Colombie: la symbiose industrielle au service de la croissance verte

Publié le 27/10/2017 à 05:00

Colombie: la symbiose industrielle au service de la croissance verte

Publié le 27/10/2017 à 05:00

ÉCONOMIE CIRCULAIRE - Pour produire des biens et des services, les entreprises utilisent de l’eau, des carburants et des métaux, responsables de déchets et d’émissions. En Colombie, l’agriculture et le pâturage du bétail ne représentent que 6 % du produit national brut (PNB), mais consomment 40 % de l’eau du pays, générant 48 % de gaz à effet de serre.

Par Jooyoung Park, École de management de l’Université des Andes (UASM), article publié dans le journal économique colombien Portafolio.

Après 50 ans de guerre, l’accord de paix conclut en 2016 par la Colombie avec les forces de la guérilla, a ouvert la voie de l’aide internationale au soutien du pays dans les domaines de la construction d’infrastructures rurales et l’accompagnement de la croissance verte. Les entreprises sont incitées à réduire les coûts et à causer moins de préjudices à l’environnement en optimisant l’utilisation des ressources, notamment au moyen de la maîtrise des fuites, du renouvellement des équipements et de la revalorisation des déchets. L’échange des déchets participe à cette optimisation. En effet, les déchets d’une entreprise peuvent servir de matière première à une autre. Les producteurs de pâtes et de papier utilisent la bagasse, un résidu issu du broyage de la canne à sucre, comme substitut au bois. Le partage des infrastructures et des services entre les entreprises ̶ telles que les stations d’épuration des eaux usées ̶, contribue également à une meilleure efficacité.

Le terme de « symbiose industrielle » (SI) désigne la coopération entre les entreprises en vue d’optimiser les ressources. Si la concurrence a favorisé l’innovation et la croissance du marché, la coopération constitue le sésame pour promouvoir une meilleure utilisation des ressources et le développement durable.

L’expérience de SI la plus connue au monde a été lancée il y a 40 ans à Kalundborg, au Danemark : une douzaine d’usines a mis au point trente projets de mutualisation des ressources. Aujourd’hui, la SI figure dans les politiques environnementales des pays industrialisés. En Corée du Sud, entre 2005 et 2014, 159 projets de SI ont été menés par 592 entreprises, générant des bénéfices combinés de 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros). En Chine, plus de 108 parcs industriels labellisés « parcs éco-industriels » assurent la promotion de l’économie circulaire.

En Colombie, la SI constitue l’un des axes du programme « Réseau d’entreprises durables » (en espagnol, RedES) encadré par l’UASM. En 2017, un projet pilote réunissant 13 entreprises a été lancé depuis la capitale, Bogotá, avec le soutien de l’Autorité environnementale du département de Cundinamarca (CAR). Ces sociétés s’étaient auparavant inscrites au programme de « Production plus propre » du RedES, qui réunit aujourd’hui quelque 330 entreprises. Dix grandes entreprises (plus de 200 collaborateurs selon les standards colombiens), deux petites (moins de 50), et une entreprise de taille moyenne suivent le projet de SI. Toutes relativement proches géographiquement les unes des autres, elles représentent des secteurs allant des matériaux de construction et de la construction à l’emballage, en passant par les boissons non alcoolisées, la transformation alimentaire, la chimie, les cosmétiques, l’aviculture et le traitement des déchets.

À ce jour, neuf prototypes de projets de SI sont en phase de mise au point. Dans l’un d’eux, un transformateur alimentaire livre gratuitement, chaque mois, 62 tonnes de déchets de bois et de plastique à une entreprise de matériaux de construction, qui fabrique des cagettes plastiques qu’elle lui retourne ensuite. D’une durée de vie cinq fois supérieure, elles remplacent les anciennes cagettes en bois. Dans un autre projet, une chaîne de restauration fournit près de 400 tonnes de résidus de café à un aviculteur qui les utilise pour absorber les odeurs et nourrir le compost. Dans un troisième projet, plusieurs entreprises mutualisent un service de traitement des déchets pour collecter et éliminer les boues et les déchets dangereux. Elles réduisent ainsi le coût du traitement des déchets et optimisent les transports, ce qui entraîne une baisse des émissions de carbone. Au total, on estime que ces neuf projets généreront près de 475 000 dollars (401 805 euros) de retombées économiques positives grâce aux économies réalisées et à l’augmentation du chiffre d’affaires ; cette réduction de l’impact environnemental équivaut à la revalorisation de 1 446 tonnes de déchets et à une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 1 018 tonnes.

Pour générer des retombées économiques positives dans le cadre d’une SI, les entreprises doivent investir du temps et des ressources. Le juste équilibre entre les déchets entrants et sortants exige des informations relatives aux propriétés des matériaux échangés, et des technologies compatibles. Des infrastructures sont parfois requises – par exemple, un pipeline, pour conduire la vapeur issue des pertes de chaleur d’une usine à celle du partenaire. D’un point de vue organisationnel, la SI implique une confiance réciproque. Les relations des 330 entreprises engagées dans le programme RedES sont fondées sur la confiance, chaque société concevant et réalisant son projet de production propre de manière individuelle avec l’aide des consultants de l’UASM.

Une seconde initiative de SI démarrera prochainement, avec davantage d’entreprises. L’ensemble des entreprises du programme RedES bénéficie d’un programme d’accompagnement au niveau de la mise en œuvre de la SI et des projets de production propre. De plus, l’autorité départementale reconnaît les entreprises qui réduisent leur impact environnemental, réduisant ainsi les coûts de l’application des précédents règlements. Au fil du développement du programme à travers la Colombie, des projets de SI supplémentaires seront lancés pour encourager la croissance verte.

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ÉCONOMIE CIRCULAIRE: DE L'OR DANS LES DÉCHETS

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