BonLook : le pari de lunettes à 99 $

Publié le 07/09/2013 à 00:00

BonLook : le pari de lunettes à 99 $

Publié le 07/09/2013 à 00:00

Par Dominique Froment

Mélanie Daigle et Sophie Boulanger sont scandalisées par les marges bénéficiaires excessives des fabricants de lunettes. En réaction, les deux jeunes femmes ont créé BonLook afin de vendre sur Internet des lunettes ophtalmiques pour 99 $. Malheureusement pour les deux entrepreneures, la vente de leurs montures est interdite au Québec.

Sophie Boulanger a fait des études en commercialisation de la mode à Milan, en Italie. Son projet d'étude portait sur Luxottica, un géant mondial de la lunetterie. C'est à ce moment-là qu'elle a découvert les marges bénéficiaires mirobolantes que les acteurs de ce secteur se gardent.

«Ils maintiennent les prix très élevés alors que ça leur coûte des pinottes pour faire la fabrication en Asie, explique Mélanie Daigle, cofondatrice et vice-présidente marketing. Selon elle, des multinationales offrent aux optométristes et aux opticiens de leur fournir leurs équipements, à condition qu'ils ne vendent que leurs produits ; comme ces équipements coûtent très cher, ça fait l'affaire des spécialistes de la vue et ça permet aux fabricants de fixer les prix.

À son retour de Milan, en 2010, Mme Boulanger, 32 ans, bachelière en commerce de l'Université McGill et titulaire d'une maîtrise en commercialisation de la mode de SDA Bocconi, travaille à l'organisation d'un congrès sur l'énergie. C'est là qu'elle rencontre Mme Daigle, 31 ans, bachelière en commerce international et marketing de HEC Montréal. Les deux femmes ont envie de se lancer en affaires dans le commerce électronique. Le domaine de la lunetterie, avec ses prix élevés, semble leur offrir de belles possibilités. Elles fondent donc BonLook à Montréal, en 2011.

La stratégie

Le fonctionnement de BonLook est simple : les clients vont chercher une ordonnance chez un optométriste, l'inscrivent sur le site Internet de BonLook, choisissent un de ses 35 modèles de montures exclusifs (50 d'ici la fin de l'année), paient 99 $ par carte de crédit et reçoivent leurs lunettes de deux à cinq jours plus tard par UPS. BonLook fait fabriquer ses montures en Chine et les verres par un laboratoire de Brooklyn, à New York. La clientèle cible : les femmes âgées de 18 à 39 ans.

Le plus étonnant, c'est qu'à ce prix - une fraction de ce qu'on paie chez un optométriste ou un opticien -, BonLook fait des bénéfices. Après tout, les investisseurs d'Anges Québec, qui a injecté 1,2 million de dollars dans la PME en mai dernier, ne sont pas des philanthropes !

«Notre concept ressemble au fast fashion de la chaîne de vêtements Zara, explique Mme Daigle. Avec nous, les lunettes deviennent un accessoire de mode ; on peut en avoir une paire qui se marie avec des souliers, une autre avec le sac à main, etc.»

Malheureusement, BonLook ne peut pas vendre ses produits au Canada, où la loi réserve cette activité aux opticiens et aux optométristes. Sauf en Colombie-Britannique, où un fournisseur a contesté avec succès cette loi.

En attendant, des entreprises américaines, que les poursuites made in Canada n'empêchent pas de dormir, vendent des lunettes par Internet chez nous. «Cette loi est archaïque dans le contexte de commerce électronique», juge Mme Daigle.

Une boutique et des projets d'expansion

Il y a tout de même de l'espoir pour les Montréalaises qui veulent harmoniser leurs lunettes avec leurs vêtements : BonLook ouvrira cet automne un petit magasin avec opticien (pour respecter la loi) rue Saint-Ambroise, dans le quartier Saint-Henri, dans l'immeuble où la PME a déjà ses bureaux.

BonLook, maintenant détenue majoritairement par Mélanie Daigle, Sophie Boulanger et Louis-Félix, le frère de cette dernière et pdg, souhaite aussi mieux servir l'Australie, où elle vend déjà un peu, et s'attaquer aux marchés de l'Amérique latine et du Moyen-Orient. L'an prochain, son site Internet sera donc traduit en espagnol. «Nous avons déjà repéré en Amérique latine des partenaires qui vont nous donner un coup de main pour la commercialisation», précise Mme Daigle.


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