Arts-affaires en région

Publié le 17/05/2012 à 11:29, mis à jour le 17/05/2012 à 16:02

Arts-affaires en région

Publié le 17/05/2012 à 11:29, mis à jour le 17/05/2012 à 16:02

J’ai découvert dimanche dernier Le Chœur de l’Estrie en concert à l’église anglicane de Frelighsburg dans les Cantons-de-l’Est. Grands classiques de l’opéra, un chef plein d’humour, le charismatique baryton Étienne Dupuis et 60 choristes enjoués pour faire de cet après-midi à la campagne un moment très agréable. 

Premier constat : une culture de qualité est possible et bien vivante dans nos régions. Tout ne se passe pas à Montréal et dans les centres urbains. Deuxième constat : quand il s’agit d’animer nos villages et de faire résonner la culture, les PME locales sont au rendez-vous. Le Domaine du Ridge et les Sucreries de l’Érable, deux petites entreprises locales, avaient décidé d’offrir leurs produits au public, vin rosé et tartelettes, et de soutenir le concert. La preuve que les liens arts-affaires se développent aussi en milieu rural. 

Dans son bilan 2005-2012, le programme Mécénat Placement Culture du gouvernement du Québec souligne la réussite exceptionnelle de cette initiative à Montréal et à Québec mais aussi en région. Le programme vise à encourager le mécénat privé en faveur des organismes culturels en versant une contribution supplémentaire aux dons recueillis auprès d’entreprises, de donateurs, de fondations privées. Ainsi, 271 organismes ont profité de ce nouveau programme. Ce nombre impressionnant et le succès des campagnes de financement menées par ces organismes ont même conduit le ministère à injecter des sommes supplémentaires au programme et à annoncer en 2009 un engagement récurrent. 

Dans un récent billet (La charité chrétienne avant l’art), je rapportais les propos de Danielle Sauvage, directrice générale du Conseil des arts de Montréal, qui constatait que le milieu culturel n’avait pas fait suffisamment « de travail de sensibilisation vers les mécènes francophones », souvent d’ailleurs par manque de moyens financiers ou de ressources humaines. Mécénat Placement Culture est, dans ce sens, une excellente initiative qui encourage le déploiement de stratégies de financement. L’argent privé que les organismes culturels iront chercher, au prix de gros efforts, sera bonifié par des subventions publiques. 

Ce programme s’est aussi révélé être un succès en région. Sur un total de 271 organismes bénéficiant de Mécénat placement culture, 117 se trouvent en région, donc presque la moitié. Dans son bilan, le programme cite en exemple « la vitalité régionale en terme de recherche de financement privé des régions de la Montérégie et du Bas-Saint-Laurent ». On note dans ce même bilan que le programme « a suscité certains changements au sein des organismes, dont la composition de leur conseil d’administration » avec la présence accrue de gens d’affaires. Ce qui renforce à long terme les liens du milieu culturel avec celui des affaires. 

Autre bonne nouvelle, toujours du côté de la vivacité des arts en région : l’Observatoire de la culture du Québec nous apprenait cette semaine dans son étude que les municipalités du Québec ont dépensé 739,5 millions de dollars pour la culture en 2010, une hausse de 17,6 %. Les municipalités consacrent en moyenne près de 5 % de leurs dépenses de fonctionnement à la culture. Cette hausse des dépenses municipales pour la culture vient surtout des villes de moins de 10 000 habitants. De 2007 à 2010, on remarque un bond des dépenses culturelles de 52 % dans les municipalités de moins de 5 000 habitants. 

Hausse des dépenses municipales, croissance du soutien privé, deux bonnes nouvelles donc pour la culture en région que l’on dit souvent très souffrante. La culture dans nos régions ne peut être réduite au folklore, c’est une question de désenclavement et d’équilibre de nos territoires, de développement économique et régional, d’épanouissement. Les municipalités et les partenaires privés l’ont bien compris semble-t-il. Maintenant, la meilleure façon d’amplifier ce mouvement pour une culture dynamique en région, c’est de soutenir les organismes culturels. Première étape : assister aux activités en région, les festivals, les concerts, les expositions. Cette longue fin de semaine est le moment idéal pour mettre cela en pratique, par exemple avec le nouveau festival du livre policier « Les Printemps meurtriers de Knowlton ». C’est une suggestion…

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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)

 

Sébastien Barangé est activement engagé auprès de plusieurs organismes à but non lucratif:

membre du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

président du conseil d'administration d'Art Souterrain

membre du conseil d'administration de la Fondation Michaëlle Jean

membre du conseil d'administration de la Fondation Tolérance

 

Ancien journaliste à Radio-Canada et collaborateur du Devoir, diplômé en communication de l’Institut d’Études Politiques (Aix-en-Provence, France) et en gestion des arts de HEC Montréal, Sébastien Barangé est curieux de tout ce qui est créatif et invite à penser différemment. Ce blogue est un espace de dialogue autour des liens entre les arts et le monde des affaires.

 

 

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