Québec: et si on créait une réserve avant de baisser les impôts?

Publié le 20/09/2016 à 19:33

Québec: et si on créait une réserve avant de baisser les impôts?

Publié le 20/09/2016 à 19:33

Le gouvernement du Québec considère actuellement une possible baisse d'impôt.

C'est ce que titrait mardi une manchette de Bloomberg, à la suite d'une entrevue avec le premier ministre Philippe Couillard.

Au 31 mars 2016, il était prévu que le Québec ferait un versement de 1,5 G$ au fonds des générations et qu'une fois ce versement fait, il serait à l'équilibre budgétaire. À la surprise générale, le ministère des finances rapportait en juin qu'après le versement de 1,5 G$ au fonds des générations, il restait un surplus de 1,7 G$. Le plus important en 45 ans.

Même s'il a fait allusion à d'éventuelles baisses d'impôts, monsieur Couillard s'est montré prudent. "Je ne vais pas remettre le Québec dans le rouge, mais je comprends le mérite d'une baisse d'impôt. Nous analysons différentes options. Je n'écarterais pas d'autres mesures sur la charge fiscale, mais nous allons être extrêmement prudents. Nous allons devoir voir à quel point le flux de revenus est solide", a-t-il précisé.

Il est rassurant de voir que monsieur Couillard est habité par le doute. Car, s'il est vrai que les finances publiques semblent pour le moment revenues sur de solides assises, force est de constater que les modèles prévisionnistes utilisés pour établir les budgets sont cassé depuis quelques années. Même lorsque les résultats de croissance du PIB et de l'emploi sont sensiblement alignés sur les prévisions initiales, les revenus affichent souvent d'importants écarts. On vient de le voir avec le surplus actuel; à l'époque du ministre Nicolas Marceau, les hauts fonctionnaires étaient en réalité incapables d'expliquer pourquoi les revenus ne rentraient pas avec la force prévue et le déficit était aussi important.

Une idée nous trotte depuis quelques années dans la tête et le contexte actuel semble cette fois idéal pour sa mise en place: la création d'une réserve budgétaire pour les années à venir.

Le premier réflexe est de dire: mais à quoi bon, puisqu'il y a déjà le Fonds des générations?

C'est vrai et ça ne l'est pas. Le Fonds des générations est utilisé de manière à ramener la dette du Québec à un niveau qui soit gérable en cas de coup dur. La dette brute représentait 55,1% du PIB lors du dernier budget. L'objectif est de ramener le ratio à 45% en 2026. Cet objectif sera atteint en versant à chaque année un montant au fonds, et aussi grâce à la croissance du PIB. La phrase à retenir: le Fonds des générations vise à ramener la dette à un niveau soutenable.

La réserve que nous proposons aurait une autre fin. Elle servirait à renflouer d'éventuels déficits lors de périodes économiques plus creuses. Il s'agirait d'y virer les surplus réalisés après la contribution au Fonds des générations (le 1,7 G$ réalisé au 31 mars par exemple) pour quelques années encore. Après coup, on pourrait procéder à des ajustements budgétaires plus importants, en baissant les impôts et/ou bonifiant les programmes.

L'avantage d'une telle réserve, c'est qu'elle permettrait de faire face à des cycles économiques difficiles sans avoir à sabrer aveuglément et en panique dans les postes budgétaires. La réserve permettrait d'avoir plus de temps pour juger si le budget est structurellement déficitaire ou s'il ne l'est que de façon temporaire.

Il ne s'agit pas de dire qu'il ne faut pas utiliser actuellement une partie du 1,7 G$ de surplus en baisses d'impôts et/ou en réinjections dans les programmes. Mais on devrait sérieusement examiner la possibilité d'y virer immédiatement 1 G$, et croiser les doigts pour qu'on puisse y ajouter un autre 4-5 G$ dans les prochaines années.

Avec l'approche de l'élection générale de 2018, la tentation sera forte pour tous les partis politiques d'engager la totalité d'éventuels surplus en promesses. Mais pour la première fois depuis des décennies nous avons l'occasion de placer les finances publiques sur de solides bases. Peu importe que l'on soit à gauche ou à droite du spectre. Sans une solide fondation, chaque impôt retranché est à risque d'être ultérieurement rétabli et chaque bonification de programme à risque d'être abolie.

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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot

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