De politologue à entrepreneur


Édition du 16 Juillet 2016

De politologue à entrepreneur


Édition du 16 Juillet 2016

Par François Normand

Ian Bremmer, président-fondateur d’Eurasia Group.

Entrepreneur, essayiste, chroniqueur et professeur, Ian Bremmer a fondé son entreprise en 1998, quelques années après avoir décroché un doctorat en sciences politiques de l'Université Stanford, en Californie, en 1994. Devenir un entrepreneur n'était cependant pas sa première option ; ce l'est devenu par nécessité.

Ian Bremmer a d'abord étudié en sciences politiques. Toutefois, l'intellectuel de 46 ans n'a jamais eu l'intention de poursuivre une carrière universitaire. Comme le secteur privé n'embauchait pratiquement pas de politologues à l'époque, il a décidé de créer une firme, Eurasia Group, spécialisée dans l'analyse du risque politique pour les entreprises et les investisseurs. Pour vivre de sa passion.

«Je me suis établi à New York pour me trouver un emploi. Beaucoup de gens étaient très gentils avec moi, mais personne n'embauchait de politologues... À un moment donné, je me suis dit que, si je voulais vivre des sciences politiques, j'allais devoir créer mon propre emploi», confie-t-il en entretien avec Les Affaires.

Ian Bremmer passe donc à l'action en 1998 avec seulement 25 000 $ US en poche. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, ses débuts n'ont pas été trop semés d'embûches.

«Créer mon entreprise n'a pas été difficile dans le sens où j'ai tout fait par moi-même au début. De plus, je n'ai embauché personne avant de générer des revenus suffisants pour le faire», souligne-t-il.

Aujourd'hui, Eurasia Group est devenue l'une des firmes d'analyse du risque politique les plus réputées du monde. Elle compte 128 employés répartis dans sept bureaux, soit à New York, Washington, Stamford (Connecticut), San Francisco, São Paulo, Londres et Toyko.

Parmi ses clients au Canada, Eurasia Group affirme avoir trois des six plus grandes banques canadiennes et deux des quatre plus importants fonds de pension au pays. Le chiffre d'affaires de la firme n'est pas public.

Les analystes d'Eurasia Group essaient de prévoir comment les enjeux politiques, sociaux, économiques et de sécurité peuvent avoir un impact sur les investisseurs, les multinationales et les décideurs politiques dans le monde.

Par exemple, quel est l'impact de la politique étrangère de la Russie en Europe orientale sur les investisseurs qui ont des placements dans cette région.

De Risk à The Economist à Eurasia Group

La passion d'Ian Bremmer pour la politique internationale ne date pas d'hier. En fait, il est tombé dans la marmite quand il était adolescent.

«Je lisais The Economist et jouais à Risk à l'école secondaire. À l'époque, je n'avais jamais voyagé à l'étranger, mais je trouvais fascinant de vivre dans un monde diversifié et compliqué», dit-il.

C'est toutefois lors d'un voyage scolaire en Union soviétique en 1986, alors que Mikhaïl Gorbatchev est au pouvoir depuis un an seulement, qu'il comprend qu'il consacrera sa vie à l'analyse de la politique internationale.

«J'avais 16 ans, et Gorbatchev venait de prendre le pouvoir. Il s'y passait des choses à propos desquelles je n'avais rien lu, et aucun de mes amis aux États-Unis n'était au courant de ces choses. Je suis alors devenu accro.»

Près de 20 ans après avoir fondé Eurasia Group, Ian Bremmer est devenu une référence mondiale en matière d'analyse du risque politique. On l'invite régulièrement à prononcer des conférences, notamment au forum de Davos qui, chaque année en janvier, rassemble l'élite politique, économique et financière mondiale.

Il est aussi l'auteur de plusieurs essais sur le risque politique.

Malgré tout, Ian Bremmer a une certaine réticence à dire qu'Eurasia Group constitue une grande réussite d'affaires. Selon lui, la progression de l'entreprise s'est faite par étape. Et il n'a pas l'intention de se reposer sur ses lauriers : «Il y a tellement d'autres choses que je veux faire».

En revanche, il est parfaitement conscient de tout le chemin parcouru par son entreprise.

«Quand je regarde en arrière et que je me souviens de ce que j'avais en tête quand j'ai lancé Eurasia Group en 1998, je pense que j'aurais été très heureux de savoir où nous sommes rendus aujourd'hui.»

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