Télétravail: une main-d'oeuvre bon marché nouveau genre?

Publié le 06/07/2021 à 14:53

Télétravail: une main-d'oeuvre bon marché nouveau genre?

Publié le 06/07/2021 à 14:53

Une femme en télétravail

Avec le télétravail, la rareté de la main-d’œuvre, pour certains emplois, n’existe plus et le bassin de candidats potentiels est exponentiel. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Je vous le dis d’entrée de jeu: cette chronique ne portera pas sur les pour et les contre du télétravail, sujet largement couvert au fil des derniers mois. Je compte plutôt explorer plus en profondeur une des conséquences qui découleront de cette révolution drastique du monde du travail.

Il y a à peine 24 mois, le sujet passait sous le radar. L’immense majorité d’entre nous se rendait au bureau afin d’y passer notre journée de travail. Certains étaient sur la route, d’autres travaillaient du confort de leur maison ou dans un espace de cotravail. Comme quoi la vie nous réserve des surprises, aujourd’hui, des millions d’employés forcent, en quelques sortes, les entreprises à s’adapter et à se redéfinir. Un horaire à 100% en télétravail, au choix de l’employé, moitié-moitié... Bref, de nouveaux modèles complémentaires au présentiel à temps plein sortent de toute part.

Pour plusieurs, le télétravail permet d'offrir une meilleure conciliation travail/famille. Ne serait-ce qu’en éliminant le temps de déplacement vers le bureau et vice versa, certains gagnent 2 heures et plus dans leur journée, 10 heures par semaine, 40 heures par mois... presque deux semaines par année!

Personnellement, le télétravail s’est avéré, après un départ chaotique, une option extrêmement intéressante. Bien que rien ne remplace le contact humain, pouvoir travailler de chez-nous ou d’ailleurs une journée ou deux par semaine me plaît particulièrement.

Cependant, attention. Bien que l’option semble plaire à beaucoup aujourd’hui, rien ne garantit que le plaisir soit au rendez-vous dans 12, 24 ou 36 mois. Rappelons-nous que le gazon est toujours plus vert chez le voisin.

Il y a quelques jours, lors d’une marche, je me suis mis à réfléchir au possible piège d’agir aussi brusquement. En effet, il faut se rappeler que du jour au lendemain, nous avons été obligés de travailler de chez soi, sans aucune autre option possible. Un peu comme une peine de prison, sachant que le résultat sera pareil, mieux vaut l’accepter et faire «son temps» que de maugréer tout au long de sa peine!

Outre la fuite des cerveaux internes sur laquelle j’ai écrit récemment et les difficultés financières causées par l’absence de travailleurs dans les différents centres d’affaires et les centres-villes, le principal danger qui nous guette est une perte massive d’emplois pour l’étranger.

Le télétravail bon marché, ou «télétravail cheap labour» fera à certaines catégories d’emplois ce que la mondialisation a fait pour nos usines. La logique des années 80 sera la même: pourquoi payer un employé d’usine basé sur la Rive-Sud de Québec à 20$ ou 25$ l’heure quand je peux avoir le même produit, ou presque, «made in China» pour 2$ l’heure?

Avec le télétravail, la rareté de la main-d’œuvre, pour certains emplois, n’existe plus et le bassin de candidats potentiels est exponentiel. Vous voulez qu’il ou elle parle français? Pas de problème, ils sont des millions en Afrique de l’Ouest, en Algérie, au Liban, à Haïti à pouvoir répondre à vos exigences pour une fraction d'un salaire local.

Avec le télétravail à temps plein, pourquoi payer une technicienne comptable ou un infographiste au salaire de Montréal quand vous pouvez avoir la même qualité de résultat provenant d’une personne en banlieue de Yaoundé, capitale du Cameroun? Après tout, n’est-ce pas la définition pure de la mondialisation?

Les conditions sont malheureusement parfaites. Les avancées technologiques combinées au télétravail ainsi qu’à la pénurie de main-d’œuvre font en sorte que plusieurs entreprises optent déjà pour cette solution.

Pour ma part, déshabiller Jean pour habiller Jacques n’a jamais été logique. Bien que la mondialisation ait porté ses fruits à certains égards, la délocalisation massive d’emploi a fortement nui à certaines économies et n’a pas non plus rempli ses promesses. Force est d’admettre que l’écart entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres ne fait que s’accentuer.

En déshumanisant les lieux de travail, ce que le télétravail à temps plein fait en quelque sorte, l’importance du candidat devient secondaire au résultat, ce qui représente une grave erreur. Selon ma lecture, en optant pour le télétravail à 100%, les entreprises, les employés et notre économie risquent gros.

Nous avons tous été témoins lors des confinements successifs de l’importance du contact humain, de l’importance de se voir, de se parler de vive voix, de rire, de vivre des moments ensemble et non via une caméra web. Rien, pas même ZOOM, Teams, Skype et tous les autres, ne remplacera la présence d’un humain.

Finalement, le télétravail c’est un peu comme le bon vin, la modération a bien meilleur goût!

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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