Clinton ratifiera le TPP, car il est vital pour contrer la Chine

Publié le 20/08/2016 à 08:37

Clinton ratifiera le TPP, car il est vital pour contrer la Chine

Publié le 20/08/2016 à 08:37

Source photo: Shutterstock

ANALYSE DU RISQUE - Oubliez le discours protectionniste de la favorite démocrate Hillary Clinton à la présidentielle américaine. Une administration Clinton ratifierait le Partenariat transpacifique (TPP, en anglais), car il s'agit avant tout d'un projet politique pour contenir la Chine et assurer l'hégémonie américaine dans le Pacifique.

Aussi, même si elle s'est dite opposée au TPP (en grande partie afin de se positionner vis-à-vis son opposant républicain Donald Trump, lui aussi contre cet accord), les investisseurs peuvent s'attendre à ce que Hillary Clinton mette de l'eau dans son vin une fois à la Maison-Blanche.

L'accord pourrait certes inclure davantage de clauses pour protéger les travailleurs américains, mais il sera vraisemblablement ratifié par les États-Unis, disent des analystes.

Les enjeux géostratégiques derrière cet accord de libre-échange sont tout simplement trop importants pour que Washington y renonce.

Et la candidate démocrate le sait fort bien.

Le TPP comprend 12 pays qui représentent environ 40% du PIB mondial, soit le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Pérou, le Chili, le Japon, la Malaisie, Singapour, le Brunéi Darussalam, le Vietnam, l'Australie et la Nouvelle- Zélande.

Non seulement ce groupe compte-t-il des alliés des États-Unis (des nouveaux, dans le cas du Vietnam), mais il compte surtout un grand absent: la Chine, qui est pourtant la première économie en Asie et la deuxième au monde.

Pourquoi cette absence?

Parce que le Partenariat transpacifique est beaucoup plus qu'un simple accord de libre-échange abolissant les barrières tarifaires et non tarifaires et stimulant l'investissement.

En fait, le TPP s'inscrit dans la diplomatie américaine en Asie, soulignait en février John Seaman, chercheur au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI), dans un entretien au quotidien français La Croix.

«L'idée est de structurer un environnement régional dans lequel la Chine va devoir s'adapter.» Un environnement régional où «les standards des systèmes américains» devraient être la norme ou s'en inspirer.

Bref, le TPP cherche à diffuser les valeurs de gestion économique américaine (voire occidentales) et à introduire plus de démocratie libérale au sein de pays partenaires asiatiques comme le Vietnam, un régime communiste qui s'ouvre graduellement à l'économie de marché.

Un axe géostratégique dans la Pacifique

Il faut comprendre aussi que le TPP est l'un des trois axes du pivot géostratégique des États-Unis vers l'Asie.

Les deux autres sont militaires (avec un redéploiement de 60% de la U.S. Navy dans le Pacifique d'ici 2020) et diplomatique (avec une présence accrue du président américain dans les forums régionaux).

Et Hillary Clinton est bien au fait de cette stratégie.

Lorsqu'elle était secrétaire d'État, elle a été au coeur du processus pour élaborer le pivot stratégique vers l'Asie que l'administration Obama a amorcé ces dernières années.

En 2011, Hillary Clinton a même publié une longue analyse dans le magazine Forein Policy dans laquelle elle affirmait que le 21e siècle serait l'«America's Pacific Century».

Ce projet américain survient dans un contexte où la Chine communiste est en train de reprendre graduellement sa place au sommet en Asie-Pacifique -et du reste dans le monde.

On l'oublie souvent, mais à la fin du 18e siècle, la première économie mondiale était la Chine.

Depuis quelques décennies, la renaissance de ce pays se traduit notamment par le déploiement de la marine chinoise dans le Pacifique et par des revendications territoriales en mer de Chine méridionale, au grand dam de pays riverains comme le Vietnam ou le Japon.

En fait, aux yeux de plusieurs analystes, la Chine a commencé à jouer une longue partie d'échecs géopolitique.

L'Asie aux Asiatiques

Son objectif? Contester graduellement l'ordre politique mis en place par les États-Unis dans le Pacifique après sa victoire contre le Japon, en 1945. Le président chinois Xi Jinping a même évoqué le principe d'une «Asie pour les Asiatiques».

Un principe très similaire à la doctrine Monroe de «l'Amérique aux Américains». Cette doctrine a été au coeur de la politique étrangère des États-Unis au 19e siècle et au début du 20e siècle.

Ainsi, selon cette doctrine, Washington s'opposait à toutes les interventions des puissances européennes -le Royaume-Uni, la France et l'Espagne- dans les affaires des Amériques, car la jeune république américaine considérait le continent comme sa sphère d'influence.

Aujourd'hui, la Chine considère également l'Asie-Pacifique comme une zone stratégique. Et sa renaissance économique, politique et militaire l'incite à vouloir restaurer graduellement sa sphère d'influence dans cette région du monde.

Le hic, c'est que Washington considère aussi cette région dans sa sphère d'influence.

Et les États-Unis ne sont pas prêts à quitter graduellement l'Asie-Pacifique (l'objectif de Pékin), comme l'ont fait les puissances européennes dans Amériques au 19e siècle et au début du 20e siècle.

Et pour préserver son hégémonie dans cette région du monde, Washington s'appuiera sur sa marine militaire, sa diplomatie et sur le Partenariat transpacifique.

Voici pourquoi une administration Clinton ratifiera cet accord, malgré le discours protectionniste ambiant aux États-Unis.

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand