Dans l'oeil du trader


Édition du 19 Novembre 2016

Dans l'oeil du trader


Édition du 19 Novembre 2016

Par Stéphane Rolland

Le Chicago Board of Trade.

Les années euphoriques du Chicago Board of Trade (CBOT) sont derrière elle. Son légendaire parquet a été fermé en 2015. Seules quelques options s'échangent encore sur place. Même si les courtiers font leurs transactions derrière leurs ordinateurs, leur métier est tout de même riche en adrénaline. Ceux que nous avons rencontrés se lèvent avant l'aube et travaillent plus de 12 heures par jour. Petit coup d'oeil sur ce qui tient les courtiers en haleine.

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L'offre et la demande

On revient au principe de base de l'économie 101. La loi de l'offre et la demande détermine le cours des denrées agricoles. Presque tout ce qui passe sous la loupe des courtiers, comme la météo ou les cycles saisonniers, comprend en fait des éléments qui changent l'équilibre entre l'offre et la demande.

Le département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) est la source officielle d'information sur l'état du marché. Le ministère fédéral américain diffuse des rapports quotidiennement. Les estimations mensuelles sur l'offre et la demande internationale des céréales constituent le rapport le plus attendu par le marché. Le prochain sera diffusé le 9 décembre.

Malgré leurs récurrences, ces rapports conservent leur lot de surprises. Le moindre changement aux prévisions de l'USDA peut engendrer un réajustement des prix. «Presque tous les rapports de l'USDA contiennent une surprise, admet Ted Seifried, stratège en chef de la division agricole de Zaner Group. Il y a toujours des éléments qui sortent un peu différemment des anticipations du marché, qui doit alors se réajuster.» Un exemple récent est le rapport trimestriel sur les réserves de grains, diffusé au printemps 2015, raconte-t-il. «Il y avait eu alors plus de 4 millions de boisseaux de maïs de plus que ce que nous avions prévu, ce qui a exercé une pression à la baisse sur les prix.»

En plus des informations officielles, les courtiers aiment bien prendre eux-mêmes le pouls du marché. Pour eux, les réseaux de relations dans le monde agricole et les visites de fermes apportent une compréhension intuitive du marché. C'est le cas de Jack Scoville. L'analyste principal du marché chez Price Futures Group maîtrise l'espagnol et le portugais, en plus de l'anglais. Ses relations en Amérique latine lui apportent un autre éclairage sur le marché, confie-t-il. Cette région du globe est cruciale, notamment au Brésil qui est le deuxième producteur de soya.

Le cycle saisonnier

La production agricole est une activité saisonnière, et cela peut se refléter dans la valeur des contrats à terme sur une période de 12 mois. En théorie, la période des récoltes exerce une pression à la baisse sur le cours des céréales, car l'offre devient plus abondante, selon Fred Seamon, directeur principal de la recherche chez CME Group. Les prix tendent à monter après la récolte. Le mois de juillet pour le maïs et le mois d'août pour le soya sont plus volatils, car ce sont des mois critiques pour les deux céréales. «Dans la pratique, c'est beaucoup plus compliqué que cela», nuance-t-il.

Les courtiers avec qui nous avons parlé affirment qu'ils prennent en compte les cycles saisonniers dans leurs décisions d'investissement, même si ceux-ci ne sont pas immuables. M. Seifried note qu'il y a une corrélation significative entre les prix et les cycles saisonniers. Malgré tout, des surprises ou d'autres facteurs peuvent influer sur le déroulement d'une saison normale. Le stratège constate que les creux ont tendance à survenir plus tôt lors des années de forte production. Les flux monétaires peuvent aussi perturber les cycles saisonniers. «Si de nombreux fonds spéculatifs vendent à découvert des contrats et décident de couvrir leur position, cela peut faire monter les prix à court terme», dit-il.

La météo

Si vous laissez votre télévision diffuser en bruit de fond la chaîne MétéoMédia, l'investissement agricole est peut-être pour vous. Les courtiers à qui nous avons parlé suivent avidement les nouvelles météorologiques, et ce, dans plusieurs régions agricoles. La firme Linn embauche d'ailleurs son propre météorologiste, explique en entrevue Roy Huckabay, vice-président exécutif.

La météo a une influence importante sur la plantation, les récoltes, le rendement des terres et même l'entreposage, explique M. Huckabay. Mais les courtiers peuvent-ils vraiment prendre des décisions éclairées grâce aux données météorologiques qui sont connues en même temps de tous ? «Parfois, les marchés réagissent trop fortement en raison d'une nouvelle météorologique, et vous pouvez prendre vos décisions en conséquence», répond-il.

La Chine

Avec 1,3 milliard d'estomacs et l'essor d'une classe moyenne qui a les moyens de consommer plus de viande, la Chine est un acteur incontournable dans l'évolution du marché. Les informations sur son appétit restent toutefois opaques. «Il est difficile d'avoir le portrait de la situation en Chine, car le gouvernement considère les informations sur le marché agricole comme des secrets commerciaux, dit M. Huckabay. La Chine importe près de 67 % des exportations mondiales de soya et près de 20 % de celles de porc.»

Pour les courtiers, cette culture du secret apporte un élément de surprise dans le marché. «Les Chinois aiment jouer et ils montrent rarement leur jeu, ajoute M. Seifried. Ils ne nous le disent pas lorsqu'ils achètent d'importantes quantités de bétail. Ils savent qu'il y aurait des hausses de prix s'ils annonçaient seulement leur intention d'acheter. D'habitude, leur achat arrive sans crier gare.»

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