Shopify: prochaine victime de la malédiction boursière canadienne?

Publié le 29/05/2020 à 12:14

Shopify: prochaine victime de la malédiction boursière canadienne?

Publié le 29/05/2020 à 12:14

Le logo de Shopify sur un écran de téléphone intelligent.

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Au Canada, les entreprises qui ne sont pas des banques et qui atteignent la plus haute valorisation boursière finissent toujours par s’effondrer.

Bien que la Banque Royale ait repris la première position, Shopify était devenue le 6 mai dernier l’entreprise possédant la plus grande valorisation au Canada. La question à se poser est donc de savoir si elle sera la prochaine victime. Un aperçu des entreprises qui ont occupé cette place au sommet durant les 25 dernières années pourrait être utile pour trouver la réponse.

Dans une première catégorie, il y a eu deux entreprises technologiques, Nortel et Research in Motion (Blackberry). À son apogée, pendant la bulle technologique, Nortel avait une capitalisation boursière de 380 milliards de dollars même si elle affichait des pertes. Blackberry a souffert de l'obsolescence technologique face à Androïd et l’iPhone d'Apple.

Dans une autre catégorie, vous avez les sociétés de matières premières, telles Barrick Gold, Potash Corp et Encana. Ce trio s'est hissé à des niveaux élevés grâce au boom des années 2000. Toutefois, les investisseurs n'ont guère prêté attention au cycle des matières premières.

Et enfin, il y a Manuvie et Valeant. La première est un fournisseur d'assurances et de services financiers (pas exactement une banque mais très proche!) avec un historique qui a connu quelques problèmes pendant la crise financière et la seconde est une société pharmaceutique très acquisitive avec une structure de prix et une comptabilité douteuses ainsi qu’un PDG manquant d’intégrité.

Revenons à Shopify. L’entreprise fournit des solutions essentielles aux entreprises en ligne, comme la gestion des stocks. Ces services jouissent de coûts de conversion élevés et constituent donc un avantage concurrentiel. L’entreprise est dirigée par Tobi Lutke, un fondateur visionnaire, qui fait preuve d'une grande intégrité.

C'est dans l'évaluation du titre en bourse que des questions surviennent. À titre d'exemple, au cours des 12 derniers mois, Shopify a réalisé un chiffre d'affaires de 1,73 milliard $US (2,4 milliards de dollars canadiens). La Banque Royale réalise autant de bénéfices en moins de 3 mois. Bien sûr, le marché n’est pas complètement dans l’erreur, Shopify a de bien meilleures perspectives de croissance que la Banque Royale. Le plus important est de savoir à quel point l'évaluation de Shopify semble justifiée, rendant la marge d’erreur plus difficile à établir.

En conclusion, Shopify est une bonne entreprise avec une bonne gestion, contrairement à certaines entreprises qui ont atteint le panthéon des marchés des capitaux canadiens. Malheureusement, elle semble partager quelque chose de similaire aux autres entreprises, soit une valorisation apparemment très élevée! Bien que nous laissons la question du début de cet article sans réponse, nous espérons que nos lecteurs ont obtenu quelques conseils pour faire leur propre travail d'investigateurs financiers!

Le blogue va prendre une pause estivale bien méritée. Nous souhaitons à tous nos lecteurs un bel été et profitons de l’occasion pour les remercier de leur fidélité au cours des années.

Patrick Thénière, CIM, Associé Barrage Capital

 

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont associés et gestionnaires de portefeuille chez Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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