" Nos applications seront compatibles avec tous les lecteurs de livres électroniques "

Publié le 13/02/2010 à 00:00

" Nos applications seront compatibles avec tous les lecteurs de livres électroniques "

Publié le 13/02/2010 à 00:00

Par Diane Bérard

Heather Reisman est une des 50 femmes d'affaires les plus influentes du monde, selon le Financial Times de Londres. Montréalaise de naissance et Torontoise d'adoption, elle est aussi l'épouse de Gerald Schwartz, le président du conglomérat Onex. Après avoir travaillé en consultation à Montréal, chez Paradigm, elle dirige le fabricant de boissons gazeuses Cott, puis lance Indigo en 1996. En décembre 2009, son entreprise annonce la création de la filiale Kobo, qui offre plus de deux millions de livres électroniques. Nous avons rejoint Heather Reisman à ses bureaux de Toronto pour discuter de l'avenir du livre électronique.

Diane Bérard - Amazon, Apple... le domaine du livre électronique est peuplé de géants qui multiplient les lancements, comment comptez-vous survivre ?

Heather Reisman - Nous avons l'habitude des batailles. Lorsque nous avons lancé Indigo, en 1996, Chapters dominait le marché canadien. Un concurrent aussi redoutable qu'intelligent. Cela ne nous a pas empêché de nous tailler une place et même d'acheter Chapters en 2001. [N.D.L.R L'achat s'est conclu au terme d'une bataille de plusieurs mois, au cours de laquelle Chapters a fortement résisté.] Mais, cette fois, le champ de bataille n'est pas national, il est mondial. Et nos concurrents sont tout aussi imposants. Je ne me fais pas d'illusions, Indigo ne dictera pas les règles du jeu. C'est pour cette raison que nous devions nous présenter tôt sur le terrain, pour comprendre ce qui se passe et évaluer la place que nous occuperons. Comme nous ne sommes pas du même poids que nos adversaires, nous devons compenser autrement, développer un autre avantage.

D.B. - Quelle est votre stratégie ?

H.R. - Nous avons décidé que nos applications seraient compatibles avec tous les lecteurs de livres électroniques. C'est la seule façon de s'assurer une place, peu importe l'issue de cette bataille. Notre application Kobo [N.D.R.L Kobo est à la fois le nom de la filiale numérique d'Indigo, lancée en novembre 2009, et de l'application qui permet de télécharger les livres offerts par ce détaillant] sera accessible à toutes les technologies. Nous avons été les premiers à annoncer que Kobo serait disponible pour le iPad. Il en sera de même pour le Sony Reader, le Kindle, le iPhone, le BlackBerry, etc.

D.B. - Comment vous assurer que le client choisira votre application Kobo ? Il pourrait toutes les téléchrager et naviguer de l'une à l'autre pour faire son choix ?

H.R. - Il est possible qu'il le fasse. Cependant, rapidement, chaque client aura sa préférence. Vous n'avez qu'à comparer avec les librairies : vous pouvez bien en fréquenter plusieurs, mais il y en aura toujours une à laquelle vous irez plus souvent.

D.B. - Comment la guerre entre Amazon et les éditeurs de livres sur la question du prix de vente va-t-elle se terminer ?

H.R. - Je ne sais pas quel sera le prix final. Toutefois, je suis convaincue que dans quelques mois, quand les choses se seront calmées, tout le monde vendra les mêmes livres électroniques au même prix. Internet m'a appris une chose : des articles similaires finissent par se vendre partout au même prix. La politique d'Indigo est de s'ajuster au prix le plus bas.

D.B. - Si les librairies virtuelles ne se différencient pas par le prix, ce sera alors par leur catalogue ?

H.R. - Non plus. Nous proposerons tous la même sélection. Même dans le secteur du livre en français, où nous pourrions nous démarquer grâce à notre présence au Québec, il n'y aura pas de différence à moyen terme entre l'offre des détaillants.

D.B. - Mais alors, qu'est-ce qui différenciera Amazon de Kobo ?

H.R. - L'expérience de lecture, techniquement et humainement. Techniquement, cela tient à l'interface. Nous avons beaucoup investi dans le design de Kobo. Notre plateforme est aussi agréable qu'efficace. Cependant, la technique seule ne suffit pas. Un livre n'est pas un bien de consommation comme les autres, son achat est une expérience ludique. Il faut recréer cette expérience en ligne, même s'il n'y a pas d'intervention humaine véritable. Dans nos magasins, vous trouvez des livres marqués du sceau " Heather's Pick ". Ce sont mes ouvrages coup de coeur que je recommande aux clients. C'est le genre de concept que nous transposerons sur Kobo. Tout comme le personnage du libraire obligeant, vous savez, celui qui sait tout, y compris vos goûts.

Il est la raison pour laquelle vous fréquentez une librairie plutôt qu'une autre. Kobo transposera ce libraire en ligne. Nous allons aussi bâtir des communautés pour que nos clients puissent trouver d'autres lecteurs qui ont les mêmes goûts et échanger avec eux. En gros, les libraires qui connaîtront le plus de succès en ligne auront créé l'expérience d'achat virtuelle qui ressemblera le plus à celle de l'achat en magasin.

D.B. - Comment se compare le taux de conversion au livre électronique au Canada et aux États-Unis ?

H.R. - Nous avons un an de retard, mais cela n'a rien de culturel. Les consommateurs canadien et américain se ressemblent beaucoup. Le retard s'explique simplement par l'accès à la technologie. Les outils de lecture (Kindle, iPad) sont d'abord disponibles aux États-Unis. Mais dès qu'ils sont accessibles ici, les consommateurs canadiens les adoptent au même rythme.

D.B. - Vous vendez des livres et des CD. Comment se compare le taux de conversion à la musique en ligne à celui au livre en ligne ?

H.R. - La conversion vers la musique en ligne s'est effectuée rapidement et naturellement. Les acheteurs de musique, à quelques exceptions près, ne sont pas attachés au support sur lequel se trouve leur produit. Les consommateurs de livres, eux, le sont. Cela se reflète dans notre offre : notre sélection de CD se limite désormais à ce que je qualifie d'achats impulsifs. Ce sont les quelques CD à la mode qui se vendent facilement.

D.B. - Quel est votre roman préféré ?

H.R. - The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald. L'action de déroule dans les années 1920, une époque fascinante.

D.B. - Et votre livre d'affaires favori ?

H.R. - Deux ouvrages me viennent à l'esprit spontanément : Made in America, la biographie de Sam Walton, le fondateur de Walmart, pour l'inspiration, et Conspiracy of fools, sur la chute d'Enron, pour la qualité du récit.

D.B. - Votre secteur traverse de profonds bouleversements, que souhaitez-vous pour l'avenir ?

H.R. - Je n'ai aucun souhait pour mon secteur, il va très bien s'en tirer. Par contre, je suis très inquiète pour la lecture en général au pays. Le sous-financement des bibliothèques scolaires me crève le coeur. Et ce sont les plus démunis qui paient, ceux dont les parents ont peu ou pas de livres à la maison. Notre gouvernement doit comprendre la relation étroite entre le taux de lecture des enfants et leur degré de réussite plus tard. À moyen terme, c'est la santé économique du Canada qu'on compromet.

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