Qu'en est-il du cannabis comestible?

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Octobre 2018

Qu'en est-il du cannabis comestible?

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Édition du 06 Octobre 2018

[Photo: 123RF]

Les produits comestibles du cannabis devraient être légaux vers juillet 2019, mais l’industrie aimerait pouvoir planifier son entrée sur le marché et se pose toujours des questions: comment sera concrétisée la loi, où sera permise la vente, quelles seront les occasions d’affaires?

Si les entreprises s’y intéressent autant, c’est avant tout parce que les consommateurs eux-mêmes s’y intéressent. Selon une étude réalisée par Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie, 68 % des Canadiens sont favorables à la légalisation. De ceux-ci, 93 % seraient intéressés à essayer au moins un produit comestible.

« C’est donc plus de la majorité des Canadiens qui seraient prêts à essayer le cannabis comestible, alors c’est un marché important », dit M. Charlebois. En conséquence, plus de 20 % des entreprises agroalimentaires du pays s’intéressent à ce secteur, indique son étude.

Sauf que pour le moment, en ce qui a trait au cadre réglementaire, c’est le « vide total », explique Sylvain Charlebois. « Santé Canada est en retard, et il n’y a pas encore eu de consultation, alors les entreprises attendent. »

Quelles opportunités existent?

Il croit d’abord que le secteur alimentaire pourrait adopter le cannabis comme il a adopté les probiotiques ou les oméga-3 et en faire son prochain « superaliment ». Parce que non seulement les effets psychoactifs du cannabis peuvent être éliminés, rendant ainsi possible son utilisation comme un simple aliment, le cannabis comporte également des vertus nutritionnelles intéressantes. 

« Les producteurs pourraient ainsi améliorer la proposition de valeur de produits déjà existants, explique Sylvain Charlebois. Mais en raison de l’absence de règles, c’est difficile pour eux de voir comment ils pourraient le faire. » 

Brasser l’industrie

L’industrie de la bière s’intéresse beaucoup à celle du cannabis parce qu’elle est déjà outillée pour contrôler les risques entourant la mise en marché d’un produit similaire, mais aussi parce que le goût des deux produits se marie bien. Elle craint également que le secteur du cannabis lui dérobe des ventes. Précurseurs, les brasseurs commencent donc déjà à y investir.

« Molson Coors, par exemple, va créer une co-entreprise avec un producteur de cannabis gatinois, dit M. Charlebois. Ces premières expériences vont donc nous apprendre comment commercialiser des produits comestibles du cannabis, et nous verrons ce qui sera permis ou pas. » 

Voile de fumée

Qu’aimeraient savoir les producteurs? Ils voudraient par exemple en savoir plus sur le dosage ou la quantité maximale de cannabis qui sera permise dans les produits. L’étiquetage est un autre point important sur lequel ils aimeraient être informés. Faudra-t-il identifier la présence de cannabis dans les produits? Et comment? Avec un symbole particulier? 

Les producteurs restent aujourd’hui dans l’incertitude, explique Nathalie Proulx, avocate chez Spiegel Sohmer.

« Il y a une zone grise pour le moment, dit-elle. Et c’est difficile pour les producteurs, d’un point de vue d’affaires, parce qu’ils ne savent pas comment se préparer tant qu’ils ne connaissent pas les tenants et aboutissants de la réglementation. »

Les producteurs ne savent même pas, pour l’instant, où seront vendus ces produits, bien que ce sera probablement à la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Les incertitudes sont les mêmes pour les restaurateurs, ou chefs à domicile, qui aimeraient aussi savoir s’ils pourront servir des produits à base de cannabis. 

« Pour l’instant, toutefois, il faut attendre, dit Mme Proulx. Le gouvernement fédéral a l’intention de réglementer là-dessus avant l’automne 2019. » 

Patience, donc.

 

Quelques chiffres

Quel(s) produit(s) comestible(s) à base de cannabis considéreriez-vous acheter à l’épicerie, s’ils devenaient légaux?

46,1 % : Pâtisseries et autres produits de boulangerie

44,5 % : Je n’achèterais pas de produits contenant du cannabis

26,6 % : Produits prêts-à-manger (incluant les friandises)

24,2 % : Huiles

18,0 % : Épices

17,2 % : Breuvages

15,6 % : Beurre

10,9 % : Autres types de produits

8,6 % : Crèmes et sauces

8,6 % : Salades

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