Entreprendre dans la Silicon Valley : pourquoi et pour qui?


Édition du 10 Mars 2018

Entreprendre dans la Silicon Valley : pourquoi et pour qui?


Édition du 10 Mars 2018

Par Denis Lalonde

Les entrepreneurs québécois qui décident de migrer vers la ­Silicon ­Valley doivent aspirer au succès. [Photo : 123RF]

Malgré l'effervescence de l'écosystème des start-up à Montréal et au Québec, des Québécois ont préféré les côtes dorées de la Silicon Valley pour y établir leur entreprise. Pourquoi, et qu'y ont-ils trouvé? Cinq d'entre eux racontent.

À quoi ressemble la vie d'affaires dans la Silicon Valley ? Un plus grand nombre d'entrepreneurs avec qui s'associer, de hautes compétences, des ressources expérimentées, des investisseurs avec des poches plus profondes, et la proximité avec des grands joueurs. Tels sont les principaux attraits que brossent tour à tour les entrepreneurs interviewés lorsqu'on leur demande pourquoi ils ont migré vers la Silicon Valley.

En 2014, Francis Davidson est étudiant à l'Université McGill. Il fonde Sonder, une entreprise dont le modèle d'affaires est de louer des immeubles d'appartements et de gérer les sous-locations pour combler divers besoins d'hébergement à court terme.

Contrairement à Airbnb, qui laisse les propriétaires gérer leur appartement, la petite société gère ses logements elle-même, avec un service offert 24 heures sur 24. Sonder est un peu comme un hôtel dont les chambres seraient dispersées aux quatre coins d'une ville. Le concept fonctionne. En quelques mois, la start-up fait des pas de géant. En 2015, M. Davidson prend finalement une décision à laquelle il réfléchit depuis un certain temps : partir pour la Silicon Valley. « J'ai déménagé ici parce que je voulais être capable de trouver des gens qui étaient déjà passés à travers les étapes de croissance qu'on envisageait », explique-t-il. En effet, la Silicon Valley compte un bassin de cadres supérieurs (C-suite) comme on n'en trouve nulle part ailleurs, affirme-t-il. « Quand tu veux embaucher un vice-président en science des données ou un spécialiste des ressources humaines, beaucoup de gens ici ont déjà été au coeur d'un plan de croissance ayant vu une entreprise passer de 200 à 1 000 employés en deux ans. Ça explique mon déménagement à 90 % », raconte l'entrepreneur de 25 ans.

Le 10 % restant s'explique par la proximité avec les investisseurs. « Tout le capital qui est entré dans l'entreprise ces deux dernières années provient de San Francisco », dit-il. Début 2017, Sonder obtient notamment un financement de série B de 32 millions de dollars auprès de Greylock Partners, Greenoaks Capital et Spark Capital. À ce jour, la société compte plus de 1 500 appartements dans une dizaine de villes, dont Montréal, Boston, Los Angeles, Londres, Miami et Vancouver. Elle continue d'ajouter à son offre nord-américaine et cherche maintenant à s'installer dans quelques grandes villes européennes.

Non loin des locaux de Sonder, se trouvent ceux de nombreuses multinationales du monde numérique, comme Google, Facebook, Oracle et Apple. C'est une des raisons qui a amené Éric Aubertin, PDG de Yadle, en Californie. « Il est très facile de faire le tour. Sans oublier que si tu songes à vendre, les chances que de nombreux acheteurs potentiels aient une présence ici sont grandes. Tu augmentes ton évaluation en étant présent dans la baie de San Francisco », dit le PDG de Yadle, qui a conçu Datawhere, un moteur de recherche de fichiers audio et vidéo principalement destiné aux géants du divertissement comme Disney, Metro-Goldwyn Mayer ou 20th Century Fox.

Choix de cinquième ronde du Canadien de Montréal (94e au total) au repêchage de 1986 et ancien cochambreur de Patrick Roy avec les Bisons de Granby, M. Aubertin a préféré l'entrepreneuriat à la vie de hockeyeur. « Une fois, je lui ai dit que j'allais faire plus d'argent que lui. J'espère que Yadle va me permettre d'y arriver », dit-il d'une voix amusée. Tout comme M. Davidson, il parle de la Silicon Valley comme du meilleur endroit au monde pour trouver des candidats de haut niveau, qui permettent de réfléchir sur les meilleures stratégies, de même que le capital de risque pour les financer.

Mais est-ce pour tous ?

« Les entrepreneurs doivent rapidement comprendre que les investisseurs de la Valley n'ont pas le temps de s'attarder aux entreprises dont les revenus ne sont pas en forte croissance », avertit George Favvas, PDG de Circle Medical.

M. Favvas est arrivé dans la baie de San Francisco en 2011 comme PDG de PerkHub, une plateforme en ligne qui permet aux entreprises d'offrir des réductions chez des tiers à leurs employés.

« Avec PerkHub, on a atteint le cap du million de dollars la première année, mais la croissance est restée faible par la suite et les possibilités d'obtenir du financement se sont raréfiées », confie le dirigeant.

Devant le constat, lui et son associé, Jean-Sébastien Boulanger, ont décidé de se mettre au tempo. En 2015, ils ont créé Circle Medical, une nouvelle start-up aux espoirs de forte croissance dont la mission est d'offrir divers services médicaux et de soins de santé aux entreprises qui sont trop petites pour justifier un investissement dans une clinique sur place. La société envoie des médecins dans les lieux de travail. « Cela peut être une journée ou deux par semaine, selon la demande », explique M. Favvas.

Les entrepreneurs qui décident de migrer vers la Silicon Valley doivent en premier lieu être habités de ce sentiment si bien énoncé par Elvis Gratton dans sa caricature de la société américaine : Think Big.

« Il faut cependant faire attention de ne pas s'illusionner. Tout le monde qui arrive ici s'attend à connaître un succès instantané. À mon avis, il faut d'abord "payer son dû" à la Silicon Valley. Il faut être confronté à l'échec et trouver les manières de s'en sortir avant de pouvoir aspirer au succès », raconte de son côté Elazar Gabay, PDG de KosherBox, une entreprise qui conçoit et livre des repas prêts-à-manger cashers.

M. Gabay, qui dirige également en Californie une boîte de consultants marketing (Gabay & Co.), prévient que l'entrepreneur qui migre en Californie doit aussi savoir que le sacrifice est souvent attendu. Il raconte avoir passé son 30e anniversaire à aider son client Bench Clothing à atteindre la marque du million de dollars de ventes en ligne sur le marché canadien. « Pour me remercier, ils m'ont dit que le prochain objectif était d'atteindre 3 M$ ! », illustre-t-il.

Les entrepreneurs et travailleurs du Québec et de la côte Est peuvent cependant avoir certains avantages sur ceux de leur milieu d'adoption, estime-t-il : « Dans l'Ouest, comme nous avons trois heures de retard sur l'Est et que les marchés boursiers ferment en début d'après-midi, les gens sont en général moins stressés. Cela peut constituer un avantage pour les gens de l'Est. Nous sommes un peu plus efficaces lorsque nous avons besoin de travailler sous pression. »

M. Gabay prévient en parallèle de ne pas se laisser impressionner par les gros chiffres. Ce qui est gros au Québec ne l'est pas autant là-bas. « Même avec un salaire de 180 000 $ US par année, un employé pourrait avoir de la difficulté à faire vivre sa famille dans la baie de San Francisco, lance-t-il, car le coût de la vie y est de loin supérieur à celui de Montréal. »

M. Favvas concourt, en soulignant que si on déménage avec sa famille et que l'on tient à ses racines, il peut y avoir des dépenses auxquelles on n'avait pas initialement songé. Pour envoyer son fils à une école primaire francophone en Californie, il lui en coûte annuellement 25 000 $.

Comment budgéter sa main-d'oeuvre avant de débarquer là-bas, ou encore évaluer ce que l'on vaut soi-même, dans cette situation ? M. Gabay suggère d'utiliser des outils comme Glassdoor ou un abonnement Premium à LinkedIn, qui permettent de savoir quels sont les salaires moyens des personnes qui occupent des postes similaires à ceux que l'on recherche ou que l'on convoite.

Il soutient que ceux qui seront trop gourmands risquent de ne pas obtenir l'emploi convoité. Toutefois, lorsqu'un candidat a fait ses preuves dans la Valley, les possibilités pour lui deviennent infinies.



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