Faut-il craindre d'ouvrir son capital ?

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Janvier 2017

Faut-il craindre d'ouvrir son capital ?

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Édition du 28 Janvier 2017

Pas facile pour un entrepreneur de laisser aller une partie de ses actions, mais parfois ce virage s'impose. C'est ce qu'a fait en octobre dernier Louis Pilon, pdg de Jamp Pharma, lorsqu'il a cédé une participation de 31 % au Fonds de solidarité FTQ. «J'avais des appréhensions, car je suis habitué à prendre des décisions sans en référer à qui que ce soit, dit celui qui a acheté en 2006 la société pharmaceutique de Vancouver pour déménager ensuite ses activités au Québec. Mais je voulais avoir les moyens de mes ambitions.»

L'investissement du Fonds FTQ, dont le montant est confidentiel, permettra au fabricant de médicaments génériques de consacrer plus de ressources au développement de produits et de percer à l'international.

Plusieurs entrepreneurs sont réticents à ouvrir leur capital, constate Luc Ménard, chef de l'exploitation de Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif, un organisme qui offre du financement sous forme de capital-actions ou de prêt : «Ils s'imaginent que la gouvernance sera lourde, craignent la reddition des comptes, ont l'impression de perdre quelque chose avec la dilution de la propriété. Mais après quelque temps, ils disent qu'ils garderaient leur conseil d'administration même sans nous, car il leur procure une valeur ajoutée. Le CA est là pour les aider à prendre du recul et à étoffer leur réflexion stratégique, pas pour leur taper sur les doigts.»

Louis Pilon, lui, se dit à l'aise avec le fait que son nouvel actionnaire garde l'oeil sur les grandes orientations et se réserve un droit de veto sur les investissements majeurs. Il tenait toutefois à ce qu'il ne s'immisce pas dans la gestion courante de son entreprise. «Avec le Fonds de solidarité FTQ, j'ai été rassuré sur ce point. Lors de ma recherche de financement, j'ai rencontré des fonds américains de capital de risque qui installent leurs gens dans l'entreprise. Aussi bien tout vendre !»

Le dirigeant de Jamp Pharma s'est aussi assuré que les valeurs de son partenaire et sa vision de l'avenir de sa PME correspondaient aux siennes. Car si certains fonds privés visent le rendement à court terme, les investisseurs institutionnels comme le Fonds FTQ et Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif sont de type patient. «Nous sommes des joueurs à moyen long terme, dit Luc Ménard. Notre objectif, c'est de contribuer à bâtir des fleurons.»

Gare au surendettement

Il reste qu'avant d'ouvrir son capital, mieux vaut généralement optimiser la dette. «C'est toujours moins coûteux d'emprunter que de vendre des actions», soutient Me St-Arnaud. Une entreprise en bonne santé obtient en effet un meilleur rendement de ses actions que le taux d'intérêt qu'elle paie sur sa dette.

Attention toutefois au surendettement. Les bas taux d'intérêt actuels peuvent inciter les entreprises rebutées par les prises de participation externes à s'endetter à outrance. Or, au-delà d'un certain seuil, elles sacrifient leur marge de manoeuvre et elles risquent de se retrouver dans une situation précaire.

Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif a analysé le ratio d'endettement total et le levier financier (DPI-BAIIA) de 500 PME de son portefeuille sur cinq ans. Quand le ratio franchit 4,5, l'entreprise atteint une zone dangereuse où le risque de pertes comptables est grand.

«Ce n'est toutefois pas une règle absolue, car cela dépend aussi du secteur d'activité de l'entreprise, précise Luc Ménard. Mais arrive un moment où il faut envisager d'ouvrir le capital pour financer la croissance. Si les choses vont moins bien que prévu, la pression sera moins importante qu'avec de la dette.»

David Hervieux, président de Devolutions, est de ceux qui croient qu'il y a plus de positif que de négatif dans l'ouverture du capital. Il y a un an, il a vendu 11 % de ses actions à huit investisseurs individuels qui détiennent chacun de 0,5 à 2 % des parts. La raison ? Sécuriser son patrimoine personnel. «Des entrepreneurs vendent leur entreprise parce qu'ils ont peur de perdre leurs acquis si le château de cartes s'écroule, dit le fondateur de la PME de solutions de gestion de connexions à distance. D'autres dirigent [avec] les pieds sur les freins et prennent des décisions pour eux plutôt que pour l'entreprise. Mais il existe une autre option : céder une partie de l'actionnariat et encaisser l'argent pour ses propres besoins.» Une solution, bien sûr, qui s'applique surtout aux entreprises florissantes.

«Depuis que j'ai franchi le pas, je ne m'inquiète plus pour l'avenir financier de ma famille, assure David Hervieux. Et j'ai retrouvé toute la drive qu'il faut pour gérer une entreprise.»

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