Six leçons sur l'art de décider

Publié le 24/03/2012 à 00:00, mis à jour le 22/03/2012 à 15:07

Six leçons sur l'art de décider

Publié le 24/03/2012 à 00:00, mis à jour le 22/03/2012 à 15:07

Estelle Morin, service de management d'HEC Montréal

L’heure des décisions : Le bilan (1/2) -


Les décideurs en entreprises ont quotidiennement des choix à faire. Et la plupart du temps, ces choix sont cruciaux. Leurs décisions peuvent décupler les forces de leur entreprise... ou la mettre à genoux. Décider est un art. Voici six conseils pour mieux le maîtriser.


1 Du temps au temps, étape par étape


Urgence et pression sont rarement bonnes conseillères. Quand on a ce luxe, autant tirer les fruits d'une réflexion mûrie. La québécoise Cycles Lambert constitue un bon exemple : plutôt que de se précipiter, elle s'est donné 18 mois avant de finaliser l'acquisition d'un concurrent, l'américaine Hawley. Résultat : un mariage parfait, avec une dot de 30 millions de dollars de chiffre d'affaires supplémentaires.


Aussi, rester prudent dans ses décisions d'investissement plutôt que de tout miser sur le même cheval (quand c'est possible) peut aussi s'avérer sage. Scandinave Spa, qui bâtit par étapes sa stratégie Web, l'illustre bien : elle peut rectifier le tir en cas d'erreur décisionnelle.


2 Anticiper l'urgence...


Dans un monde économique qui tourne à toute vitesse, les occasions doivent souvent s'attraper au vol avant qu'un concurrent n'y songe.


Un remède ? Anticiper, pour créer des contextes de décision sereins. Un exemple ? Le fabricant d'aérostructures ontarien Centra Industries, malgré une croissance fulgurante, recrute activement sans jamais être pris à la gorge. Pourquoi ? Son carnet de commandes est établi sur le long terme. Anne Bourhis, spécialiste des ressources humaines à HEC Montréal, conseille aussi de prévoir le développement de la relève de main-d'oeuvre sur une dizaine années. Histoire d'éliminer les décisions prises à la va-vite et les «erreurs de casting» théoriquement évitables.


3 ... ou la dompter


Dans les cas d'une situation impossible à anticiper (contrat inopiné, par exemple) où une décision doit être prise dans un délai très court, Estelle Morin, professeure titulaire au service de management d'HEC Montréal et docteure en psychologie, recommande d'y concentrer toute son attention, sans se laisser perturber par des préoccupations, comme les autres dossiers en cours.


«Quand tout va très vite, il faut ralentir. Observer ses émotions et conserver une totale maîtrise de soi-même», suggère-t-elle. Cependant, mieux vaut éviter de répéter trop souvent l'exercice. «Décider, c'est comme un muscle, il faut le laisser se reposer. Si on enchaîne décision urgente sur décision urgente, il perd de son efficacité.»


4 Chercher des conseillers... et des contradicteurs


«Pour prendre une bonne décision, il faut avoir l'information la plus juste et la plus complète possible, et cela passe par la qualité de son équipe et sa capacité à être branchée sur le marché et les tendances», dit Catherine Privé, présidente du cabinet de consultants Alia-Conseil.


Scandinave Spa et Mountain Equipment Co-op n'ont pas hésité à faire appel à des agences de marketing Web spécialisées pour stimuler leur site Internet, tandis que Cycles Lambert a sollicité ses fournisseurs pour établir une liste d'entreprises américaines susceptibles d'être rachetées.


Mme Morin souligne que les paramètres d'une prise de décision sont plus complexes qu'autrefois : le recours à des spécialistes et à différents réseaux (professionnels comme personnels) est quasi inévitable.


Encore faut-il vraiment les écouter. «Beaucoup consultent, se renseignent... mais leur choix est déjà fait. Il faut chercher les gens avec d'autres points de vue, être capable de se laisser influencer», indique la professeure.


5 Exorciser la peur de l'échec


Qui dit décision, dit risque, donc erreur éventuelle. Les bévues du passé (ou celles qu'on craint de faire à l'avenir) peuvent déstabiliser le dirigeant qui les a commis. Voyez donc Research In Motion, qui a récolté en 2011 les fruits de décisions malheureuses.


Pour Estelle Morin, l'erreur constitue au contraire une force à exploiter. «On est humains : on change ses façons de faire en tombant. Mais il faut examiner les facteurs qui ont conduit à l'échec : sont-ils dus simplement aux circonstances ? Sinon, il faut être capable de se remettre en question soi-même.»


Catherine Privé conseille de fouiller les archives et de «se référer à tous ses anciens bilans et décisions majeurs, bons ou mauvais, pour apprendre de ses erreurs».


6 Autogestion


«Faire de la gestion, c'est avant tout être capable de faire de la gestion de soi», prévient Estelle Morin. «La principale émotion qu'un gestionnaire connaîtra au cours de sa carrière, c'est l'anxiété. Un dirigeant en bonne santé, capable de reconnaître ses émotions et de les gérer verra beaucoup plus clair dans ses choix.»


Pour Catherine Privé, le gestionnaire a intérêt à développer sa confiance en lui et en son intuition, qui s'acquiert par l'expérience.


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