D'excellents jus frais pour sauver la planète

Publié le 30/10/2017 à 12:18

D'excellents jus frais pour sauver la planète

Publié le 30/10/2017 à 12:18

Par Matthieu Charest

ÉCONOMIE CIRCULAIRE - Le gaspillage alimentaire est un véritable fléau. Un désastre moral, bien sûr, et une calamité pour les entreprises agroalimentaires qui perdent de précieuses ressources, ne serait-ce que par le rejet d’aliments trop moches pour être vendus en commerce. Pourtant, certains déchets deviennent les ressources des autres, et deux entreprises québécoises ont flairé la bonne affaire. Même si elle dégage une drôle d’odeur.

Un tiers de la production alimentaire mondiale est perdue ou gaspillée chaque année, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Une part qui représente jusqu’à 1,3 milliard de tonnes par an. « Des pertes sont constatées tout au long de la chaîne alimentaire et génèrent un gaspillage des ressources », explique l’agence onusienne.

Puisque les ressources sont limitées, et se raréfient dans plusieurs cas, il faut passer d’une économie « linéaire » à une économie « circulaire », estiment les tenants de ce nouveau paradigme. Bref, en lieu et place du simple calcul « produire, acheter, jeter, répéter », il faut passer à une équation où « l’utilisation des ressources sont optimisées à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou service ». C’est la définition, simplifiée, proposée par l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (EDDEC), situé à Montréal.

Il ne s’agit pas de recyclage, du moins pas seulement. Il s’agit de valoriser chaque ressource et de l’utiliser à son plein potentiel. De fait, il y existe dix stratégies qui composent l’économie circulaire, dont le réemploi. « Une méthode de production qui peut être très rentable, notamment dans le secteur agroalimentaire », soutient Luce Beaulieu, coordonnatrice de l’EDDEC.

Et ça, deux entreprises qui produisent des jus pressés à froid l’ont compris. C’est santé, c’est écologique, et surtout, c’est un secteur profitable qui connaît une croissance soutenue.

Des jus en mission

Fondée il y a un an, la start-up montréalaise jus LOOP est distribuée dans quelque 400 points de vente au Québec. Leurs boissons sont offertes en six saveurs et se détaillent 3,99 $CAD pièce. Chaque semaine, quelque 6 000 bouteilles sont vendues, estime l’entreprise, qui vient de recevoir une subvention de 400 000 $CAD du gouvernement québécois.

« Notre première mission c’est de sauver les fruits et les légumes, et de réduire le gaspillage alimentaire, affirme David Côté, le cofondateur. Nous voulons aussi démocratiser la santé. C’est bien simple, nous faisons de l’économie circulaire, ça nous coûte moins cher à produire, et les consommateurs nous adoptent parce que nous vendons à bon prix ».

C’est l’entreprise Courchesne Larose, un important distributeur de fruits et légumes, qui les fournit en aliments qui seraient normalement enfouis, moyennant des frais, parce qu’invendus ou invendables. Le distributeur, partenaire à 50 % dans la jeune pousse, n’a pas intérêt à gonfler les prix. « Une caisse de pommes peut nous coûter 5 $CAD au lieu de 45 $CAD », explique M. Côté.

Enfin, les déchets de LOOP (la pulpe) sont offerts à une autre start-up, Wilder & Harrier, qui œuvre dans les gâteries pour chiens pour qu’elle les intègre dans ses recettes.

Afin de maximiser leur production, une usine de 4 000 pi2 (ce qui équivaut à 370 m2 environ) sera ouverte juste à côté de l’entrepôt de Courchesne Larose, dès octobre 2017, explique Julie Poitras-Saulnier, cofondatrice. Une initiative qui leur permettra de réduire le transport, donc les émissions de GES, de mettre la main sur toutes les ressources en voie d’êtres rejetées, et de propulser leur production, qui pourrait atteindre près de 200 000 bouteilles par semaines.

« Il y a de l’art dans les déchets », conclut le cofondateur, David Côté. Avec un million de chiffre d’affaires pour la première année, il y aussi des emplois et des profits.

Au-delà du réemploi

À la différence de LOOP, qui axe sa mise en marché sur le réemploi, les jus DOSE misent sur le caractère « bio » de leurs produits. Fondée il y a quatre ans, l’entreprise estime vendre quelque 10 000 bouteilles par semaine à 5,99 $CAD l’unité. La start-up met aussi en pratique plusieurs stratégies de l’économie circulaire.

« Des produits de “grade B”, du “moche”, ça existe depuis toujours dans l’industrie alimentaire, raconte Geneviève Brousseau Provencher, la cofondatrice. L’industrie de la transformation ou de la restauration utilise déjà ces catégories-là. C’est ce que nous prenons aussi, tant que le goût est à la hauteur ».

Avec le coût des fruits et légumes, « ce serait absurde de perdre quoi que ce soit, pense-t-elle.

Par ailleurs, DOSE, comme LOOP, utilise aussi un procédé fort intéressant, la pascalisation, afin d’allonger la durée de vie de leurs produits. C’est un peu comme la pasteurisation, mais à froid. Au lieu de ne survivre que pendant quelques jours, les jus pressés à froid ne périssent pas avant deux mois environ.

Enfin, avec les restants de la pulpe des fruits et légumes pressés, DOSE est en voie de préparer une recette de craquelins santé.

Au final, « c’est le consommateur qui a un impact. S’il encourage les produits locaux, il crée des emplois ici, réduit les émissions polluantes et le gaspillage alimentaire », conclut Geneviève Brousseau Provencher.

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