Investir contre vents et marées

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

Investir contre vents et marées

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Édition du 06 Mai 2017

[Photo: 123rf]

Pour requinquer son secteur manufacturier, le Québec a fort à faire. Nombre d’obstacles se dressent sur le parcours, en tout premier lieu l’épineuse question de l’investissement.

En 2000 encore, l’investissement annuel dans le secteur manufacturier québécois s’élevait à sept milliards $ par année, puis a décliné jusqu’à un creux de 3,5 milliards en 2009, rappelle Louis Duhamel, conseiller stratégique chez Deloitte. Le niveau a depuis remonté à 4,5 G$, mais demeure insuffisant. «Pour retrouver un niveau équivalent à 2000 (en tenant compte de l’inflation), il faudrait remonter à 8,5 milliards $, affirme le conseiller. Cela suppose une croissance annuelle de 11% pendant cinq ans.»

En fait, ce creux de l’investissement cache un mal plus profond – psychologique : un déficit de confiance, juge M. Duhamel. «Le moral des troupes est sapé, résume ce dernier. Pourtant, elles sont bien équipées, mais elles sont démoralisées après l’invasion des pays émergents, les fluctuations de devises, la crise financière. Tout ce qui s’est écrit sur le secteur manufacturier au cours des 20 dernières années, c’est plutôt déprimant. On pense que le secteur est un loser, qu’il s’en va chez le diable. Il faut que ces ritournelles cessent! Si je vous dis que la Bourse ne montera plus jamais, allez-vous investir?»

C’est pourquoi dans le plan d’action en 10 points qu’Investissement Québec met de l’avant pour le secteur manufacturier, le tout premier point propose de valoriser le secteur, tout particulièrement auprès des jeunes qui jugent le manufacturier désuet, sale, pas cool. Au contraire, insistent Pierre Gabriel Côté, pdg d’Investissement Québec, et Louis Duhamel, le manufacturier est le moteur de la prospérité économique des nations. Et les usines de demain, comme on peut le voir déjà chez un manufacturier comme Tesla, ressemblent davantage à des laboratoires qu’à des «shop d’usinage».

«C’est un secteur d’avenir, tranche M. Duhamel, où les investissements vont être massifs.» Un signe en témoigne : sur les 825 M$ de financement mis à disposition au secteur manufacturier par Québec, 400 M$ ont déjà été engagés après la première année dans des projets totalisant 2,4 milliards $.

Or, les entreprises qui investissent, qui innovent et qui gardent le moral tirent très bien leur épingle du jeu, comme le démontre le Baromètre Industriel Québécois de STIQ. «Les entreprises qui investissent plus affichent une meilleure performance», peut-on y lire, notamment une croissance nettement supérieure du chiffre d’affaires et de l’emploi. Le travail des entreprises qui veulent investir est facilité par la mise à disposition de 825 M$ par le gouvernement.

La voie d’avenir passe par le modèle de l’Industrie 4.0 qui, par bonheur, requiert des investissements moins importants que ne l’exigeait la phase précédente, Industrie 3.0, en machines à commande numérique et en robots.

Toutefois, la voie demeure ardue. Un premier obstacle tient au manque de compétences informatiques chez les manufacturiers, juge Josée Beaudoin, vice-présidente, Innovation et transfert, au Cefrio. La plus grande carence se situe au niveau de la gestion de projets numériques, «qui réside au cœur du passage à l’Industrie 4.0», dit-elle. À cette difficulté s’ajoute le fait que l’Usine 4.0 exige de la part des employés une compréhension des outils informatiques.

Autre obstacle, «l’ensemble du tissu industriel est relativement peu automatisé et a peu implanté les systèmes ERP», fait ressortir Sébastien Houle, directeur général de Productique Québec. Mme Beaudoin est du même avis : «Dans une grande mesure, dit-elle, nos entreprise ne sont pas encore passées à l’usine 3.0», celle des automates, des machines-outils à commandes numériques, des robots.

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