La pilule miracle est composée de PPP


Édition du 30 Juin 2018

La pilule miracle est composée de PPP


Édition du 30 Juin 2018

Par Claudine Hébert

La situation de crise dans l’industrie pharmaceutique est en voie d’être résorbée. Grâce aux nouvelles stratégies des grandes pharmas axées sur la collaboration, le milieu prend du mieux. [Photo : Getty Images]

La fermeture des grands laboratoires établis dans le Grand Montréal, au cours des dix dernières années, a fortement ébranlé l'industrie pharmaceutique au Québec. Or, voilà que ces grandes entreprises refont surface sous la forme de nouveaux partenariats publics-privés. Portrait d'une industrie en pleine mutation.

Il y a dix ans, l'industrie pharmaceutique flottait sur un nuage au Québec. Elle venait d'établir un nouveau record, représentant près de 21 000 emplois. La fête fut de courte durée. La crise économique de l'automne 2008 a marqué le début d'une rude dégringolade qui a atteint un creux en 2014. Le nombre d'emplois est alors passé sous la barre des 17 000. En six ans, près d'un emploi sur cinq des industries pharmaceutique et biotechnologique avait disparu.

Mais voilà que cette situation de crise est en voie d'être résorbée. Grâce aux nouvelles stratégies des grandes pharmas axées sur la collaboration, l'industrie prend du mieux. «On assiste actuellement à de nouvelles activités qui favorisent des collaborations entre le privé et le public. On voit de plus en plus la formation de partenariats entre les pharmas, les biotechs, les milieux de recherche externes ainsi que différents acteurs du monde du financement», soulève Frédéric Alberro, directeur, Québec, chez Médicaments novateurs Canada. Cet organisme représente près d'une cinquantaine de sociétés pharmaceutiques en affaires au pays.

M. Alberro cite, entre autres, la collaboration entre Servier Canada, le Fonds de solidarité FTQ et le Fonds CTI. À eux trois, dit-il, ils ont investi 21 millions de dollars pour créer Ilkos Therapeuthics inc., une nouvelle société de biotechnologie chargée de mettre au point un traitement par voie orale des ulcères veineux chroniques des membres inférieurs.

En fait, poursuit M. Alberro, l'industrie pharmaceutique se métamorphose. «Ce n'est plus tant le prestige d'avoir une adresse sur le bord de l'autoroute 40 dans l'ouest de l'île de Montréal. C'est le privilège de profiter de multiples partenariats avec les milieux scolaires, universitaires et de la recherche du Québec. Ce qui a pour effet de dynamiser l'ensemble de l'écosystème québécois des sciences de la vie. Par conséquent, de stimuler le nombre d'emplois», signale-t-il.

En 2017, l'industrie pharmaceutique a de nouveau frôlé les 18 000 emplois (17 995). «Une remontée qui ne fait que commencer», soutient Kim Bourgeois, directrice générale de Pharmabio Développement, le comité sectoriel de main-d'oeuvre des industries des produits pharmaceutiques et biotechnologiques du Québec. «Depuis deux ans, plus de 700 nouveaux postes sont créés au Québec chaque année. À ce rythme, l'industrie aura retrouvé sa situation des beaux jours d'ici cinq ans», indique Mme Bourgeois.

Les forces du Québec

Les nouvelles stratégies de collaboration déployées par les pharmas ne sont pas un phénomène unique au Québec. Elles prennent forme également à l'étranger. «Mais le terreau pharmaceutique québécois compte deux avantages majeurs qui augmentent son pouvoir d'attraction auprès des grandes pharmas», insiste M. Alberro. D'abord, son régime public de la santé. «Ce système représente une banque de données exceptionnelle pour les grandes pharmas, indique-t-il. D'autant plus que la population québécoise est génétiquement diversifiée, ce qui constitue un atout très apprécié en recherche.»

L'autre force du Québec concerne son positionnement en matière d'intelligence artificielle. Montréal, dit-il, regroupe les meilleurs chercheurs dans ce domaine, dont la sommité Yoshua Bengio. «Ajoutez à ces deux forces la nouvelle stratégie québécoise des sciences de la vie mise de l'avant en 2017 par le gouvernement actuel [la création d'un Bureau de l'innovation en santé et en services sociaux en fait partie], les meilleures conditions sont réunies pour hisser le Québec parmi les cinq plus grands écosystèmes des sciences de la vie en Amérique du Nord», explique M. Alberro. Actuellement, l'industrie pharmaceutique québécoise figure au 10e rang.

Partage des risques financiers et réduction de temps

Depuis déjà 10 ans, le Consortium québécois sur la découverte du médicament (CQDM) préconise le modèle de la collaboration entre les organisations publiques et privées. Cet organisme a vu le jour pour justement favoriser ce type de partenariat. «Au départ, tout le monde saluait le geste, mais plusieurs doutaient du succès d'une telle initiative. Comment réunir autour d'une même table des concurrents ?», se souvient Diane Gosselin, présidente et directrice générale du CQDM. Depuis sa création, ce dernier a permis d'amasser plus de 78 M $ en contributions pour une soixantaine de projets. Ce qui se traduit par le soutien à la création d'une dizaine de start-up, la maturation technologique d'une vingtaine de PME et près de 700 nouveaux emplois.

«Et les avantages sont très palpables pour les pharmas», confie Jennifer Chan, vice-présidente, Politiques, santé et affaires externes chez Merck Canada. Ces nouveaux partenariats permettent de réduire considérablement le temps nécessaire pour la production d'un nouveau médicament. «D'au moins la moitié», précise-t-elle. Actuellement, il faut de 10 à 15 ans pour développer un médicament. Cette réduction de temps de développement influera conséquemment sur les coûts. Selon l'Université Tufts, au Massachusetts, le développement d'un nouveau médicament coûte en moyenne 2,6 milliards de dollars américains pour franchir les étapes de la R-D, des essais cliniques et des approbations réglementaires pour enfin arriver entre les mains des patients.

En fait, conclut Mme Gosselin, cette nouvelle stratégie de collaboration entre le public et le privé permet non seulement aux pharmas de réduire le temps et les risques financiers, elle leur permet de se concentrer sur leurs forces, soit le développement, la commercialisation et la mise en marché de leurs nouveaux produits.

CLIQUEZ ICI POUR CONSULTER LE DOSSIER «INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE 2018»

À la une

Bourse: Wall Street finit la semaine en hausse, moins anxieuse d'une récession et de l'inflation

Mis à jour le 24/06/2022 | lesaffaires.com, AFP et Presse canadienne

REVUE DES MARCHÉS. La Bourse de Toronto clôture en hausse de près de 350 points.

Bourse: un parallèle avec le début des années 2000

24/06/2022 | Philippe Leblanc

EXPERT INVITÉ. Je suis en train de lire «No Rules Rules» écrit par Reed Hastings, le cofondateur de Netflix.

Le français, notre langue d'affaires

BLOGUE INVITÉ. Soyons fiers de cette langue rassembleuse qui rythme nos vies depuis des générations.