L'ère de l'interventionnisme, à gauche comme à droite

Publié le 31/01/2009 à 00:00

L'ère de l'interventionnisme, à gauche comme à droite

Publié le 31/01/2009 à 00:00

Il pleut des milliards.

C'est la stratégie qu'appliquent les gouvernements du monde pour faire refleurir les économies. Et le budget que vient de présenter Jim Flaherty se situe dans la même veine, en rupture avec ce que les conservateurs préconisaient autrefois.

Ce n'est pas le seul gouvernement à ouvrir les vannes : presque tous sont devenus interventionnistes, qu'il soit de droite ou de gauche.

En début de semaine, par exemple, on apprenait que la France avait décidé d'injecter l'équivalent de 8 milliards de dollars dans la Société de financement de l'économie française pour garantir les emprunts contractés par les clients éventuels d'Airbus auprès d'institutions financières qui, méfiantes, hésitent à s'engager. Nicolas Sarkozy a donc décidé de jouer les motivateurs, même s'il n'est pas naturellement porté à se substituer aux forces du marché. En fait, on devrait dire : n'était pas porté. Mais c'était avant la crise.

Même chose pour l'Allemagne, également dirigée par un parti de droite. Le gouvernement d'Angela Merkel a quand même les bras plongés jusqu'aux coudes dans l'économie.

En Grande-Bretagne, les travaillistes de Gordon Brown - à gauche - ont pratiquement nationalisé la Royal Bank of Scotland pour la tirer de l'abîme. Même le gouvernement de George Bush s'était compromis dans le capital de banques à la dérive, et Barack Obama a clairement manifesté son intention d'intervenir tant et aussi longtemps qu'il le jugera nécessaire.

Est-ce bon ? Mauvais ? Les différences de jadis entre gouvernements de gauche et de droite ne tiennent plus. La planète entière est passée à l'ère de la realpolitik. Mais c'est un pragmatisme forcé, presque de désespoir. Il faut injecter des capitaux dans le système pour l'empêcher de tomber en panne, et seuls les gouvernements semblent avoir encore le loisir d'en lever.

Ce n'est pas tant le retour du socialisme que la faillite d'une vision du capitalisme, celle qui s'imagine qu'un match peut se dérouler sans arbitre.

Dans l'immédiat, les gouvernements découvrent des doubles, voire des triples fonds à leur sacoche. Les chiffres avancés sont vertigineux. L'économiste en chef de la Banque CIBC, Benjamin Tal, évalue à 30 billions de dollars (30 000 milliards) la valeur des investissements en infrastructures qui seront effectués dans le monde au cours des 20 prochaines années.

Ce n'est pas seulement une question de stimuler artificiellement les économies : les gouvernements ont été radins depuis quelques décennies, et les infrastructures en ont pâti. En 2006, un colloque international organisé à Montréal par la Government Finance Officers Association avait soulevé la question. Les participants en avaient conclu que la dégradation des infrastructures municipales constituait une bombe à retardement.

Si vous pensez que Montréal est la seule ville ayant un réseau d'aqueduc aux airs de passoire et des échangeurs autoroutiers en train de se désintégrer, détrompez-vous : les ponts tombent aussi aux États-Unis, et la gestion de l'eau y deviendra une priorité. Sans compter les réseaux de télécommunications, qui ont besoin d'être modernisés. Et l'essor de pays comme l'Inde, qui risque de buter sur la vétusté des infrastructures de transport...

La tâche à venir est colossale.

Les gouvernements vont-ils tout faire seuls ? Sûrement pas. L'entreprise privée en assumera-t-elle la gestion ? Probablement.

Si le mouvement enclenché récemment se poursuit, le financement, entre autres, viendra en bonne partie d'institutions financières dans lesquelles les gouvernements posséderont encore une grande participation. C'est presque inévitable. Après y avoir engouffré des milliards en fonds publics, comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne, il serait insensé de se retirer sans compensations équitables. Ce serait "nationaliser les pertes et privatiser les profits", écrivait l'autre jour un commentateur sur mon blogue. C'est vrai que le cours des actions des banques pourrait remonter assez rapidement pour que les gouvernements puissent se retirer en encaissant un joli bénéfice.

Il faudra donc s'habituer à entendre des discours budgétaires interventionnistes, même de la part de gouvernements à la Stephen Harper.

L'autre option est celle des libertariens, partisans du fatalisme intégral du genre "la nature s'en occupera". Leur ligne de conduite est simple : l'ordre reviendra si on n'intervient pas dans le cours des choses.

Théoriquement, c'est net. Dans les faits, c'est une formule darwinienne et impitoyable. Seuls les forts survivent; les autres...

Je préfère, et de loin, l'autre méthode, même s'il faudra bien un jour payer la facture.

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