Gommer les faux pas éthiques des lois

Publié le 10/09/2019 à 11:14

Gommer les faux pas éthiques des lois

Publié le 10/09/2019 à 11:14

Un homme souriant

«Même en faisant cavalier seul parmi les cyniques et les sceptiques, on peut changer les choses». - Emmanuel Lulin, directeur général de l’éthique chez L’Oréal (Photo: L'Oréal)

Avec Eric Schwartz

BLOGUE INVITÉ.  L’expression « haute direction » évoque toute une gamme de postes, du président-directeur général au directeur financier en passant par le chef de l’exploitation. Toutefois, force est d’admettre que le titre d’Emmanuel Lulin, directeur général de l’éthique chez L’Oréal, sort de l’ordinaire. Son mandat ? Veiller à ce que l’entreprise française de soins personnels respecte la loi, mais s’assurer qu’elle prend aussi les bonnes décisions.

Emmanuel Lulin a fait ses premiers pas professionnels à 17 ans auprès de Serge Klarsfeld, un traqueur de nazis ; nul doute que le travail de ce Français d’origine juive dont la famille a été presque entièrement rayée pendant l’Holocauste l’a profondément marqué.

« Le côtoyer m’a fait comprendre que même en faisant cavalier seul parmi les cyniques et les sceptiques, on peut changer les choses et exercer une influence », affirme-t-il.

Cette expérience l’a d’ailleurs convaincu de faire une maîtrise en droit à l’Université de Chicago. Il souhaitait au départ mettre ce diplôme au service des gens sans recours, à l’image de ce qu’il avait fait en compagnie de Serge Klarsfeld, mais sa carrière a pris un tout autre tournant.

« Après mes études très dispendieuses à l’Université de Chicago, je n’ai pas eu d’autre choix que de me tourner vers un grand cabinet international spécialisé en droit des affaires : il me fallait un salaire suffisant pour rembourser mes dettes. »

Après avoir passé près de dix ans au sein d’un réputé cabinet new-yorkais, Emmanuel Lulin est devenu directeur des affaires juridiques chez L’Oréal. Désireux d’avoir plus d’influence sur les décisions éthiques de l’entreprise, il a accepté son poste actuel en 2007.

« J’étais avocat de formation, mais je suis devenu éthicien par choix, se souvient-il. Petit à petit, je réalisais que le respect de la loi pouvait cacher des choses affreuses. »

Emmanuel Lulin passe désormais le plus clair de son temps à rencontrer le personnel de L’Oréal, réparti dans plus de 70 pays. Il a mis les pieds dans chacun des bureaux de l’entreprise et connaît le nom de tous les gestionnaires. Il croit d’ailleurs que cette approche de terrain lui permet d’exercer une réelle influence au sein de l’entreprise et sur ses activités externes.

« Les collègues mesurent notre honnêteté à notre dévouement et à notre engagement personnel, estime-t-il. Les codes, les politiques, la surveillance éthique, c’est en bonne partie de la frime. Plusieurs entreprises multiplient les belles paroles, mais ce qui compte, c’est la sincérité de nos actes. »

C’est justement avec ses gestes, et non avec des discours, qu’Emmanuel Lulin veut avoir une incidence positive sur L’Oréal. Cela ne signifie pas qu’il compte redéfinir du tout au tout l’entreprise et sa mission : il veut plutôt s’assurer qu’elle fasse des choix responsables à tous les échelons.

« Mon objectif n’est pas de modifier l’ADN de L’Oréal, c’est impossible, précise l’avocat. Je veux plutôt en changer la culture afin que nous nous comportions collectivement et individuellement de manière acceptable. »

La culture de L’Oréal repose sur quatre valeurs fondamentales : l’intégrité, le respect, le courage et la transparence. Mais plutôt que d’en imposer une définition figée, l’entreprise invite les employés à donner eux-mêmes un sens à ces mots. À cette fin, elle a publié un recueil de citations, de maximes et de proverbes qui rend compte de la manière dont le personnel, partout dans le monde, se les approprie. M. Lulin est d’avis que ce projet a grandement contribué à la mise en place d’une culture d’entreprise cohérente.

« C’est une façon de nous doter d’un langage commun, explique-t-il. Et nous le faisons à partir de quatre mots. »

Emmanuel Lulin s’emploie à forger une compréhension commune de l’éthique et des valeurs. Sa volonté de créer un monde meilleur et d’influencer positivement la société, tant dans son travail à L’Oréal que dans sa vie personnelle, constitue sa raison d’être.

« Mener une vie enrichissante, c’est ma passion », conclut-il.

Lien vers le balado (en anglais seulement)

Le présent article est une transcription condensée et modifiée d’une entrevue animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill, dans le cadre de l’émission The CEO Series, présentée sur les ondes de CJAD et produite par Marie Labrosse, étudiante à la maîtrise en langue et littérature anglaises à l’Université McGill. L’entrevue intégrale fait partie de la plus récente saison de The CEO Series et est disponible en baladodiffusion. Eric Schwartz est un récent diplômé de l’Université (B. Com. 2019).

 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore