Manufacturer à l'ère de l'intelligence artificielle

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

Manufacturer à l'ère de l'intelligence artificielle

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Édition du 06 Mai 2017

Le passage au modèle Industrie 4.0 a permis à Harley-Davidson de produire des motos qui répondent mieux aux exigences individuelles de ses clients.

Plusieurs pays ont déjà amorcé le virage vers l'Industrie 4.0, «et il est urgent que le Québec emboîte le pas», affirme le dernier Baromètre industriel québécois de STIQ.

Les cas de transformations majeures entraînées par le passage au modèle Industrie 4.0 abondent. Ceux de Harley-Davidson, légendaire fabricant de motos, et de Joy Global, manufacturier de machineries minières massives, sont particulièrement éloquents.

Harley-Davidson a réussi à faire coller 100 % de sa production aux exigences individuelles de ses clients là où, auparavant, 40 % de ses motos manquaient la cible. Quant à Joy Global, elle a haussé la production de 60 % chez un client, et la sécurité, de 64 %, en plus d'abaisser de 40 % les coûts de ce client.

Des gains dans la valorisation des données

L'Industrie 4.0, à laquelle le gouvernement du Québec a donné le nom de Manufacturier innovant, se présente comme la quatrième transformation du modèle manufacturier depuis le lancement de la révolution industrielle vers 1785.

Aux ères de la mécanisation, de l'assemblage de masse et de l'automatisation succède maintenant celle de l'intégration numérique des actifs manufacturiers.

Toutes les technologies de pointe se donnent rendez-vous dans l'usine 4.0 : systèmes cyberphysiques, design par simulation, robotique, analyse de mégadonnées, intelligence artificielle, Internet des objets, impression 3D. Cependant, il ne faut pas laisser tous ces «arbres techniques» cacher la forêt : «Le pivot de l'Industrie 4.0, c'est la valorisation des données», souligne Sébastien Houle, directeur général de Productique Québec, à Sherbrooke. Dans bien des cas, ces données se trouvent déjà dans l'entreprise, chez ses fournisseurs et chez ses clients. La clé consiste à associer le plus grand nombre de ces données pour les analyser et en tirer de multiples gains de production, de productivité, d'efficacité, de stratégie.

Selon le CEFRIO, ces gains s'observent à trois niveaux : les processus, les produits et les services. Sur le plan des processus, un fabricant va colliger des données en temps réel sur les prix et la disponibilité de ses matières premières, sur l'avancement de pièces chez ses fournisseurs, sur la performance de sa machinerie pour optimiser son ordonnancement de production et son entretien de machines. Le but ultime est de doter son outil manufacturier d'une telle flexibilité qu'il sera possible de passer d'une production de masse à une production individualisée unitaire.

Sur le plan des produits et des services, un fabricant va doter ses produits d'une puce informatique qui, par l'intermédiaire de l'Internet des objets, lui communiquera en temps réel l'état des produits et leur besoin d'entretien et d'amélioration. Grâce à une telle implantation, Michelin a changé son modèle d'affaires. Elle ne fait plus que vendre ses pneus, elle les loue. Par l'entremise d'une puce, le pneu indique à Michelin le kilométrage d'utilisation exact que l'entreprise doit facturer. «Tous les manufacturiers devraient penser à brancher leurs produits», insiste Josée Beaudoin, vice-présidente, Innovation et transfert au CEFRIO.

Les mots-clés du manufacturier innovant sont donc «connectivité» et «analyse». Il faut extraire les données et les relier à un système d'analyse qui, le plus souvent, sera doté d'intelligence artificielle pour en tirer des informations susceptibles d'optimiser en temps réel la production, la productivité, la logistique, l'entretien, les ventes.

La question stratégique doit présider au cheminement dans le parcours du manufacturier innovant. Chez Harley-Davidson, la stratégie était d'accroître la flexibilité de façon à coller de très près aux attentes des clients. Pour d'autres, l'objectif stratégique pourrait être de hausser la productivité d'une usine, par exemple.

Un avantage majeur du manufacturier innovant, note Josée Beaudoin, tient à son coût relativement modeste puisqu'il s'agit surtout d'investir dans des systèmes informatiques. Toutefois, pour l'entreprise qui n'a pas encore fait le passage à la phase automatisée et robotisée de l'Industrie 3.0, l'investissement peut s'avérer plus important.

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