Et si on déprogrammait l'obsolescence?

Publié le 28/04/2015 à 16:41

Et si on déprogrammait l'obsolescence?

Publié le 28/04/2015 à 16:41

Rien n’est éternel, mais si l’on se débarrasse d’un produit vieillot qui fonctionne très bien, parce qu’il est dépassé ou n’est plus au goût du jour, c’est qu’il est obsolète. Cependant, si cette mise au rancart est provoquée ou imposée par des techniques utilisées pour limiter la durée de vie du produit, on parle d’obsolescence programmée.


Ce sujet revient dans l’actualité lorsqu’il est question des produits technologiques, par exemple lorsqu’on discute des versions de l’iPhone dont la sortie de la 7e variante est imminente. Pourtant, limiter la durée de vie utile des produits n’est pas une idée nouvelle, la preuve étant que la dictature de la mode est un concept plusieurs fois centenaire. Certains ont même songé, pour contrer la Grande Dépression, à limiter légalement la durée de vie des biens afin de stimuler la consommation et la croissance économique. Il s’agissait d’une bien mauvaise idée. La production de biens volontairement éphémères fait rouler l’économie, mais cette approche est désastreuse tant pour les consommateurs, qui s’endettent pour suivre la parade, que pour l’environnement, les ressources s’épuisant pour la fabrication de produits destinés à la poubelle.


On peut décliner l’obsolescence de plusieurs façons. On parle, souvent dans le secteur de l’informatique, d’obsolescence par incompatibilité lorsqu’un produit ne peut plus fonctionner avec une nouvelle version d’un produit accessoire.


L’obsolescence est dite indirecte lorsqu’un produit devient hors d’usage parce que des accessoires essentiels ne sont plus disponibles. Votre appareil VHS fonctionne peut-être toujours, mais bonne chance pour trouver en cassette les derniers films à succès!


L’obsolescence par péremption concerne les produits qui sont bons ou meilleurs avant une certaine date, comme les aliments, médicaments, sièges d’auto pour enfant, etc. Mais si un produit indique lui-même qu’il est temps de remplacer une de ses composantes, par exemple lorsqu’une imprimante annonce un bas niveau d’encre de ses cartouches, on tombe dans l’obsolescence par notification. Lorsqu’un seul et unique élément ou accessoire défaille et que l’appareil entier cesse de fonctionner, on parlera plutôt d’obsolescence par défaut fonctionnel.


L’obsolescence subjective, dont la mode est l’exemple par excellence, est quant à elle liée à la psychologie des consommateurs, qu’on amène à vouloir tout remplacer. L’obsolescence écologique nous presse à nous débarrasser d’un bien encore fonctionnel (voitures, ampoules incandescentes) au profit d’un autre plus efficace au plan écoénergétique.  


La preuve d’un stratagème de l’industrie qui limiterait volontairement l’espérance de vie d’un produit, par des procédés techniques ou technologiques, n’a jamais été faite. Si, pour plusieurs biens, on constate empiriquement que les durées de vie raccourcissent, cela pourrait dépendre de plusieurs facteurs : la miniaturisation et la légèreté, par exemple, augmentent la fragilité. Selon les fabricants, des biens plus solides entraîneraient souvent des coûts que les consommateurs ne sont pas nécessairement prêts à assumer.


Même décrié, le système économique qui encourage à consommer davantage reste le modèle dominant et les lois qui protègent les consommateurs n’auront jamais assez de poigne pour changer la donne en matière de durabilité des produits. Par exemple, si la garantie légale, inscrite dans la Loi sur la protection du consommateur, prévoit qu’un bien doit servir à l’usage auquel il est destiné, et ce, pour une durée raisonnable, la question reste : qu’est-ce qu’une durée raisonnable? En outre : à moins que le commerçant accepte d’honorer cette garantie, qui excède sa garantie conventionnelle, le consommateur devra s’armer de patience pour avoir gain de cause.


Alors, que fait le consommateur engagé? Il ne se croise certes pas les bras. S’il croit que le bien qu’il a acquis a eu une durée de vie trop courte, il porte plainte auprès du détaillant, du fabricant et à l’Office de la protection du consommateur. Il diffuse l’information sur les réseaux sociaux : la force du nombre est du côté des consommateurs.


Mais il agit, surtout, de façon responsable : il résiste à l’achat de produits dont il n’a pas besoin, choisit les biens durables, recycle, consomme localement, privilégie la consommation collaborative comme les réseaux d’échange, la valorisation et la revente d’objets. Finalement, pourquoi jeter? Bien que « réparer » semble être sorti des mœurs, de plus en plus de sites Internet fournissent les renseignements nécessaires pour réparer la plupart des appareils domestiques.


En fin de compte, que les stratèges du marketing se le tiennent pour dit : la tyrannie du prêt à jeter trouvera sur son passage des consommateurs avertis qui n’ont pas dit leur dernier mot. Et pour ceux-là, l’obsolescence sera de moins en moins programmée.

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