«Mieux vaut se concentrer sur les entreprises que les marchés»

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Mai 2018

«Mieux vaut se concentrer sur les entreprises que les marchés»

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Mai 2018

Par Dominique Beauchamp

Voici les prédictions de Stéphane Préfontaine avant le grand rassemblement des actionnaires autour de l'Oracle d'Omaha.

«Mieux vaut se concentrer sur ce qui forge les entreprises exceptionnelles que de se soucier des marchés.»

À l'occasion de la messe annuelle de Warren Buffett, à Omaha, le président de Préfontaine Capital a accepté de suggérer des entreprises nord-américaines qu'il apprécie et qui, à ses yeux, offrent d'excellentes chances de performer à long terme.

Intertape Polymer

ITP, 19,50 $

Croissance prévue des bénéfices à moyen terme (3 à 5 ans) :n.d.

Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 12,5 fois

En prenant bien soin de prévenir qu'il ne fait aucune recommandation parce qu'il adapte les placements au profil de chacun de ses clients, M. Préfontaine suggère le deuxième fabricant de ruban adhésif d'Amérique du Nord.

Son marché encore fragmenté lui offre des occasions d'acquisitions qui complètent la mise au point de nouveaux produits à valeur ajoutée tels que les rubans activés à l'eau qui scellent les boîtes et les colis d'Amazon.

Sa position concurrentielle assez forte lui permet d'augmenter ses prix lorsque les coûts des matériaux, dont la résine, augmentent.

À plus long terme, une expansion en Asie est envisageable, après l'expérience acquise dans une nouvelle usine en Inde.

Depuis 2010, le fils du fondateur Gregory Yull a redressé la société de Ville-Saint-Laurent et y a imposé le test du rendement pour chaque nouvel investissement, au lieu de viser les revenus.

Le dirigeant de 51 ans porte aussi une attention particulière à la dette, qui a joué de mauvais tours à l'entreprise dans le passé.

Intertape coche aussi trois autres critères qu'exige M. Préfontaine : des dirigeants-actionnaires déterminés ayant une profonde connaissance de leur industrie, mais qui ne cherchent ni la notoriété ni la gloire.

Le financier entrevoit une croissance d'environ 11 % par année d'ici cinq ans pour le fabricant qui veut presque doubler à 225 M$ US son bénéfice d'exploitation, d'ici 2022.

Brookfield Asset Management

BAM, 39 $

Croissance prévue des bénéfices à moyen terme (3 à 5 ans) : 7,18 %

Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois : 29,41 fois

La réputation du gestionnaire d'actifs alternatifs dans 30 pays n'est plus à faire. Sa feuille de route est impressionnante.

Le rendement annualisé de 19 % de son titre depuis 2002 se compare à celui de 7,7 % du S&P 500.

Reconnue pour l'achat et la revente opportuniste d'actifs (parfois en détresse) qu'elle revalorise, Brookfield soupèse aussi les risques afin de protéger son capital et celui de ses co-investisseurs.

L'actionnariat des cadres, qui détiennent 20 % des actions, assure que leurs intérêts correspondent à ceux de tous les actionnaires.

« La culture entrepreneuriale décentralisée reflète aussi la personnalité analytique, énergique et discrète du PDG Bruce Flatt, qui mène une vie simple axée sur le travail », explique M. Préfontaine.

Bien qu'il soit milliardaire, M. Flatt prend le métro tous les jours et vit dans une demeure sans prétention à Toronto. Il possède aussi des condos à New York et à Londres, où il se rend périodiquement pour travailler.

Outre la matière grise de ses dirigeants, le principal avantage concurrentiel de Brookfield repose sur son accès à beaucoup de capital patient et à un flot continu de transactions potentielles.

L'investisseur peut ainsi déployer des sommes importantes au bon moment dans des projets d'envergure ou complexes où elle affronte peu de concurrents investisseurs.

L'immense potentiel des infrastructures dans le monde durera longtemps. « Brookfield sera aux premières loges pour en profiter, car il y a toujours des dislocations dans différents marchés qu'un acquéreur avisé comme elle peut acheter à bon prix », croit le gestionnaire.

La diversification mondiale de ses investissements et ses mesures de contrôle améliorent le rapport risque-rendement du titre. M. Préfontaine rappelle tout de même que son titre avait perdu les deux tiers de sa valeur pendant la crise financière, avant de rebondir.

« M. Flatt avait amorcé la crise avec un bilan solide et était prêt à sauter sur des occasions », raconte le financier.

Une hausse marquée des taux d'intérêt est un autre facteur de risque, tout comme l'impact de conflits géopolitiques sur les infrastructures névralgiques qu'elle possède.

 


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