Financement d'entreprises: l'art de se faire désirer

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Janvier 2017

Financement d'entreprises: l'art de se faire désirer

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Janvier 2017

Xavier Peich, cofondateur de SmartHalo.

La start-up SmartHalo a amassé 538 000 $ sur la plateforme Kickstarter pour développer son système de guidage GPS et d’enregistrement de données pour vélos. Quatre diplômées en environnement ont récolté 30 000 $ sur Ulule pour ouvrir Loco, une épicerie zéro déchet à Mont-réal. Quant à Ubios, elle a recueilli 156 000 $ sur GoTroo pour sa technologie de maison intelligente permettant de prévenir les dégâts d’eau. Autrement dit, le sociofinancement est la tendance de l’heure chez les jenes pousses.


IL Y EN A DEUX TYPES. Le plus connu repose sur des dons, des récompenses ou des préventes de produits. Pensez, entre autres, aux plateformes Kickstarter, Indiegogo, La Ruche ou Haricot. Le financement participatif en capital, autorisé au pays depuis juillet 2015, consiste quant à lui à solliciter des investissements en échange d’actions ou d’obligations de l’entreprise. Il regroupe des plateformes comme les québécoises GoTroo et StellaNova, la vancouvéroise FrontFundr ou encore l’américaine CircleUp.


Mais est-ce pour toutes les entreprises ? Benoît l’Archevêque, cofondateur de GoTroo, pense que les entreprises dont les produits ou les services s’adressent aux consommateurs ont plus de chances de réussir leur campagne de sociofinancement que celles qui vendent à d’autres entreprises.


« Si le public a de la difficulté à comprendre ce que vous faites, ce sera probablement plus difficile », estime-t-il.


Ce n’est cependant pas une règle absolue, car la clé du succès réside surtout dans la préparation. Ainsi, avant de lancer son offensive sur Kickstarter, Xavier Peich, cofondateur de Smart-Halo, a recueilli quelque 2 000 courriels de cyclistes intéressés par son produit. Comment ? Il a publié une annonce sur Facebook qui dirigeait les gens vers son site web. Une fois là, ils étaient conviés à inscrire leur adresse électronique pour être informés du moment où la campagne serait lancée.


Créer un engouement


« L’idée, c’est d’être attendu, dit celui qui a amassé huit fois son objectif initial. Il faut que les gens aient hâte. Sinon, la campagne ne fonctionnera pas. J’ai parlé de cela à Chris Houle et il a ramassé des milliers de courriels. » Cofondateur de Phazon, Chris Houle a recueilli deux millions de dollars sur Indiegogo pour ses écouteurs sans fil, soit 1 819 % de son objectif.


La première journée du sociofinancement est cruciale, selon Xavier Peich. « Si la campagne décolle en flèche, ça devient une histoire qui intéresse les médias. » Ce qui, bien sûr, multiplie la visibilité.


Une bonne vidéo s’avère aussi un ingrédient essentiel pour attirer l’attention. « Sans vidéo, il n’y a pas de campagne », affirme Xavier Peich. Il faut en effet prévoir du contenu de qualité, qui explique bien le projet et qui donne envie aux gens de le relayer.


Faire des mises à jour régulières à l’aide de statuts dans les médias sociaux est une autre bonne pratique. Cela permet d’informer les contributeurs de l’évolution de la campagne, de continuer à la promouvoir et de créer une communauté qui vous appuiera et qui suivra votre histoire.


Bref, les médias sociaux sont incontournables pour susciter l’engouement. Bernard Goupil, président d’Atlas Divertissement, l’a appris à la dure, sa première campagne de sociofinancement pour son support de tablette électronique pour siège d’avion n’ayant pas donné le résultat escompté.


« Ça m’a quand même permis de constater qu’il y avait un intérêt pour mon produit puisque 122 personnes l’avaient commandé, dit-il. Mais surtout, j’ai reçu plusieurs commentaires qui m’ont aidé à améliorer mon support en le rendant compatible avec tous les formats de tablettes. »


Exposition aux critiques


L’ingénieur de formation n’a toutefois pas empoché l’argent, Kickstarter fonctionnant selon le principe du tout ou rien. Si le montant visé n’est pas atteint, l’argent des contributeurs n’est pas encaissé. D’autres plateformes, comme Indiegogo ou Haricot, proposent en plus des campagnes dites « flexibles », c’est-à-dire que les promoteurs de projets gardent tous les fonds recueillis, même si l’objectif n’est pas atteint.


Pour Bernard Goupil, le deuxième essai aura été le bon. Il a obtenu près de 15 000 $ pour lancer la production de son support pour tablette, alors qu’il visait 10 000 $. « Cette fois-ci, j’ai eu de l’aide des médias sociaux avec comme résultat que des blogueurs et un journal ont parlé de mon produit », dit celui qui a effectué ses livraisons à la date promise, une exception dans le monde du sociofinancement.


L’inventeur tient toutefois à faire une mise en garde concernant une arnaque fréquente sur les sites de sociofinancement. Sous le couvert d’entreprises bidon, des fraudeurs proposent d’assurer la promotion de la campagne sur Internet. M. Goupil s’est fait prendre au piège de l’une d’elles, Crowfund Social, qui semble crédible et qu’on peut même joindre par téléphone. « Elle n’a rien fait pour propager ma campagne et j’ai perdu mes 600 $ », dit-il. Prudence, donc.


Enfin, quand on finance un projet d’affaires par le sociofinancement, il faut être prêt à supporter les critiques. « On est scrutés à la loupe et on reçoit des commentaires parfois très durs », dit Xavier Peich. En contrepartie, une campagne réussie apporte de la crédibilité et facilite le financement subséquent. SmartHalo vient ainsi de terminer une ronde de financement de 1,7 million de dollars avec Investissement Québec et d’autres partenaires financiers.


 


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