«L'administration en place aux États-Unis s'est avérée positive pour nous, car elle stimule l'activité de plusieurs acteurs dans le secteur de la défense», résume M. Parent.

Reconversion militaire

Cette nouvelle course à l'armement est encore difficile à chiffrer, mais elle fera des heureux ailleurs que chez CAE. Plusieurs entreprises québécoises devraient en effet en profiter pour élargir leur marché. C'est d'ailleurs le cas de Bombardier, qui ne fait pas directement des affaires dans le secteur de la défense, mais qui vend des avions à des spécialistes qui, eux, les modifient afin de satisfaire des acheteurs de ce créneau.

Un travailleur de l’usine ­SAAB en ­Suède construit un avion de combat ­Grippen. L’entreprise achète des avions civils et les modifie pour en faire des avions militaires.

«Il y a un terme pour ça en anglais : missionizing. Des entreprises comme Lockheed Martin ou même SAAB achètent des avions civils et les modifient selon les besoins de leurs propres clients. Ce n'est pas une énorme source de revenus pour nous, mais elle pourrait croître», estime Sylvain Lévesque, vice-président Stratégie d'entreprise chez Bombardier.

Comme son homologue chez CAE, ce dirigeant d'un des poids lourds de l'industrie aérospatiale canadienne est optimiste quant à l'avenir de son entreprise. «Du côté de l'aviation commerciale, on s'attend à une hausse annuelle de 3 % du nombre de passagers, ce qui entraînera une augmentation de la demande pour de nouveaux avions. Dans le secteur des avions d'affaires, où la croissance est liée à la santé de l'économie mondiale, on voit aussi une croissance soutenue à l'horizon», dit-il.

Vingt années de croissance soutenue

Malgré les retards associés à sa production initiale et en dépit de la controverse entourant le salaire de ses dirigeants, Bombardier estime que la réputation internationale de sa C Series est demeurée intacte et qu'elle se traduira par des ventes solides pour «au moins les 20 prochaines années».

«Quand on compare avec ce qui se fait chez Airbus ou Boeing, on constate que le temps de développement de la C Series n'a été ni plus court ni plus long que le temps moyen normal dans l'industrie, explique M. Lévesque. En plus, le segment des avions de 100 à 150 places, dans lequel se situe la C Series, demeure encore fortement sous-exploité par les lignes aériennes. On pense qu'il y aura, à terme, de la demande pour 7 000 avions dans ce créneau.» En conséquence, Bombardier prévoit accélérer sa cadence de production annuelle de 30 à 100 avions par année d'ici cinq ans.

Une grappe reconnue mondialement

Avec ses usines en Europe et aux États-Unis, Bombardier n'est pas exactement un acteur local. Toutefois, l'entreprise insiste sur son rôle dans la croissance de l'industrie aérospatiale canadienne et québécoise. «Nous comptons pas moins de 1 000 fournisseurs au pays. En grandissant, nous désirons toujours aider la grappe industrielle d'ici», dit M. Lévesque.

En ayant une mission internationale, l'avionneur québécois joue un double rôle : d'abord, en comparant l'efficacité des différentes industries régionales un peu partout sur la planète, il peut profiter des travailleurs les plus productifs. À ce titre, il estime que la main-d'oeuvre québécoise spécialisée en aérospatiale n'a rien à envier à personne. «Ce n'est pas un hasard si nos usines se trouvent là où elles sont», dit son vice-président.

Ensuite, un intégrateur comme Bombardier peut à son tour agir comme pôle d'attraction pour des entreprises étrangères, tel qu'en témoignent les nombreuses nouvelles usines apparues en bordure de l'autoroute 13 entre Saint-Laurent et Mirabel.

«Elles ne sont pas là par hasard elles non plus», ajoute M. Lévesque.

Si on se fie aux prévisions de l'industrie, elles seront là pour au moins 20 années encore...

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