Électrification des transports: la course est lancée!

Offert par Les Affaires

Publié le 19/04/2021 à 08:50

Électrification des transports: la course est lancée!

Offert par Les Affaires

Publié le 19/04/2021 à 08:50

Par Philippe Jean Poirier
Sarah Houde

Sarah Houde, PDG de Propulsion Québec, un organisme qui a la mission d’accélérer l’électrification des transports (Photo: Raphael Thibodeau)

ÉLECTRIFICATION DES TRANSPORTS ET MOBILITÉ DURABLE. Du projet de moteur-roue conçu par Hydro-Québec dans les années 1990 à la proposition de construire un monorail électrifié reliant Québec-Montréal faite par Philippe Couillard dans les années 2000, l’électrification des transports a longtemps fait rêver les Québécois, sans toujours livrer ses promesses. Or, depuis un an, une avalanche d’annonces provenant à la fois des gouvernements québécois, canadien et américain donnent à penser qu’une électrification des transports « à grande échelle » pourrait finalement se réaliser dans la prochaine décennie. 

Au Québec, le Plan pour une économie verte 2030 annoncé en novembre dernier comporte un volet substantiel d’électrification des transports. L’interdiction de la vente de véhicule à essence d’ici 2035, l’objectif que 40 % des taxis, 65 % des autobus scolaires et 55 % des autobus urbains circulant au Québec soient électriques en 2030 en font partie. 

Le gouvernement fédéral, bien qu’il n’ait pas lancé de stratégie d’électrification des transports, soutient ce secteur. Le 4 mars, la ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna, et le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, ont par exemple annoncé un investissement de 2,75 milliards de dollars sur cinq ans dans « l’achat d’autobus à zéro émission pour le transport en commun et le transport scolaire ». 

Aux États-Unis, l’agence Reuters rapporte que le président Joe Biden aurait l’intention d’inclure une enveloppe de 100 milliards $ US pour des remises à l’achat d’un véhicule électrique dans un plan d’infrastructures à venir. Il a aussi adopté en février un décret pour sécuriser l’approvisionnement des matériaux servant à la fabrication des batteries de haute capacité, qui alimentent ces véhicules. 

« Je constate une ouverture que je n’ai jamais vue avant, note Daniel Breton, PDG de l’association Mobilité électrique Canada. Je crois que ça part d’un sentiment d’urgence face aux changements climatiques. » 

Le coauteur du livre Le guide pratique de la voiture électrique… et plus ! estime également que « la pandémie nous a réveillés collectivement, en nous donnant à voir des villes entières retrouver leur ciel bleu. Les gouvernements ont compris que ça nous prenant un plan de relance différent, axé sur une économie verte ».

 

Le Québec se voit en leader nord-américain

Sur le continent, le Québec entame la course à l’électrification des transports dans le peloton de tête. « En Amérique du Nord, il y a trois marchés importants pour la vente de véhicules zéro émission, explique Daniel Breton : celui de la Californie – qui a l’intention d’interdire la vente de véhicule à essence en 2035 –, celui du Québec et celui, plus petit mais très dynamique, de la Colombie-Britannique. » 

Ainsi, au troisième trimestre de 2020, la Californie a affiché un taux de vente de véhicules zéro émission de 16 %, le Québec, de 6,7 % et la Colombie-Britannique, de 8,4 %. Tous loin devant l’Ontario, à 2 %. Cela reste cependant bien peu comparativement à la Norvège, par exemple, dont le taux de vente de véhicule électrique de 84,8 %, rapporte Daniel Breton. 

Malgré tout, le Québec est particulièrement choyé au chapitre des ressources naturelles nécessaires à l’électrification des transports. Non seulement la province dispose d’une énergie hydroélectrique abordable pour alimenter le réseau de bornes naissant, mais le sol québécois contient les principaux minerais nécessaires à la fabrication des batteries, dont le lithium, le graphite et le cobalt. 

« La batterie, c’est le cœur de la voiture électrique. Or, en ce moment, nos matières premières sont exportées puis transformées en Asie pour nous être revendues au fort prix fort », rappelle Sarah Houde, PDG de Propulsion Québec, un organisme qui a la mission d’accélérer l’électrification des transports. 

Dans un contexte où chaque continent essaie de se bâtir une autonomie d’approvisionnement en batteries, le Québec « a une occasion historique de devenir un fournisseur de cellules de batterie stable, vert et sécuritaire », estime-t-elle. 

Dans son budget de mars dernier, le gouvernement du Québec a d’ailleurs annoncé un investissement de 15 millions sur deux ans pour « poursuivre le développement de la filière batterie ». Quant à Investissement Québec, il soutient le projet de l’entreprise Nemaska Lithium, qui tente de transformer le minéral de spodumène provenant de la mine Whabouchi, à la Baie-James, en hydroxyde de lithium de qualité batterie.

 

Développer la chaîne de valeur

La fabrication de batteries n’est qu’un des nombreux maillons de la chaîne d’approvisionnement permettant l’adoption des véhicules électriques. 

Ce secteur émergeant est composé d’une variété d’entreprises. En 2018, Propulsion Québec recensait 147 entreprises – dont environ 75 % de PME — qui vendaient des produits ou des services associés aux véhicules électriques. Du nombre : des minières, des manufacturiers de véhicules, des manufacturiers de composantes électroniques ou intelligentes, des manufacturiers de bornes, des opérateurs de systèmes de recharge, des entreprises de recyclage de batteries, ainsi qu’un secteur de « nouveaux services de mobilité », dont font par exemple partie Communauto et BIXI. 

Ce dernier secteur « se développe dans une perspective où, dans le futur, une majorité de gens ne posséderont plus leur propre véhicule, mais préférera s’abonner à des services mensuels donnant accès à une profondeur d’offre, incluant l’autopartage, le transport en commun et le vélo », détaille Sarah Houde. 

Enfin, Hydro-Québec joue bien sûr un rôle premier plan dans ce dossier, en opérant « le plus important réseau de recharge public pour véhicules électriques au Québec et dans l’est de l’Ontario ». La société d’État développe aussi des solutions de stockage d’énergie, par le biais de sa filiale EVLO. Sans compter l’expertise nationale dans la fabrication de batteries électriques qui se développe à son Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage.

Sur le même sujet

À la une

Le projet de loi 96 bien accueilli par l'opposition et Ottawa

La nouvelle pièce législative vise à encadrer l’usage du français chez les entreprises de 25 à 49 employés notamment.

Le gouvernement Legault parraine une réforme de la loi 101

Mis à jour à 16:24 | La Presse Canadienne

La nouvelle loi 101 sera appliquée aux entreprises de 25 à 49 employés.

Loi 101: aidons les PME à mieux intégrer les immigrants

10/04/2021 | François Normand

ANALYSE. «Le renforcement de la loi 101 ne doit pas alourdir le processus administratif des PME de 25 à 49 employés.»