Financement d'entreprise: qui a peur de la Bourse?

Publié le 03/02/2017 à 10:44

Financement d'entreprise: qui a peur de la Bourse?

Publié le 03/02/2017 à 10:44

[Photo: 123rf]

Entrer en bourse semble faire peur aux PME québécoises. Cette avenue présente des contraintes, mais offre aussi une panoplie de nouvelles possibilités pour alimenter la croissance.

«En 2014, le marché de l’illumination était en plein virage vers la technologie LED, alors nous avions besoin de capitaux pour accéder rapidement au marché et profiter de ce potentiel», explique Peter Timotheatos, chef de la direction financière du Groupe Lumenpulse.

L’entreprise souhaitait embaucher de nouvelles ressources et améliorer certains produits. Mais elle voulait surtout pénétrer de nouveaux segments de marché et augmenter son offre de produits en faisant des acquisitions d’entreprises.

«Les actions deviennent une devise supplémentaire à monnayer lors d’une acquisition, explique Peter Timotheatos. Et lorsqu’ils reçoivent des actions, les dirigeants des entreprises que nous acquérons ont intérêt à rester avec nous après la transaction, pour produire de la valeur.»

Lumenpulse a émis 6,25 millions d’actions en 2014 en entrant à la Bourse de Toronto, au prix unitaire de 16 $, dégageant un financement de 100 millions de dollars. Une décision que l’entreprise ne regrette pas, mais qui n’est pas à prendre à la légère, selon le chef de la direction financière.

«Entrer en bourse engendre des coûts, pour le contrôle interne, les avocats, les ressources humaines, admet-il. Des tensions apparaissent parfois entre les attentes à court terme du marché et le plan de production de valeur à long terme. Mais cela nous a permis d’atteindre nos objectifs.»

Déficit à combler

Louis Doyle, directeur général de Québec Bourse et ex-vice-président de la Bourse de croissance TSX, juge l’entrée sur les marchés publics essentielle à l’atteinte du plein potentiel d’une entreprise. Il rappelle des succès comme CGI et Couche-Tard ou plus récemment Stingray et MTY Food. En plus du financement, être listé en bourse permet de développer des formules de rémunération compétitives intégrant des actions et augmente crédibilité et notoriété.

«L’entrepreneur doit savoir ce qu’il veut accomplir en entrant en bourse et s’y préparer à l’avance en adoptant des procédés adéquats, comme un conseil d’administration, des contrôles internes rigoureux ou des états financiers préparés selon les normes internationales», conseille-t-il.

Certes, les contraintes sur les entreprises publiques sont réelles, notamment en terme de transparence et de pression sur les rendements à court terme. Les dirigeants doivent aussi consacrer du temps à rencontrer des investisseurs et des analystes et à expliquer leurs plans stratégiques.

En 2015, il y avait 215 entreprises québécoises inscrites à la Bourse de Toronto et à la Bourse de croissance TSX, soit 7 % du total des émetteurs inscrits, selon le Groupe de travail sur le déficit d’inscriptions en Bourses des sociétés québécoises.

«Il est difficile d’identifier les raisons du déficit, mais il est possible que la grande disponibilité des capitaux de risque et des investisseurs privés, en plus des bas taux d’intérêt, donnent accès à d’autres formes de financement et réduisent l’attrait des marchés publics» croit M. Doyle.

Québec Bourse estime que l’instauration d’un incitatif fiscal pour encourager les Québécois à investir dans les firmes d’ici cotées en bourse, de même qu’une meilleure promotion de celles-ci auprès du grand public, pourrait aider à réduire ce déficit.

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