Cannabis: cultivez les compétences

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Octobre 2018

Cannabis: cultivez les compétences

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Édition du 06 Octobre 2018

[Photo: 123RF]

Les experts en cannabis ne courent pas les rues – en tout cas, peu qui soient honnêtes ou employables. L’industrie étant jeune, le talent est donc rare. Quoi faire, à court et à long terme, pour assurer une main-d’œuvre qualifiée comme fiable? Les PME du secteur se fient pour l’instant surtout à la formation interne, mais elles aimeraient que les écoles mettent la main à la pâte.

« De la main-d’œuvre qualifiée, formée adéquatement, il n’y en a pas. C’est ça le problème. Les écoles n’offrent pas de programmes spécialisés pour notre industrie. Quand j’engage un horticulteur, il connaît l’horticulture, mais un plant de tomates n’est pas un plant de cannabis », explique Stéphane Papineau, le propriétaire d’Agri-Médic ASP, la quatrième entreprise québécoise à avoir obtenu une licence de production de Santé Canada.

Non seulement Agri-Médic doit-elle donc enseigner à ses horticulteurs comment cultiver le cannabis, mais elle doit aussi entre autres leur enseigner les normes de contrôle de qualité BPF, ou bonnes pratiques de fabrication, qui sont de grade pharmaceutique. Elle fait ainsi beaucoup de formation interne.

« Tout le monde apprend sur le tas, dit M. Papineau. Cela ne fait pas de mauvaises qualifications, mais ça nous prend beaucoup de temps et on est incapable de trouver de gens fonctionnels dès le jour un. »

S’il estime que ce défi affecte une bonne partie de l’industrie, il ne croit toutefois pas que celui-ci en soit un insurmontable. Pour le relever, il a entamé des pourparlers avec le Cégep Gérald-Godin. Ensemble, ils travaillent pour que le cégep, qui offre déjà de la formation sur l’assurance qualité dans le domaine pharmaceutique et biotechnologique, offre une formation adaptée pour l’industrie. Stéphane Papineau estime que cette nouvelle formation pourrait être disponible au printemps prochain, même si rien n’est officiel pour l’instant.

« Notre mandat, en tant qu’entreprise, n’est pas d’enseigner, dit-il. C’est de produire du cannabis. On préfère laisser l’enseignement aux écoles. »

Mais comme l’industrie est jeune et nouvelle, l’expertise lui appartient à elle seule pour le moment. Selon M. Papineau, elle doit donc s’impliquer parce que c’est elle qui est la mieux placée pour guider les écoles et leur donner des conseils quant à la structure et au contenu des programmes qui sont à élaborer. 

Certaines entreprises spécialisées en formation ont déjà flairé les besoins de l’industrie. NewKnow, une application montréalaise de formation, a par exemple entamé ses démarches il y a plusieurs semaines auprès des producteurs grands et petits ainsi que des détaillants privés et publics, dit son cofondateur, Steve Gendron. « C’est une belle opportunité. Ce n’est pas tous les jours qu’apparaît une nouvelle industrie dans laquelle tout le monde a besoin d’être formé. » 

Défi des régions

Hexo, anciennement Hydropothicaire, vise une croissance « extrêmement rapide » cette année, explique Pierre Killeen, vice-président aux relations gouvernementales. Selon lui, le nombre total d’employés de l’entreprise passera durant l’année qui vient de 200 à 600. Si cette croissance se réalise, elle amènera donc son lot de défis, dont celui de trouver de la main-d’œuvre qualifiée.

Le plus difficile pour Hexo, dont le siège social est à Gatineau, est de convaincre les travailleurs, souvent de Montréal ou de Québec, de se déplacer dans cette région, explique M. Killeen. Car s’il estime que de travailler dans l’industrie du cannabis représente pour bien des travailleurs une opportunité unique et intéressante, ceux-ci n’habitent pas toujours là où sont basées les entreprises. « Un producteur de cannabis, c’est n’est pas au centre-ville de Montréal que ça se trouve. »

Comme Hexo a des visées nationales sinon globales, certains postes clés requièrent le bilinguisme, ce qui complique davantage sa situation, explique Pierre Killeen.  « Trouver un professionnel avec de l’expérience dans le domaine pharmaceutique, qui parle le français et l’anglais, et qui veut se déplacer en plus, c’est un vrai défi. » 

Opportunités

Hexo voit d’un bon œil le développement dans les écoles de programmes d’enseignement formels adaptés aux besoins de l’industrie. L’entreprise s’est d’ailleurs elle-même associée avec le Cégep de l’Outaouais dans le but d’offrir des stages dans le cadre du programme d’AEC en contrôle de la qualité et en transformation du cannabis, qu’il a développé cette année. 

Pierre Killeen estime que les autres cégeps et universités de la province ne sauront tarder, eux aussi, à offrir des formations spécialisées. L’Université McGill a même déjà emboîté le pas. En mai et en août dernier, elle offrait des courts ateliers sur la production de cannabis. 

« Si nous voulons développer l’industrie du cannabis, il va falloir une main-d’œuvre qualifiée pour y travailler », dit Pierre Killeen. Selon lui, la croissance du secteur et le développement de la formation pourraient même être une façon de revitaliser les régions, où se trouvent souvent les producteurs. 

« Cela va créer des opportunités d’affaires pour les villes et villages, des opportunités d’emplois qualifiés, dit M. Killeen. Notre industrie pourrait donc contribuer à renouveler l’économie des régions. »

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