Donald Trump, l'homme qui a fait une OPA hostile sur les États-Unis


Édition du 10 Décembre 2016

Donald Trump, l'homme qui a fait une OPA hostile sur les États-Unis


Édition du 10 Décembre 2016

Par Robert Dutton

[Photo : Shutterstock]

Un mois après l'élection de Donald Trump au poste de président des États-Unis, bien des observateurs scrutent encore ses déclarations pour y chercher des signes que la fonction changera l'homme. On veut prendre pour assouplissement ce qui n'est que du pragmatisme «ce ne sera pas un mur partout, il y aura aussi des bouts de clôture, on n'expulsera pas 11 millions d'immigrants illégaux, seulement 2 ou 3 millions qui sont des criminels...)

Restons lucides : la fonction ne changera pas l'homme. Il faut donc commencer à l'analyser selon la grille appropriée : celle de l'homme d'affaires qu'il est, du «non-politicien» qu'il s'est toujours vanté d'être.

L'utilisation de cette grille m'amène au constat suivant : Trump a effectué une OPA (une offre publique d'achat) hostile sur les États-Unis d'Amérique. De fait, en affaires, une OPA hostile peut être définie comme une campagne électorale bien particulière. On en retrouve plusieurs caractéristiques dans la dernière élection présidentielle.

Une rhétorique alarmiste

D'abord, la rhétorique. Celui qui lance une OPA hostile doit non seulement offrir un prix attrayant, il doit aussi convaincre les actionnaires que ce prix offre plus, à terme, que la performance qu'on peut attendre de l'entreprise ciblée, tant que l'équipe actuelle restera en place. Aussi une OPA hostile s'accompagne presque toujours d'une communication qui dénigre l'entreprise ciblée, sa performance et sa direction. C'est exactement ce qu'ont accompli le slogan «Make America Great Again» et la description souvent trompeuse, toujours trumpienne, négative et alarmiste de la situation des États-Unis. Trump a ainsi attribué à Hillary Clinton la responsabilité de cette pseudo-crise en lui faisant incarner cette soi-disant «direction incompétente». Seul outsider de tous les candidats, Trump a pu, plus que tous les autres, tenir ce discours négatif sur sa «cible», sans être tenu le moins du monde responsable de la situation.

Avec une récolte de 57 % du collège électoral et 46 % du vote populaire, l'analogie s'impose : Donald Trump a joué stratégiquement face à un actionnariat comportant deux catégories d'actions, sans clause de protection des actions subalternes. Il a concentré ses efforts sur certains États clés - l'équivalent des détenteurs d'actions à votes multiples.

Une stratégie d'intégration

Une OPA amicale est précédée d'une vérification diligente, qui donne à l'acquéreur une connaissance approfondie de la société acquise. L'acquéreur hostile ne bénéficie pas de cet avantage. En cas de réussite, il se retrouve propriétaire d'une société dont il a une connaissance restée superficielle.

Outsider assumé, Donald Trump n'a pas bénéficié d'une vérification diligente du gouvernement américain et de son fonctionnement. Son goût pour les affirmations ambiguës et les solutions vagues à des problèmes mal définis - «Je vais négocier une meilleure entente» - trahissent ce handicap. Il se retrouve exactement dans la situation d'un acquéreur hostile, qui doit vite apprendre les forces, les faiblesses et, surtout, comprendre la culture de l'organisation qu'il vient d'acquérir. Ses principaux adversaires, au contraire, avaient tous une expérience personnelle du fonctionnement de l'État.

Parmi les premiers soucis d'un président nouvellement élu figure normalement la volonté de se mettre à l'abri des conflits d'intérêts, du moins en apparence. Donald Trump invoque au contraire la loi pour affirmer que le président «ne peut être en conflit d'intérêts». En fait, comme s'il venait de réaliser une OPA, il a amorcé une véritable stratégie d'intégration de ses affaires et de celles de la «société» qu'il vient d'acquérir : l'État américain. Il a déjà adopté des comportements pour le moins ambigus - comme de demander à une délégation de l'équipe du Brexit d'intervenir contre la construction de parcs d'éoliennes qui gâcheraient la vue d'un de ses terrains de golf en Écosse. Sa famille immédiate - fils, fille, gendre - constitue son cercle rapproché de conseillers, tant sur les affaires de l'État que sur la gestion de ses affaires personnelles. L'État américain semble en voie de passer à un système de gestion d'entreprise familiale.

Par ailleurs, une OPA hostile confère à son auteur un contrôle permanent, pas un mandat de quatre ans. Or l'attitude de Trump, toujours aussi arrogant face à l'essentiel des médias traditionnels, voire face à quiconque exprime son désaccord avec ses vues, est justement celle de quelqu'un qui vient de s'assurer un contrôle à vie.

L'après-OPA est mal partie

Réussir une acquisition en créant de la valeur, c'est difficile. Réussir une OPA hostile l'est encore plus. Donald Trump a encore du temps pour rectifier le tir, mais il est mal parti.

Après une OPA hostile, un dirigeant devrait avoir trois priorités :

- D'abord faire la vérification diligente pour bien connaître la cible. Au contraire, Trump refuse les réunions quotidiennes des services de renseignements, et se fie plutôt à l'avis de quelques personnes à qui il fait confiance - souvent pas beaucoup moins outsiders que lui.

- Réduire l'incertitude inhérente à tout changement de contrôle. Il faut rassurer les partenaires (le Congrès, mais aussi des dizaines de gouvernements étrangers) et, au premier chef, les employés (Donald Trump est le prochain patron de 4,2 millions de fonctionnaires et de militaires).

- Enfin, il faut communiquer positivement pour réparer les pots cassés pendant les hostilités et rétablir l'image de l'entreprise. Malgré certaines tentatives, le naturel de Donald Trump revient toujours à la surface, et ses gestes et son discours continuent de diviser, alors qu'ils devraient unir.

S'il s'agissait d'une vraie OPA hostile, je pronostiquerais la destruction de valeur pour les citoyens - mais pas nécessairement pour Donald Trump !

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