"Speed dating" arts-affaires

Publié le 10/05/2012 à 12:09

"Speed dating" arts-affaires

Publié le 10/05/2012 à 12:09

BLOGUE. Pour mériter pleinement le titre de métropole culturelle, Montréal a encore du chemin à faire, surtout du côté de l’engagement de la communauté des affaires. Selon certains, cet engagement est nettement moins soutenu qu’il y a cinq ans. Il y a pourtant des initiatives extrêmement dynamiques et porteuses, j’en ai découvert une hier soir à l’Agora de la danse.

Imaginez une trentaine de jeunes professionnels dynamiques et huit compagnies de danse pleines de créativité réunis pour GO C.A., un « speed dating » arts-affaires. L’idée est assez simple : favoriser les échanges entre le milieu des arts et celui des affaires, inciter les jeunes professionnels à s’impliquer socialement et plus particulièrement au sein du conseil d’administration d’un organisme culturel. « Entre le milieu des arts et celui des affaires, il y a beaucoup de ponts, ils s’enrichissent mutuellement » a souligné d’emblée Louise Roy, présidente du Conseil des Arts de Montréal, qui soutient le projet. L’idée de départ, c’est effectivement cela : l’échange, l’enrichissement mutuel. Jacques Dostie, associé chez Ernst & Young, l’homme derrière cette idée brillante, a lui aussi rappelé que l’objectif premier, c’est de pouvoir « échanger des connaissances ». Dans cette aventure, Jacques Dostie a entrainé Éric Gosselin de McCarthy Tétrault et Guy Berthiaume de la Banque Scotia. Chacun a pour mission d’identifier et d’amener à ces soirées de « speed dating » plusieurs jeunes professionnels de leur entreprise respective.

En introduction, Jacques Dostie a d’ailleurs expliqué qu’il s’était engagé pour les arts d’abord par intérêt professionnel. Pour le développement de ses affaires, il cherchait à joindre le président d’un grand organisme. Ne réussissant pas à entrer en contact avec ce dirigeant, il s’est dit qu’il pourrait s’associer au C.A. du théâtre Espace GO auquel siégeait cette personne. C’est finalement donc par « égoïsme » (c’est le mot employé par M. Dostie) qu’est né cet engagement et cette passion qui l’ont ensuite conduit à mettre sur pied en 2011 ce projet arts-affaires avec Ginette Noiseux, la directrice de l’Espace GO. Jacques Dostie, dans ce rôle de mentor, motive les jeunes à s’engager. « Avoir su, je l’aurais fait moi-même plus tôt! » remarque-t-il. Avant que les compagnies de danse fassent leurs présentations, Jacques Dostie les met en garde : « ces jeunes professionnels n’arrivent pas ici pour remplir vos comptes en banque, ils vous donnent ce qu’ils ont de plus précieux : leur temps.»

Pour attirer ces jeunes talents dans leur conseil d’administration, les compagnies de danse étaient très préparées. Trois minutes pour se présenter au groupe, puis des rencontres individuelles de six minutes pour conclure l’opération séduction. Les besoins sont énormes : gestion organisationnelle, comptabilité, vérification, planification stratégique… Ces artistes ont démontré de façon éloquente leur désir de s’ouvrir à d’autres milieux. Jasmine Catudal du OFFTA (festival de danse et théâtre) l’a très bien dit : « on ne fait pas de l’art juste pour les artistes. Le C.A. c’est aussi le lieu pour confronter notre création. » Estelle Clareton, chorégraphe, interpellait les jeunes professionnels en expliquant qu’ensemble, ils seraient là « pour inventer un plan à long terme », qu’ensemble, ils pourraient « penser différemment. » Très conscient de ce besoin et pour mieux parler le langue des affaires, le chorégraphe Ismaël Mouaraki est même allé étudier aux HEC. Il ne veut pas « dépendre des aléas des financements publics » et a envie « d’un réel échange entre le monde des affaires et les artistes. »

Son message a semblé être bien entendu car, rapidement, Suze Jodesty de la Banque Scotia me confiait être séduite par cet organisme. Il fallait voir l’enthousiasme des jeunes professionnels et leurs questions précises sur la création, la démarche des artistes, leur façon de travailler et leurs besoins. Siéger à un conseil d’administration d’organisme à but non lucratif, c’est offrir des compétences, des avis, éventuellement développer son réseau professionnel, mais aussi apprendre de nouvelles façons de travailler en équipe, mieux comprendre la gouvernance, aiguiser son leadership. Sans aucun doute, c’est une union bénéfique pour les deux ! Hier, la passion était contagieuse. C’est bon signe pour débuter ce qui devrait être une longue relation fructueuse entre ces univers artistiques et ces gens d’affaires.

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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)

 

Sébastien Barangé est activement engagé auprès de plusieurs organismes à but non lucratif:

membre du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

président du conseil d'administration d'Art Souterrain

membre du conseil d'administration de la Fondation Michaëlle Jean

membre du conseil d'administration de la Fondation Tolérance

 

Ancien journaliste à Radio-Canada et collaborateur du Devoir, diplômé en communication de l’Institut d’Études Politiques (Aix-en-Provence, France) et en gestion des arts de HEC Montréal, Sébastien Barangé est curieux de tout ce qui est créatif et invite à penser différemment. Ce blogue est un espace de dialogue autour des liens entre les arts et le monde des affaires.

 

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