Le véritable enjeu de la SAQ

Publié le 22/02/2005 à 12:08

Le véritable enjeu de la SAQ

Publié le 22/02/2005 à 12:08

Par René Vézina

Ce texte est paru dans le journal Les Affaires, samedi 22 janvier 2005, en page 16

Comme si le conflit à la SAQ n'était pas encore assez enlisé, voici que le syndicat des 3 800 employés en grève vient de se joindre à la CSN .

On comprend le syndicat : la stratégie de forcer la main de la direction avant les fêtes ayant échoué, son rapport de force est en train de se désintégrer comme les finances de ses membres. Il pourrait entendre raison et se montrer plus ouvert à un règlement, mais il préfère aller chercher du renfort. Sans trop présumer de la suite, il est facile de penser que l'entrée en scène de la CSN ne viendra pas détendre le climat, surtout que la centrale est toujours déterminée à en découdre avec le gouvernement Charest.

Il s'agit d'un conflit particulièrement malheureux, d'autant plus que les hautes instances du syndicat disent avoir déclenché la grève notamment parce qu'ils soupçonnaient la SAQ de vouloir imposer un lock-out. Sur un jugement d'intention, on a joué à qui perd gagne en compromettant le sort de 3 800 personnes et en embêtant des millions de Québécois.

Les nerfs sont à vif. Réglons d'abord la grève. On pourra ensuite poser la vraie question.

Le rôle de l'État passe-t-il par la vente d'alcool ?

Non, à l'évidence. L'existence de la SAQ relève d'un accident historique, renforcé par la prohibition, qui s'est perpétué jusqu'à nous comme ailleurs en Amérique du Nord parce que les gouvernements ont compris qu'ils tenaient là une poule aux oeufs d'or. Elle fait aujourd'hui du bon travail, ce qui n'empêche pas de s'interroger sur sa pertinence.

On entend un grand nombre d'arguments à la défense d'un monopole comme celui de la SAQ.

D'abord, le choix et le service se sont tellement améliorés qu'il serait dommage de changer la formule. Ce qui revient à dire que mieux vaut se contenter de ce que l'on connaît que de risquer ce que l'on ne connaît pas. L'immobilisme érigé en système, en quelque sorte. Alors pourquoi pas une seule chaîne d'épicerie, de quincaillerie ou de pharmacie ? En passant, c'est ce genre de raisonnement qui a empêché Loblaw de s'établir dans certains quartiers de Montréal, il n'y a pas si longtemps.

Deuxièmement, le Québec en tire de gros revenus. Pour l'exercice 2003-2004, la SAQ a remis 606 M$ au gouvernement. Avec Hydro-Québec et Loto-Québec , c'est une importante vache à lait. Mais ces résultats pourraient tout aussi bien être obtenus par une forme de taxation. De toute façon, ces années-ci, la SAQ voit ses ventes croître plus vite que les bénéfices.

Troisièmement, la SAQ a formé des connaisseurs qui servent bien le public, alors qu'une libéralisation du commerce ouvrirait la porte aux charlatans. Voyons ! Nous sommes en 2005, et les Québécois sont devenus des consommateurs exigeants. Les marchands incompétents ne feraient pas long feu. C'est également ça, la beauté de la concurrence.

Et le contrôle par la SAQ servirait encore à restreindre la consommation, dit-on. Pourtant, on a ouvert, mais maladroitement, le commerce aux épiceries, qui vendent aujourd'hui de la bière et du vin sept jours sur sept. Résultat ? Selon des données de la SAQ elle-même, c'est encore au Québec que l'on trouve la plus faible proportion de buveurs immodérés dans tout le Canada. Oui, des problèmes subsistent, mais ce n'est plus la disponibilité de l'alcool qui est en cause.

L'Ontario, qui part de loin, vient de remettre en question le monopole de la LCBO . À quand une pareille initiative au Québec ?

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