Oh, oh!: le cadre financier Trudeau ne fonctionne plus

Publié le 10/11/2015 à 18:49

Oh, oh!: le cadre financier Trudeau ne fonctionne plus

Publié le 10/11/2015 à 18:49

Photo: Bloomberg

C'est une bien mauvaise surprise que vient de servir le Directeur parlementaire du budget à l'équipe économique de Justin Trudeau. Le cadre financier du PLC ne fonctionne plus.

Initialement, le cadre libéral prévoyait des déficits de 10G$ en 2016-17; 9,5 G$ l'année suivante; 5,7 G$ en 2018-19; et un surplus de 1G$ en 2019-20.

Parfait jusque-là.

La volonté de l'équipe économique était dans un premier temps de retourner plus d'argent à la classe moyenne, mais, surtout, de prendre quelques années pour mettre à niveau un certain nombre d'infrastructures au pays (en doublant les investissements).

Il n'y a pas de mal à avoir plus de sorties d'argent que d'entrées d'argent pendant quelques années pour remettre une maison à niveau. Particulièrement si notre niveau d'endettement est bas (la dette fédérale est la plus basse du G-7) et qu'il se trouve des enjeux majeurs (en environnement par exemple, comme a dernièrement permis de le constater l'affaire du déversement des eaux usées de Montréal).

Il faut cependant à un certain moment revenir à l'équilibre pour éviter de se retrouver comme au provincial, dans une situation où une accumulation de déficits a, au fil des ans, conduit à des problèmes d'endettement majeurs.

Le problème

En révisant ses prévisions de croissance économique, le Directeur parlementaire du budget vient de lancer un pavé dans la mare.

Le cadre budgétaire du PLC était en partie appuyé sur les prévisions du Directeur (jusqu'en 2017-18). Malheureusement, les nouvelles projections pour les années à venir font voir un écart relativement important par rapport à la croissance économique qu'attendaient les libéraux.

À la lumière des nouvelles anticipation, le Directeur parlementaire révise le dernier cadre budgetaire conservateur et arrive à de modestes déficits pour les années à venir (3 G$ en 2016-17; 4,7G$ en 2017-18; 5 G$ en 2018-19 et 4,6 G$ en 2019-20). Lorsqu'on y ajoute les manques à gagner prévus au cadre libéral, le rouge s'accentue significativement.

Déjà, il est possible de voir que les déficits des deux premières années ne seront pas de 10 G$, mais probablement de 15 G$. Rappelons-le, ce n'est pas en soi un terrible problème à court terme. Ce déficit ne représenterait d'ailleurs que 1% du budget.

Pour respecter l'esprit des engagements électoraux et éviter le déficit structurel, il faut néanmoins revenir à l'équilibre à l'an quatre. C'est ici que les choses se compliquent.

Le dernier budget des conservateurs laissait envisager un surplus de 7,8 G$ à l'horizon 2019-20. Les libéraux s'appuyaient sur ce surplus pour éponger en bonne partie leurs nouvelles dépenses et revenir à l'équilibre budgétaire. Or, ce surplus vient de se transformer en un déficit anticipé de 4,6 G$.

Ce qui veut dire que le cadre budgétaire fédéral devrait désormais fermer l'année 4 avec un déficit minimal de plus de 11 G$ (comparativement au surplus de 1 G$ envisagé). Et ce sera même probablement plus élevé que cela, car, pour les deux dernières années, les libéraux ont des prévisions de croissance économique supérieures à celles du Directeur parlementaire. Sans compter qu'il y a des doutes sur les revenus que généreront certaines mesures à être introduites (comme l'imposition des options des hauts dirigeants à 100%).

Il n'y a aucun doute qu'à l'an 4, le déficit sera structurel et d'une force, qui, sans être démesurée, devra être diminuée. Même le budget conservateur serait en déficit structurel de 2,2 G$, peut-on constater à la lecture du rapport.

Il faudra donc en cours de route revenir sur certains engagements ou couper à quelque part.

Il serait bien que l'équipe économique confirme qu'elle souhaite être à l'équilibre structurel à l'an quatre. Et, bien que les prévisions de croissance du PIB du Directeur apparaissent un peu faibles sur les dernières années (1,8%), que l'équipe Trudeau identifie comment elle entrevoit récupérer l'argent manquant.

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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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