Baromètre du STIQ : le rebond du secteur manufacturier


Édition du 19 Mai 2018

Baromètre du STIQ : le rebond du secteur manufacturier


Édition du 19 Mai 2018

Par Pierre Théroux

La vigueur du secteur manufacturier a fait baisser son taux de chômage à 3,3 % en 2017. Or, cette situation de ­plein emploi entraîne en contrepartie une rareté de ­main-d’oeuvre. [Photo : Getty Images]

Hausse du PIB, augmentation des ventes, accroissement du nombre de travailleurs : après avoir connu des moments difficiles ces dernières années, le secteur manufacturier reprend de la vigueur et devrait poursuivre son élan.

« Le secteur manufacturier a connu un rebond et les planètes sont alignées pour que cette croissance continue », constate Richard Blanchet, PDG de l'organisme STIQ (Sous-traitance industrielle Québec) qui, depuis 2009, dresse un portrait annuel de ce secteur dans son Baromètre industriel québécois.

Selon ce dernier, le PIB de l'industrie manufacturière québécoise a augmenté de 3,5 % en 2017, ce qui est nettement supérieur à la croissance moyenne annuelle de 0,4 % observée entre 2012 et 2016. Les ventes de biens fabriqués ont aussi connu une hausse l'an dernier, soit de 8,6 %, alors que l'augmentation moyenne annuelle était de 0,8 % entre 2012 et 2016. Enfin, le nombre de salariés dans le secteur de la fabrication a augmenté de 3 %, comparativement à une baisse moyenne de 0,6 % par année entre 2012 et 2016.

Avenir prometteur

Or, l'avenir s'annonce aussi prometteur grâce à la « bonne tenue de l'économie tant au Québec que dans le reste du pays, de même qu'aux États-Unis et ailleurs dans le monde », note M. Blanchet.

Bon nombre de PME manufacturières québécoises, dont l'expansion passe par le développement des marchés hors Québec, pourront encore tabler sur la faiblesse du dollar canadien par rapport à la devise américaine. Autre occasion : la mise en oeuvre de l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne, qui s'est concrétisé en 2017 et qui élimine les droits de douane sur 99 % de ses lignes tarifaires. La récente signature de l'Accord de Partenariat transpacifique améliorera aussi l'accès à certains marchés asiatiques. « La Chine est déjà le deuxième marché d'exportation du Québec », rappelle M. Blanchet. Des incertitudes menacent toutefois le secteur, notamment l'issue incertaine de la renégociation de l'ALÉNA et les droits compensatoires et antidumping récemment imposés par les États-Unis.

Cinq industries génèrent à elles seules 53 % du ­PIB du secteur manufacturier. Répartition du ­PIB par industrie et répartition du nombre de salariés par industrie.

La bonne et la... mauvaise nouvelle !

La vigueur du secteur manufacturier a fait baisser son taux de chômage à 3,3 % en 2017, soit un ratio inférieur de presque trois points par rapport à la moyenne québécoise de 6,1 %. Or, cette situation de plein emploi entraîne en contrepartie une rareté de main-d'oeuvre. « Il y a un important manque d'employés qualifiés dans plusieurs entreprises, et ce, de divers secteurs d'activité et dans toutes les régions du Québec », souligne M. Blanchet, en précisant que ce problème est un frein au développement du secteur.

En 2017, 82 % des répondants du Baromètre industriel considéraient d'ailleurs le problème de recrutement d'employés spécialisés comme étant « très important ou assez important » et 58 % d'entre eux affirmaient connaître un problème « très important ou assez important » de rétention de leurs employés spécialisés. Depuis les débuts du Baromètre, ces pourcentages sont - et de loin - les plus élevés jamais observés. Par ailleurs, 73 % des répondants jugeaient l'enjeu de la relève comme étant « très important ou assez important ».

Des dirigeants consultés lors de la préparation du Baromètre ont souligné avoir mis en oeuvre des pratiques de gestion ou des actions pour atténuer ces problèmes. « Nous sommes certifiés Entreprise en santé, et cela attire les jeunes », souligne Michel Labrecque, vice-président, Ressources humaines chez CMP Solutions mécaniques avancées. Dawn-Marie Turner, directrice des ressources humaines chez Aérospatiale Hemmingford, souligne que l'entreprise veut « donner aux employés l'espoir d'aller plus loin, offrir des formations et leur montrer qu'ils peuvent avoir un avenir chez nous, qu'on veut investir en eux ».

D'autres entreprises indiquent avoir embauché des candidats qui, même s'ils ne possèdent pas les qualifications ou les diplômes requis, montrent une volonté d'apprendre et un potentiel de travail suffisants. Dans ce cas, la formation interne palliera l'absence de qualifications.

Stagnation des investissements

Autre problème : le Canada tire de l'arrière en matière de productivité et de compétitivité par rapport à la moyenne des pays membres de l'OCDE. Le Québec ne fait pas exception, et les données du Baromètre confirment que les investissements en achat d'équipement, en R-D de produits ou de procédés et en technologies de l'information stagnent ou sont en recul.

Pourtant, les entreprises qui investissent plus de 5 % de leur chiffre d'affaires en achat d'équipement ont de meilleurs résultats que celles qui y investissent moins de 2 %, fait valoir STIQ. Cela se constate notamment sur l'augmentation du chiffre d'affaires et du nombre d'employés.

Or, à l'ère de l'industrie 4.0, les entreprises ont intérêt à investir pour innover. « L'usine intelligente n'est pas juste une mode. Les entreprises qui tardent à intégrer les technologies numériques pourront difficilement s'en remettre », prévient M. Blanchet. Près de 40 % des entreprises manufacturières sont encore gérées à l'aide de processus de production manuels, soutenus en partie par des outils de bureautique, ce qui les situe à un degré de maturité appelé « artisanal ». Environ 32 % d'entre elles utiliseraient des robots.

Toutefois, 61 % des dirigeants interrogés montrent de l'intérêt pour la robotisation, 48 %, pour l'Internet des objets et 43 %, pour l'infonuagique, mais seulement 22 % s'intéressent aux données massives (big data).

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