Piger intelligemment dans son bas de laine

Offert par Les affaires plus


Édition de Septembre 2014

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Édition de Septembre 2014

Un décaissement mal planifié de votre épargne peut annuler les efforts que vous avez faits pendant des années pour bâtir votre capital-retraite.

Au cours de votre vie d'investisseur, vous avez connu de nombreux écueils : le krach d'octobre 1987, la bulle des technos, la crise financière de 2009, sans compter les nombreuses corrections, mais vous avez gardé le cap, profitant de chacune des occasions pour injecter du capital frais dans votre portefeuille. Vous n'êtes pas Warren Buffett, mais vous pouvez vous enorgueillir de la discipline dont vous avez fait preuve et du rendement annualisé de plus de 7 % que vous avez obtenu depuis une trentaine d'années.

Vous prévoyez profiter de ce pécule d'ici une dizaine d'années. Mais voilà : vous ne devez pas baisser la garde. Quand vient le moment de jouir de l'argent que vous avez accumulé toute votre vie, vous devez être aussi méthodique que lorsque vous l'avez fait fructifier. On ne décaisse pas n'importe comment, on se prépare plusieurs années avant de rendre son tablier.

Il faut tenir compte de plusieurs paramètres pour établir le meilleur plan de décaissement possible. «L'âge prévu de la retraite, l'espérance de vie, le coût de la vie estimé à ce moment, les sources éventuelles de revenus disponibles et leurs différents traitements fiscaux, et évidemment, certains facteurs économiques comme l'inflation, par exemple», énumère Céline Lebeau, planificatrice financière et représentante en épargne collective pour Desjardins Cabinet de services financiers.

Il est essentiel de respecter quelques règles élémentaires lorsque vous élaborez une stratégie de décaissement. «Il n'y a pas de formule magique, ça demeure du cas par cas», ajoute Céline Lebeau.

En général, l'idéal est de retirer d'abord les sommes qui ne viennent pas alourdir votre facture fiscale : vos comptes bancaires, puis le CELI.

«L'un des premiers principes généraux du décaissement, c'est de reporter l'impôt à payer le plus longtemps possible», confirme Nathalie Bachand, planificatrice financière chez Bachand Lafleur Groupe conseils. Autrement dit, il vaut mieux attendre le plus longtemps possible avant de piger dans le REER, dont les retraits sont imposables. Pourquoi ? Parce que plus longtemps on repousse l'intervention du fisc, plus les sommes d'argent qui fructifient à l'intérieur du REER sont importantes.

Noter qu'il y a une limite. À compter de 71 ans, les sommes contenues dans le REER doivent être transférées dans un fond enregistré de revenu de retraite (FERR). À partir de ce moment, le détenteur du FERR doit obligatoirement retirer une somme minimum chaque année.

Chaque règle a ses exceptions. En cas de revenu faible lors d'une année précise, il peut s'avérer judicieux de faire un retrait planifié de son REER. Tant le gouvernement fédéral que celui du Québec offrent un crédit d'impôt non remboursable sur les quelque 11 000 premiers dollars de revenus que vous gagnez.

Idéalement, l'élaboration de votre stratégie de décaissement se fera plusieurs années avant la retraite. «En s'y prenant après 60 ans, on restreint sa capacité à réagir, puisque la période d'épargne potentielle sera désormais plus limitée», observe Daniel Laverdière, expert-conseil Banque Nationale Gestion privée 1859. À l'inverse, le fait d'envisager une stratégie de décaissement avant 45 ans se voudrait un projet plutôt embryonnaire, moins précis. «Entre 50 et 55 ans, par contre, le paysage s'éclaircit : le travailleur bénéficie d'une certaine stabilité de revenus et a une idée plus précise de l'horizon de travail et du niveau de carrière qui se dessinent avant sa retraite. De plus, le fardeau de ses dettes est probablement moindre qu'avant», explique le planificateur financier. À ce moment, il est toujours possible d'apporter les ajustements requis à la planification de sa retraite ou d'envisager une retraite progressive.

«L'élaboration d'une stratégie de décaissement implique aussi du travail à effectuer sur le plan de la gestion du portefeuille pour planifier les premières sommes à décaisser au moment opportun», rappelle de son côté Nathalie Bachand. Il est préférable d'avoir en main les liquidités nécessaires au moment voulu, pour éviter d'encaisser des produits financiers qui entraînent une pénalité ou des frais de sortie, ou d'être dans l'urgence de vendre des titres à un moment inopportun, par exemple à la suite d'une forte correction boursière. Pour ce faire, vous pourriez, par exemple, réduire votre exposition aux marchés boursiers à l'approche de la retraite.

Retarder les prestations de la RRQ et de la PSV

Au lieu de retarder le plus longtemps possible les retraits du REER et du FERR, il peut s'avérer plus judicieux de retarder l'encaissement des prestations des différents programmes gouvernementaux, dans la mesure où le retraité, en bonne santé, peut compter sur d'autres sources de revenu. «En reportant de 65 à 70 ans les rentes de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et à 70 ans celles de la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV), qui sont ensuite versées jusqu'au décès, ces rentes se trouvent bonifiées de 42 % et 36 % respectivement», explique Daniel Laverdière. Cette stratégie exige par contre de piger plus tôt dans le REER pour retarder la réception des prestations gouvernementales - au lieu d'étaler de façon linéaire les retraits en provenance du REER tout au long de la retraite. «Il s'agit d'une façon de transférer à l'État le risque financier associé à la longévité», souligne le planificateur financier.

L'importance de bien gérer la PSV !

Depuis juillet 2013, il est possible de reporter le premier versement du Programme de la sécurité de la vieillesse (PSV) jusqu'à 60 mois (5 ans) après la date à laquelle vous devenez admissible. En procédant ainsi, vous recevrez un montant plus élevé de 0,6 % pour chaque mois où vous reportez le versement de cette prestation, jusqu'à un maximum d'une bonification de 36 % à l'âge de 70 ans. Attention, cependant ! À partir d'avril 2023 et jusqu'en janvier 2029, l'âge d'admissibilité à la PSV passera graduellement de 65 à 67 ans. Ce changement touchera les personnes nées après 1958, qui pourront alors la reporter jusqu'à 72 ans.

Une autre mise en garde s'impose. La PSV est considérée comme un revenu imposable et peut être assujettie à un impôt de récupération si le revenu annuel net avant rajustements de l'année 2014 du retraité se situe entre 71 592 dollars et 116 002 dollars pour les prestations payables à compter de juillet 2015. Pour éviter de devoir en rembourser une partie, assurez-vous que votre revenu imposable se situe sous cette fourchette !

Fractionner votre revenu de retraite

Le 4 juin dernier, le gouvernement provincial a confirmé que l'âge d'admissibilité à cette stratégie sera dorénavant établi à 65 ans pour toutes les sources de revenu de retraite, et ce, dès l'année d'imposition courante. Cette mesure aura essentiellement un impact sur le fardeau fiscal des couples dont l'un des con-joints touche une prestation d'un régime de retraite à prestations déterminées avant 65 ans. Depuis 2007 et jusqu'à tout récemment, il était possible de fractionner les revenus d'un tel régime à tout âge.

Le fractionnement consiste à partager entre conjoints le revenu de l'un d'eux afin de bénéficier des taux d'imposition progressifs et de réduire la facture combinée d'impôt. Un particulier peut ainsi allouer à son conjoint jusqu'à la moitié de son revenu de pension admissible, comme les paiements provenant d'un FERR, les paiements de rente viagère souscrite à partir de l'argent provenant du REER, les prestations d'un régime de retraite, et à certaines conditions, les rentes de la RRQ. «Cette mesure reste souvent un incontournable pour minimiser le fardeau fiscal du couple», conclut Daniel Laverdière.

«Si vous prévoyez avoir un revenu imposable élevé à la retraite, cotisez immédiatement au REER de votre conjoint afin de prévoir le fractionnement éventuel des revenus», suggère Céline Lebeau, de Desjardins. Les nouvelles règles établies en juin par Québec rendent à cette stratégie toute sa pertinence, car elles permettent de fractionner une partie des revenus du couple avant 65 ans.

Vider le REER rapidement pour préserver le SRG

Les retraités qui ont droit au Supplément de revenu garanti (SRG) à compter de 65 ans - somme qui peut atteindre 757,58 dollars par mois - pourraient avoir intérêt à encaisser leur REER d'un coup avant cet âge. Le SRG, une prestation mensuelle non imposable offerte aux prestataires de la PSV à faible revenu et vivant au Canada, est totalement supprimé dès que les autres revenus du célibataire dépassent 16 944 dollars par an.

«L'impôt à payer sera substantiel lors du retrait unique du REER, mais cette manoeuvre permet de conserver le SRG lors des années subséquen-tes. Cette facture fiscale risque d'être moindre que celle qu'il faudrait assumer si on retire année après année un montant imposable du REER qui viendrait diminuer ou éliminer le SRG annuel reçu par le retraité», résume Daniel Laverdière. De par cette stratégie - envisageable pour l'épargnant qui possède moins de 150 000 dollars en REER, selon ce dernier - le REER fait alors place au CELI, qui offre l'avantage de retraits et de revenus non imposables. Le retraité qui n'a jamais contribué au CELI peut y déposer une somme cumulative de 31 000 dollars en 2014.

Impact du report de la rente de la RRQ

Afin d'encourager une retraite tardive, la Régie des rentes du Québec bonifie depuis janvier 2013 sa rente de 8,4 % (0,7 % par mois) pour chaque année, jusqu'à 70 ans, où vous retardez la demande de son paiement après votre 65e anniversaire.

Voici l'impact pour les personnes qui ont droit à la rente maximale.

60 ans (1):  70,00 % / 726,83 $

60 ans (2): 68,20 % / 708,14 $

61 ans:  76,00 % / 789,13 $

62 ans: 82,00 % / 851,43 $

63 ans: 88,00 % / 913,73 $

64 ans: 94,00 % / 976,03 $

65 ans: 100,00 % / 1 038,33 $

66 ans: 108,40 % / 1 125,55 $

67 ans:  116,80 % / 1 212,77 $

68 ans:  125,20 % / 1 299,99 $

69 ans: 133,60 % / 1 387,21 $

70 ans:  142,00 % / 1 474,43 $

(1) Pour les personnes nées avant le 31 décembre 1953 (2) Pour les personnes nées après le 1er janvier 1954

RENTE VIAGÈRE : UNE ANECDOTE QUI DIT TOUT

Jeanne Calment, décédée le 4 août 1997 à l'âge vénérable de 122 ans, a bien compris l'utilité de la rente viagère. En 1965, à l'âge déjà respectable de 90 ans, l'ancienne doyenne de l'humanité a vendu sa maison à un notaire de 47 ans, André-François Raffray, en échange d'une rente viagère mensuelle de 2 500 francs (environ 550 $). Ce dernier a assuré les paiements requis jusqu'au moment de sa propre mort en 1995, à l'âge de 77 ans. Son épouse a ensuite pris le relais jus-qu'au décès de Madame Calment. Les époux ont finalement versé une somme qui équivaut à plus de deux fois le prix de la maison en raison des règles du contrat viager établi à l'origine !

L'anecdote montre qu'il est primordial de tenir compte de l'espérance de vie pour échafauder un solide plan de décaissement et que la rente viagère peut jouer un rôle crucial dans cette stratégie (lire la chronique de Dany Provost, page 14) «Le principal intérêt de la rente viagère est de protéger l'épargnant contre le risque de survivre à son patrimoine en raison du prolongement de la durée de vie», résume Daniel Laverdière, expert-conseil Banque Nationale Gestion privée 1859.

IMPOSABLE OU NON ?

Argent retiré de vos comptes bancaires: Non

Rendements et argent retiré de votre CELI: Non

Argent retiré du REER et du FERR: Oui

Prestations de la Régie des Rentes du Québec: Oui

Prestations du Programme de la sécurité de la vieillesse: Oui

Supplément de revenu garanti:  Oui

Rente viagère souscrite à partir de sommes provenant du REER:  Oui

Rente viagère souscrite à partir de sommes du CELI ou d'un compte non enregistré:  Non

Revenus de placement (ils sont plus ou moins imposés, selon qu'il s'agit de gain en capital, de dividendes, ou d'intérêts): Oui

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