Trop de PME ignorent le potentiel du commerce électronique

Publié le 25/11/2020 à 06:00

Trop de PME ignorent le potentiel du commerce électronique

Publié le 25/11/2020 à 06:00

Par François Normand

Au Canada, uniquement au cours des quatre premiers mois de la pandémie, les ventes du commerce électronique ont dépassé celles de la période des Fêtes de 2019. (Photo: 123RF)

Même s’il y a un engouement pour le commerce électronique, seulement 46% des PME canadiennes prévoient vendre leurs produits ou leurs services sur internet quand la pandémie de COVID-19 sera terminée, montre une nouvelle étude de la Banque de développement du Canada (BDC).

«Je suis à la fois un peu surpris et un peu inquiet de ces résultats», laisse tomber au bout du fil Pierre Cléroux, vice-président, recherche et économiste en chef de la BDC en entrevue à Les Affaires.

Ainsi, malgré la crise économique et la transformation des habitudes de consommation des Canadiens, les intentions des entrepreneurs de vendre en ligne n’ont progressé que de trois points de base, soit de 43%, avant la pandémie, à 46%, à l’heure actuelle.

Qui plus est, moins de 25% des chefs d’entreprise feront du commerce électronique une priorité au courant de 2021, et seulement 15% des entrepreneurs croient que les ventes sur internet augmenteront dans leur secteur au cours des trois prochaines années.

Enfin, plus les dirigeants sont âgés, moins ils sont enclins à faire prendre le virage du commerce électronique à leur entreprise.

L’enjeu est de taille.

Huit Canadiens sur 10 ayant fait des achats sur internet pour la première fois durant la pandémie ont l’intention de continuer à le faire, selon la BDC.

Une statistique montre l’ampleur du phénomène : uniquement au cours des quatre premiers mois de la pandémie au Canada, les ventes du commerce électronique ont dépassé celles de la période des Fêtes de 2019.

 

Pas seulement dans le commerce de détail

Fait méconnu, le commerce électronique augmente dans plusieurs secteurs de l’économie, souligne Pierre Cléroux. «Ce n’est pas seulement dans le commerce de détail. On voit par exemple de plus en plus d’entreprises manufacturières faire des ventes en ligne.»

Les résultats de cette étude de la BDC sont inquiétants pour deux raisons.

D’une part, parce que tous les indicateurs montrent que les PME qui embrassent le commerce en ligne en profitent grandement.

 

(Source: BDC)

 

D’autre part, parce que la BDC a fait ce constat après avoir effectué un sondage en juin auprès de 1 000 propriétaires d’entreprises ou de décideurs, soit grosso modo entre la première et la deuxième vague de la COVID-19.

Or, malgré l’arrivée des vaccins à compter de l’année prochaine, la deuxième vague sera bien pire que la première, avec un retour à une normalité relative dans la seconde moitié de 2021, voire de 2022, estiment des spécialistes en santé publique.

 

L’approche de la BDC pour corriger le tir

Même si la majorité des PME canadiennes sous-estiment le potentiel du commerce électronique, la BDC n’a pas l’intention de sortir le bâton pour accélérer le virage numérique des petites et des moyennes entreprises, en rendant par exemple conditionnel son appui (accompagnement et financement) à leur endroit.

«Nous allons plutôt miser sur la collaboration», affirme Pierre Cléroux, en précisant que les entrepreneurs ont souvent la perception fausse que faire des ventes en ligne est un processus ardu et coûteux.

Or, l’économiste insiste pour dire que les technologies sont de plus en plus accessibles.

L’étude de la BDC propose d’ailleurs une stratégie en cinq étapes pour aider les PME canadiennes à prendre plus facilement le virage du commerce électronique.

 

  • Comprendre les ventes en ligne dans votre secteur d’activité
  • Connaître vos clients et leurs préférences en ligne
  • Repenser vos relations avec vos partenaires commerciaux et votre modèle d’affaires
  • Développer de nouvelles compétences à l’interne
  • Définir des objectifs de vente et optimiser vos efforts

 

Au Canada, les ventes en ligne ont presque triplé entre 2012 et 2018, passant de 8,3 milliards à 22,1 milliards de dollars, selon la BDC.

Au niveau mondial, elles devraient atteindre 39 000 milliards de dollars américains d’ici 2023, selon les prévisions de la firme américaine Forrester Research.

Pour mettre les choses en perspective, la taille anticipée de ce marché est supérieure à la taille de l’ensemble de l’économie des États-Unis, dont le PIB s’élevait à 21 430 G$US en 2019, selon le département américain du Commerce.

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