Les entreprises d'ici foncent à l'étranger

Publié le 23/06/2012 à 00:00, mis à jour le 26/06/2012 à 11:01

Les entreprises d'ici foncent à l'étranger

Publié le 23/06/2012 à 00:00, mis à jour le 26/06/2012 à 11:01

En affaires, mieux vaut manger qu'être mangé. Et, par les temps qui courent, les entreprises d'ici ont de l'appétit. Ça tombe bien.


On a pourtant l'impression que la planète entière vient se régaler chez nous et qu'il nous arrive bien plus souvent de tenir le rôle de la proie que celui du prédateur. Or, au cours des dernières semaines, on a assisté à une série de prises de contrôle d'entreprises étrangères par des sociétés québécoises, ou plus largement canadiennes.


La plus récente est survenue à la mi-juin, lorsque la néo-québécoise Valeant, maintenant située à Laval, a payé 312 millions de dollars pour mettre la main sur l'américaine OraPharma. Quelques jours plus tôt, la firme d'ingénierie Genivar avait acheté le groupe britannique WSP pour près d'un demi-milliard de dollars, et ce, après qu'on eut assisté à un véritable coup de circuit, soit l'acquisition par CGI de la britannique Logica pour 2,8 G$. C'est le même montant qu'entend débourser Couche-Tard pour la norvégienne Statoil, dont 80 % des actions lui ont déjà été versées, ce qui devrait garantir la réussite de la transaction.


Ouf ! Attendez, ce n'est pas tout, comme dirait le type des infomerciaux. Les petites et moyennes entreprises québécoises participent également à l'offensive, notamment dans le secteur des technologies de l'information et des communications.


Plusieurs d'entre elles profitent de la force de notre devise pour acheter des concurrents ou pour rapatrier la part d'investisseurs étrangers et consolider ici leur capital. C'est ce que vient de faire, par exemple, Fresche Solutions, qui a racheté son actionnaire américain. GFI Solutions a fait de même avec ses associés européens. Ils suivent le même chemin que la société HumanWare, de Drummondville, qui a travaillé ferme pour racheter ses actionnaires néo-zélandais il y a quelques années. Comme si l'élan s'intensifiait.


«Par ailleurs, en parlant avec des banquiers locaux et des gens actifs dans le capital de risque, on me confirme que les principales demandes d'investissement ces temps-ci serviront à des acquisitions pour ouvrir de nouveaux marchés», affirme Nicole Martel, pdg de l'Association québécoise des technologies. «Si la tendance se maintient, ajoute-t-elle, la prochaine année devrait être riche en transactions.»


C'est un discours rafraîchissant, alors qu'on qualifie régulièrement le Québec de société sclérosée, tournée vers elle-même et obsédée par ses propres débats. Manifestement, bien des gens d'affaires ne se complaisent pas dans cette autoflagellation et foncent. Et ce n'est pas un phénomène récent.


En 2008, le Conference Board du Canada a publié une étude, «Tendance de l'investissement direct étranger, fusions et acquisitions», selon laquelle, depuis la fin des années 1980, les entreprises canadiennes ont été proactives en effectuant bien plus de fusions et acquisitions à l'international que les étrangères ne l'avaient fait au Canada.


Des entreprises mieux armées


C'était pourtant l'époque d'une certaine invasion, qui faisait passer les Alcan, Inco, Falconbridge et autres grands symboles canadiens, comme la Compagnie de la Baie d'Hudson, aux mains d'intérêts internationaux. Ce glissement, bien réel, a été de plus fortement médiatisé, donnant l'impression que nos entreprises étaient en pleine dérive et qu'il suffisait aux autres de se pencher pour les ramasser.


Mais là comme ailleurs, la roue tourne. La relative stabilité de l'économie canadienne durant et depuis la récession a servi de paratonnerre pour protéger des entreprises devenues plus difficiles à foudroyer. Mieux armées, ce sont maintenant elles qui montent au front.


Nous verrons encore des icônes présentes et anciennes passer entre des mains étrangères. La déroute de Research In Motion, par exemple, la rend vulnérable à une éventuelle prise de contrôle. Rien n'est jamais acquis. Il reste que la vision d'une économie entièrement à la merci des prédateurs internationaux ne tient pas, ou ne tient plus.


Et le Québec, en particulier ? Tout dépendra de la vision et de la détermination d'une nouvelle classe de dirigeants d'affaires. Lorsqu'ils perçaient à l'étranger, les anciens donnaient souvent l'impression qu'ils avaient quelque chose à prouver. Les nouveaux sont plus frondeurs. Ces temps-ci, le vent souffle pour eux. Il est réconfortant de les voir aller au moment où certains se lamentent qu'il ne se passe plus rien chez nous.


rene.vezina@tc.tc


blogue > www.lesaffaires.com/rene-vezina

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