COVID-19: profiter de la crise pour se réinventer

Publié le 06/04/2020 à 08:00

COVID-19: profiter de la crise pour se réinventer

Publié le 06/04/2020 à 08:00

Par Denis Lalonde
La PDG de Mediaclip, Marion Duchesne

La PDG de Mediaclip, Marion Duchesne (Photo: courtoisie)

Même si un certain flou subsiste encore à propos de l'aide fédérale aux entreprises canadiennes touchées par la crise da la COVID-19, certains dirigeants d'entreprises profitent du volume moins élevé de travail pour repenser leur modèle d'affaires. En voici trois exemples.

Les dirigeants d’entreprises se demandent toujours dans quelle mesure ils pourront bénéficier de la subvention salariale annoncée par Ottawa le 27 mars. L’aide doit servir à subventionner 75% des salaires des employés des entreprises canadiennes pour la première portion de 58 700$, rétroactif au 15 mars. Pour le moment, seules les entreprises qui auront subi une baisse de revenus de 30% pourront se qualifier.

 

Mediaclip veut cibler directement les consommateurs

Marion Duchesne, fondatrice et chef de la direction de Mediaclip, est soulagée par l’annonce d’aide du gouvernement fédéral, qui lui permettra de conserver ses 29 employés.

«J’attends toujours de voir toutes les conditions, mais pour le moment, c’est de bon augure», dit-elle.

Mme Duchesne raconte qu’il faut entre quatre et six mois aux nouveaux employés avant qu’ils soient pleinement fonctionnels chez Mediaclip, une société qui conçoit des logiciels pour divers détaillants qui veulent offrir des produits dans l’industrie du souvenir personnalisé.

Les logiciels peuvent servir, entre autres, à la conception d’album photos, de calendriers, de cartes de souhaits, de tasses avec photos d’enfants ou de paires de bas ornées de plusieurs portraits de son animal de compagnie préféré.

«Si je procède à des mises à pied. Ça pourrait drôlement compromettre la relance de l’entreprise quand la crise sera finie. Il va falloir réembaucher du personnel et je vais rater les quatre à six premiers mois de la reprise, ce qui nous ferait prendre un sérieux retard par rapport à notre principal concurrent, qui est situé au Royaume-Uni», affirme-t-elle.

Mme Duchesne raconte que la crise lui permet de travailler sur un projet pour lequel elle n’avait jamais eu de temps auparavant. Pour le moment, Mediaclip offre ses produits en marque blanche (white label) à des entreprises. «Mais on travaille en ce moment sur un projet visant le regroupement d’entreprises manufacturières québécoises au sein d’une boutique en ligne qui ciblerait directement les consommateurs. Cela permettra aux manufacturiers québécois qui utiliseront la plateforme d’aller chercher un certain volume de commandes et de conserver des emplois», croit-elle.

À l’heure où le principal défi des entreprises est d’obtenir le paiement des comptes recevables, la PDG croit qu’il est important pour les entreprises de se remettre en question. Les dirigeants doivent bien sûr passer du temps à modéliser certains scénarios, mais ils ne doivent pas oublier de passer à l’action pour se réinventer.

«Il faut revoir la pertinence de nos produits. C’est le bon moment pour faire des sondages de satisfaction, de revoir les processus et de planifier une transformation numérique pour améliorer nos produits», croit-elle.

Mme Duchesne a démarré Mediaclip en 2008, tout juste avant la crise financière, mais dit avoir vécu une véritable crise en 2012 lorsque la technologie Flash est devenue obsolète, alors que sa solution avait été développée en… Flash.

«De 2013 à 2015, le temps que je sorte ma nouvelle solution en langage HTML5, je n’ai eu aucun nouveau client. J’ai survécu grâce au modèle d’affaires de l’entreprise. Plutôt que de vendre des licences à fort prix, je demandais à être payée en pourcentage des ventes. Ça m’a ramené des revenus récurrents pour passer à travers cette crise», explique-t-elle.

Pendant ce temps, la dirigeante décide aussi d’offrir sa solution en mode logiciel-service (Software as a Service, ou SaaS). La technologie SaaS permet de vendre des produits en ligne sur abonnement. «Aujourd’hui, 100% de mes ventes se font en mode SaaS. Quand on est en crise, on prend des décisions, on essaie des choses. En ce qui me concerne, j’ai pris mes meilleures décisions en temps de crise», affirme-t-elle.

Mediaclip génère 5% de son chiffre d’affaires au Canada, 65% aux États-Unis, 24% en Europe et 6% en Asie. La société compte parmi ses clients des entreprises comme Verizon, Costco et FujiFilm.

 

Talsom veut développer des services à la carte

«Il y a différents moyens de passer à travers la crise. Tout n’est pas arrêté, il y a des projets qui continuent et qui nous permettent de couvrir nos frais. D’autre part, on est en train de repenser le modèle de ce que peut vouloir dire la consultation pendant la crise», raconte Olivier Laquinte, président de Talsom, qui offre des services en transformation numérique, humaine, technologique et environnementale aux entreprises.

M. Laquinte croit que lorsqu’une crise survient, il y a trois phases à regarder: les phases de réaction, de maîtrise et de reprise. «On sort de la phase de réaction et on entre dans la phase de maîtrise. Pendant ce temps, on pense que le monde de la consultation va changer et qu’il sera plus difficile d’aller chercher de nouveaux clients», dit-il.

L’entreprise de 80 employés, qui a récemment été forcée de procéder à une vingtaine de mises à pied, souligne que certains projets qui étaient sur la planche à dessin redémarrent depuis l’annonce du gouvernement fédéral.

En parallèle, M. Laquinte dit vouloir revoir la relation de Talsom avec sa clientèle et devenir une boutique de consultation à la carte, plutôt que de miser surtout sur des gros mandats.

«Une entreprise qui a besoin de mieux communiquer avec ses employés n’a pas nécessairement besoin de signer un gros mandat. Avec une offre à la carte, elle pourrait malgré tout venir sur notre site Internet et acheter, par exemple, un atelier de 3 heures. Par la suite, il ne nous resterait qu’à le donner», explique M. Laquinte.

En cette ère où beaucoup d’entreprises sont forcées au télétravail, Talsom doit aussi travailler à trouver les meilleurs outils pour que les résultats des ateliers soient au rendez-vous même si ces derniers sont donnés à distance.

«On repense toutes nos façons de faire, de développer et de vendre», affirme M. Laquinte. Talsom a aussi commencé à regarder du côté des appels d’offres pour obtenir des contrats gouvernementaux.

C’est paradoxal, mais pour préserver certains emplois à long terme, il faut procéder à des mises à pied à court terme. «Si tu veux être capable de capitaliser sur la reprise, il faut que tu aies les moyens d’investir rendu là. Si tu brûles tes liquidités au début de la crise, et qu’à la fin, tu es obligé de repartir comme si tu étais en mode start-up, personne n’est gagnant», confie M. Laquinte.

Citant le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, Olivier Laquinte croit que la pause actuelle ne sert pas à tout arrêter, mais à transformer la manière dont on travaille.

«Au cours des prochaines semaines, on va avoir un dialogue avec beaucoup d’entreprises pour leur demander comment elles se transforment et quels sont les protocoles de gestion des risques de propagation d’un virus dans leur environnement de travail. Il faut implanter de nouvelles technologies pour que les usines puissent redémarrer quand viendront les autorisations gouvernementales», explique-t-il.

Talsom compte sur des clients dans de nombreuses industries, entre autres dans le manufacturier, l’agroalimentaire et le commerce de détail.

 

Irosoft mise sur la R-D

Pour conserver un maximum de son personnel de 40 employés, le président et cofondateur d’Irosoft, Alain Lavoie, souhaite gonfler ses effectifs du côté de la recherche et développement.

«Les priorités sont de livrer les projets en cours, de poursuivre les travaux de maintenance sur nos produits et de mettre l’accent sur des projets d’innovation qui peuvent être financés par des subventions et par des crédits d’impôt à la recherche et développement (R-D)», explique M. Lavoie.

Idéalement, le président de la société qui se spécialise dans les systèmes de gestion de documents et d’archives et en gestion de l’information législative, souhaiterait miser sur des subventions : «Il faut parfois attendre jusqu’à 18 mois avant de se faire rembourser les crédits d’impôt à la R-D, ce qui est très long», dit-il.

Le dirigeant estime par ailleurs que la crise forcera beaucoup d’entreprises à travers le monde à procéder à une transformation numérique en accéléré. «Qu’il s’agisse de la signature de documents en ligne ou de télétravail, on va s’approprier le numérique plus que jamais», dit-il.

Irosoft compte parmi ses clients Justice Québec, le ministère de la Justice de la Barbade, Loto-Québec, la ville de Québec, la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) et la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

M. Lavoie critique toutefois le système d’aide du fédéral qui cible les entreprises canadiennes dont les revenus mensuels ont diminué de 30% depuis le début de la crise. «Si mes revenus ont baissé de 30% en avril, mais pas en mars, ni en mai. Je fais quoi? J’embauche mes employés le 1er avril et je les renvoie au chômage à la fin du mois?», questionne-t-il.

Le dirigeant, qui siège notamment aux conseils d’administration de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de la Fédération des chambres de commerce du Québec, estime qu’il y a encore trop de flou entourant l’aide fédérale.

«Si les revenus des sociétés sont comptabilisés en fonction des factures envoyées à tous les clients, mais que tout le monde demande des délais de paiements… des entreprises pourraient ne pas se qualifier même si, dans les faits, les entrées d’argent seront en chute libre», affirme-t-il.

M. Lavoie soutient qu’Irosoft, avec ses nombreux contrats gouvernementaux, pourra passer à travers la crise, mais que d’autres entreprises technologiques misant sur des clients du secteur privé auront beaucoup plus de difficulté à y parvenir.

 

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