Bois d'oeuvre: l'administration Trump frappe le secteur

Publié le 25/04/2017 à 06:31

Bois d'oeuvre: l'administration Trump frappe le secteur

Publié le 25/04/2017 à 06:31

Par La Presse Canadienne

La dispute commerciale sur le bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis entrera dans un nouveau chapitre mardi, alors que le département américain du Commerce confirmera l'imposition de droits compensatoires de 20% sur les exportations canadiennes.

Plus précisément, le taux moyen sera de 19,88%, a pu confirmer La Presse canadienne. La coalition américaine du bois d'oeuvre a dévoilé les mêmes informations par l'entremise d'un communiqué.

Pour certains joueurs majeurs de l'industrie, ce taux varie en fonction de l'évaluation effectuée par les responsables américains.

Ainsi, Produits forestiers Résolu se verra imposer un taux de 12,82%. Pour West Fraser, Canfor et Tolko, établis en Colombie-Britannique, les taux seront respectivement de 24,12%, 20,26% et 19,5%.

J.D. Irving, du Nouveau-Brunswick, devra composer avec un taux de 3,02%.

Par ailleurs, à l'exception de Résolu, West Fraser, Canfor et Tolko, les autres entreprises du secteur devront payer des droits compensatoires de manière rétroactive sur 90 jours.

Cette information figure dans une décision du 13 avril rendue par le département américain du Commerce et publiée en ligne.

Selon cette décision, le département du Commerce a décidé de ne pas imposer la mesure rétroactive aux «quatre géants» après avoir calculé que «ceux-ci n'avaient pas bonifié leurs exportations vers le Sud de la frontière après octobre 2015, lorsque l'entente précédente est venue à échéance».

«Nous concluons que J.D. Irving et tout (le reste de l'industrie) ont vu leurs exportations croître de façon marquée, est-il écrit. Les données ne démontrent pas de progression marquée pour Canfor, Résolu, Tolko et West Fraser.»

Les entreprises touchées par la mesure rétroactive devront déposer des sommes auprès des États-Unis correspondant à leurs exportations depuis la fin janvier. Autrement, elles ne pourront traverser la frontière.

Si Québec se dit prêt à aider financièrement les entreprises forestières aussitôt que les Américains auront décrété des droits compensatoires sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre, il faudra vraisemblablement plus de temps à Ottawa avant d'agir.

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a indiqué tard lundi soir qu'il convoquera en réunion cette semaine le Groupe de travail fédéral-provincial sur le bois d'oeuvre résineux chargé d'«examiner des mesures supplémentaires».

Le gouvernement fédéral s'est dit en désaccord avec la décision du département du Commerce, parlant d'une «action commerciale injuste et injustifiée».

«Nous nous sommes engagés à travailler avec l'administration américaine pour obtenir une solution durable. (...) Nous restons confiants qu'un règlement négocié n'est pas seulement possible, mais dans l'intérêt des deux pays », ont affirmé par communiqué M. Carr, et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lundi soir.

Les deux ministres ont tout de même indiqué que « le gouvernement du Canada défendra vigoureusement les intérêts de l'industrie canadienne du bois d'oeuvre résineux, y compris en recourant aux tribunaux ».

«Dans les décisions qui se sont succédé depuis 1983, les tribunaux internationaux ont réfuté les allégations non fondées de subvention et de préjudice porté à l'industrie américaine. Nous avons eu gain de cause dans le passé et il en sera de nouveau ainsi», ont-ils soutenu.

Ottawa ne s'est pas avancé sur une aide financière aux entreprises forestières relativement à l'imposition de droits compensatoires.

Dans l'immédiat, Ottawa compte s'assurer que les entreprises tirent parti des initiatives de financement existantes dans le cadre de la Banque de développement du Canada et d'Exportation et développement Canada, en plus de promouvoir l'utilisation du bois canadien «ici même à la maison» et de travailler activement pour aider l'industrie forestière à accéder à de nouveaux marchés.

Le communiqué souligne que le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, est actuellement en Chine avec une délégation de représentants canadiens du bois d'oeuvre, pour faire la promotion des produits canadiens.

Une source gouvernementale qui n'a pas voulu être identifiée disait plus tôt que le gouvernement Trudeau arrêterait son choix sur la forme d'aide financière qu'après avoir analysé les mesures qui devraient être annoncées mardi par le département américain du Commerce.

«Il est difficile de déterminer quoi que ce soit tant que nous ne connaîtrons pas la teneur des taux imposés», a expliqué cette personne avant que ne soit ébruitée l'imposition de droits compensatoires de 20%.

Après que des barrières tarifaires eurent été imposées en 2001, le gouvernement fédéral avait mis plusieurs mois avant de mettre de l'avant deux programmes d'aide financière. Il avait d'abord octroyé plus de 300M$ en 2002 et 1,5G$ en novembre 2005 _ dont 900M$ en garanties de prêt.

Outre l'annonce de Washington sur les droits compensatoires, une décision entourant les droits antidumping est également attendue le 23 juin. Au total, ces deux mesures devraient totaliser des droits compensatoires oscillant entre 30 et 40%, d'après les analystes financiers.

Pour sa part, le gouvernement Couillard, qui s'est engagé à mettre sur pied un programme de garanties de prêt pour les compagnies touchées, se dit prêt à intervenir dès le « jour 1 », affirmait sa ministre de l'Économie, Dominique Anglade.

« Nous avons eu des discussions avec le gouvernement fédéral et je pense qu'il serait (...) temps pour Ottawa d'être présent », a-t-elle dit, lundi, au cours d'un entretien, en marge d'une annonce

à Montréal.

De passage dans la réserve de Mashteuiatsh, au
Saguenay_Lac-Saint-Jean, le premier ministre Philippe Couillard a
abondé dans le même sens, ajoutant qu'Ottawa devrait également
s'engager dans le « développement de nouveaux produits et de
nouveaux marchés d'exportation » pour l'industrie du bois d'oeuvre.

Une source de l'industrie forestière québécoise qui n'a pas voulu être nommée a indiqué que « jusqu'à présent, personne n'avait de signal » quant à la possibilité qu'Ottawa puisse annoncer prochainement des mesures d'aide.

Le porte-parole de Résolu, Seth Kursman, a exhorté le gouvernement Trudeau à s'engager à appuyer l'industrie forestière afin de préserver de nombreux emplois dans les communautés rurales.

Plusieurs provinces _ dont le Québec _ s'opposent aux quotas et tarifs douaniers aux États-Unis, estimant que leurs régimes forestiers répondent aux exigences américaines en matière de libre-échange.

Selon le département du Commerce, les exportations canadiennes de bois d'oeuvre à destination des États-Unis ont totalisé 4,7 milliards $ US en 2016. L'Institut économique de Montréal estime que le marché américain représente près de 75 pour cent des exportations du pays et près de 24 300 emplois directs.

Si le Québec s'attend à un coup de pouce d'Ottawa, la Colombie-Britannique se montre plus prudente, puisqu'à son avis, une aide financière fédérale à l'industrie pourrait être considérée injuste par les négociateurs américains.

Contrairement au conflit précédent, les producteurs de l'Ouest canadien ont usé de précautions cette fois-ci en en achetant des scieries aux États-Unis en plus d'augmenter leurs exportations de bois d'oeuvre vers la Chine. Toutefois, les analystes estiment que les plus petits producteurs du Québec et de l'Ontario sont plus vulnérables parce qu'ils n'ont pas les reins aussi solides pour payer des droits compensatoires, ce qui pourrait provoquer des fermetures d'usines.


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