Avons-nous les moyens du numérique ?

Publié le 25/02/2012 à 00:00

Avons-nous les moyens du numérique ?

Publié le 25/02/2012 à 00:00

Dès septembre, l'iPad deviendra un accessoire obligatoire pour les élèves de 1re, 2e et 3e secondaire du Collège Jean-Eudes, à Montréal. Cette mesure sera élargie à tous les élèves du secondaire à compter de 2013. Le Collège St-Jean-Vianney, à Montréal, a également fait part de son intention d'équiper tous les élèves de 1re secondaire d'un iPad à la prochaine rentrée. D'ici cinq ans, le projet sera étendu à tout le secondaire.

Imaginez les économies des éditeurs de livres scolaires à moyen terme : pas de papier, pas d'impression, pas d'encre, pas de distribution. Pourtant, si la croyance générale qu'un livre numérique coûte la moitié d'un livre papier est tenace, «rien n'est plus faux !» affirme Jacques Rochefort, vice-président principal du groupe Livres de TC Media1 et pdg de Chenelière Éducation, le plus important éditeur de livres scolaires en Amérique du Nord. Tant et si bien que le virage numérique des réseaux d'éducation des pays occidentaux prendra beaucoup plus de temps que prévu.

«Le numérique offre beaucoup plus de possibilités que le papier, c'est évident. Cela signifie que les éditeurs devront en faire beaucoup plus, ce qui coûtera plus cher. Or, quand je regarde l'état des finances des pays occidentaux, je me dis qu'ils n'auront pas les moyens de financer le virage numérique de leur système d'éducation avant plusieurs années», soutient M. Rochefort.

Le printemps dernier, le gouvernement du Québec a annoncé que toutes les salles de classe du primaire et du secondaire seront équipées d'un tableau interactif d'ici cinq ans. Les enseignants, eux, recevront chacun un ordinateur portable. «Ça met de la pression sur l'accélérateur du virage technologique, mais je ne suis pas certain que nous ayons les moyens de nos ambitions», estime M. Rochefort. Chenelière investit un million de dollars (M $) par année en développement technologique.

Des investissements importants

Au Québec, l'égalité d'accès à l'éducation est sacrée. Or, 800 000 ménages n'ont pas accès à Internet ou à Internet haute vitesse, précise M. Rochefort. «Accepterons-nous que leurs enfants soient désavantagés à l'école ? Sûrement pas !» Alors, le gouvernement devra-t-il fournir à tous un ordinateur à la maison ? Et payer pour le service à haute vitesse dans les régions où le secteur privé n'y trouve pas son compte ? Nous n'avons pas pu obtenir les réponses du gouvernement à ces questions.

D'autre part, la liseuse, populaire depuis à peine trois ans, est déjà dépassée. La tablette offre infiniment plus de possibilités que de lire un texte : hyperliens, animation, interactivité, programmation, etc. «Ce n'est pas vrai qu'on va juste mettre du texte sur un écran», souligne M. Rochefort.

Les éditeurs qui se démarqueront seront ceux qui réussiront à tirer le maximum de la technologie. Mais pour cela, ils devront investir beaucoup d'argent. Et, bien entendu, augmenter leurs prix de vente pour protéger leurs marges bénéficiaires.

«Québec a consacré 352 M$ pour appliquer la réforme de l'éducation au primaire et au secondaire, seulement pour le papier. Il vient d'ajouter 42 millions pour les ressources numériques ; c'est nettement insuffisant, estime M. Rochefort. Dans l'état actuel des finances publiques, on n'est pas dans un marché où les acheteurs sont prêts à payer plus.»

Un modèle à définir

On n'a qu'une brève idée des possibilités du numérique dans le domaine de l'éducation. Par exemple, aux États-Unis, on a déjà conçu des outils pédagogiques qui détectent les faiblesses de l'élève pour qu'il puisse y consacrer plus d'efforts. «Mais c'est encore une stratégie pour vendre du papier, parce que le modèle d'affaires du numérique reste encore à définir.»

Avec toute cette technologie, les écoles devront embaucher leur (s) propre (s) technicien (s), car se partager ceux de la commission scolaire ne suffira plus. Il faudra aussi investir pour former les enseignants au numérique et régler la question des droits d'auteurs. «On va y arriver. Mais il va falloir que quelqu'un paie la facture, explique M. Rochefort. Ce qui me laisse croire que le papier n'est pas près de disparaître.»

C'est le ministère de l'Éducation qui décide ce que l'on apprend dans chaque matière et à chaque niveau. À partir de ses programmes, les éditeurs forment une équipe d'auteurs pédagogiques pour produire un manuel didactique. Le ministère approuve les ouvrages par matière et par niveau. Le choix final du manuel scolaire appartient cependant aux professeurs.

Chenelière détient 2 800 titres de livres scolaires, du primaire à l'université,

«Le simple accès aux technologies en réseau n'a pas fait des élèves de meilleurs apprenants [...] Nombre d'entre eux n'ont pas les habiletés nécessaires pour utiliser ces outils efficacement à des fins d'apprentissage.» - Réseau Éducation-Médias

800 000

Nombre de ménages québécois qui n'ont pas accès à Internet ou à Internet haute vitesse.

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