Entrevue n°283 : Chris Bailey, auteur, The Productivity Project


Édition du 02 Avril 2016

Entrevue n°283 : Chris Bailey, auteur, The Productivity Project


Édition du 02 Avril 2016

Par Diane Bérard

«Voulez-vous vraiment être productif ou trouvez-vous l'idée sexy ?» - Chris Bailey, auteur, The Productivity Project.

Lorsque le Canadien Chris Bailey a obtenu son diplôme en marketing, en 2013, il a refusé deux offres d'emploi lucratives pour se consacrer à un projet personnel. Pendant une année, il a exploré le concept de productivité... sur lui-même. De cette année, il a tiré un livre, The Productivity Project. Lancé il y a quelques semaines, son ouvrage, endossé entre autres par Seth Godin et David Allen, soulève beaucoup d'attention.

Diane Bérard - Pourquoi avons-nous l'impression que les individus les plus travaillants sont aussi les plus productifs ?

Chris Bailey - Parce qu'il en a longtemps été ainsi. C'est un héritage de l'ère industrielle. L'employé qui passait plus d'heures à sa machine fabriquait forcément plus de pièces. Dans l'économie du savoir, on confond facilement être occupé et être productif.

D.B. - Vous avez déboulonné ce mythe en devenant votre propre cobaye. Racontez-nous.

C.B. - Pendant un an, de mai 2013 à mai 2014, j'ai lu tout ce qui m'est tombé sous la main sur la productivité. C'est ce que j'ai nommé «The Productivity Project». C'est devenu un livre publié ce mois-ci. J'ai interviewé tous les experts reconnus et inconnus de la question. Et j'ai multiplié les expériences sur moi-même. Une semaine, j'ai travaillé jusqu'à épuisement. Les jours suivants, j'ai glandé comme ce n'est pas possible. Mon constat : une semaine de 90 heures n'est pas plus productive qu'une autre de 20 heures. Votre tâche a la curieuse capacité de s'étirer en fonction du temps que vous avez pour vous en acquitter.

D.B. - Quand même, il faut bien les mettre, ces heures...

C.B. - Bien sûr, les gens paresseux ne sont pas productifs. Il y a des limites à travailler «intelligemment» [work smart]. Comme vous le dites, il faut les mettre, ces heures !

D.B. - Y a-t-il un nombre d'heures optimales pour une semaine de travail ?

C.B. - Oui, ce serait entre 35 et 40 heures, tout simplement.

D.B. - Quelle est votre définition de la productivité ?

C.B. - La productivité se définit en fonction de ce que vous accomplissez, pas de ce que vous produisez. La nuance est importante. Vous pouvez produire beaucoup sans être productif. Vous pouvez produire de nombreux courriels ou de nombreuses entrées Facebook. L'intention doit précéder l'action. Vous êtes productif lorsque vous accomplissez ce que vous souhaitiez mener à terme. Lorsque vous produisez des résultats qui importent.

D.B. - La productivité vous obsède depuis l'adolescence. D'où vient cette obsession ?

C.B. - J'ai toujours été conscient que le temps me manquait pour effectuer tout ce que je voulais faire. Surtout, pour réaliser ce qui me tenait à coeur. Et puis, mes parents sont psychologues. J'ai souvent regardé par-dessus leur épaule différentes études sur le comportement humain. J'imagine que ça m'a influencé.

D.B. - Doit-on comprendre que vous êtes une machine de productivité ?

C.B. - (Rires.) Pas du tout. J'adore boire du vin et manger des mets indiens en ne faisant strictement rien !

D.B. - Dans votre livre, vous dites qu'il faut savoir reconnaître les tâches «intelligentes» dans son travail. Comment s'y prend-on ?

C.B. - Pendant un mois, faites la liste de tout ce dont vous êtes responsable au travail. Déterminez ensuite, parmi ces tâches, celles qui vous permettent d'accomplir davantage. Puis celles qui vous permettent de réaliser ce qui a le plus de valeur pour vos supérieurs et votre équipe. Choisissez trois tâches dans cette liste. Les autres, essayez de les éliminer ou de les déléguer. Lorsque vous établirez vos tâches, rappelez-vous qu'il en existe trois types : les tâches individuelles, celles qui font partie d'un projet et celles qu'on a promises à quelqu'un.

D.B. - Pouvez-vous nous donner une idée à contre-courant au sujet de la productivité ?

C.B. - Oui, le piège du progrès. Il consiste à être obsédé par la mesure de nos progrès. Il faut se donner un objectif, bien sûr. Mais évitons la tentation d'accumuler une flopée de données brutes dont on ne fera jamais rien de toute façon. Les données sont inutiles si elles ne sont pas au service d'un méta-objectif.

D.B. - En tout cas, une chose est certaine, l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt...

C.B. - Voyons ce que la recherche en dit... Il n'y aurait aucune différence socioéconomique significative entre les gens qui se lèvent très tôt et ceux qui se lèvent plus tard. Mais on entretient le fantasme que les gens qui se lèvent tôt sont tous des gagnants. J'ai voulu appartenir à ce groupe. Pendant mon année d'expérimentation, je me suis donc levé à 5 h 30 pendant quelques semaines. J'ai détesté ! Pour tenir le coup, je me mettais au lit à 20 h. Au bout du compte, je n'accomplissais pas davantage que lorsque je me levais à une heure plus décente. Alors j'ai cessé de me faire souffrir.

D.B. - Est-il rentable pour tout le monde d'investir dans sa productivité ?

C.B. - Pas nécessairement. Certains d'entre nous peuvent dissocier la somme de leur travail de leurs résultats. D'autres pas. Un massothérapeute ne peut pas masser deux personnes à la fois. Il ne pourra jamais le faire. Un entrepreneur, par contre, peut regrouper ses activités s'il apprend à mieux utiliser son temps, son énergie et sa faculté de concentration.

D.B. - Être productif signifie-t-il toujours produire plus ?

C.B. - Non, cela signifie gérer ses attentes et comprendre ses contraintes. Parfois, on sous-évalue nos objectifs. À d'autres moments, on les surévalue. Avec le temps et l'expérience, on développe une meilleure compréhension de notre capacité quotidienne.

D.B. - Certains individus ont simplement moins, ou plus, d'énergie que d'autres. Qu'est-ce que les livres et les conseils de productivité peuvent y changer ?

C.B. - C'est vrai, à ce chapitre, nous ne sommes pas tous nés égaux. Mais nos habitudes et notre connaissance de nous-même peuvent contribuer à rééquilibrer la donne. Nos habitudes de sommeil, d'exercice et d'alimentation influent sur notre niveau d'énergie. Notre connaissance de nous permet d'identifier ce qui augmente notre énergie et ce qui la draine. L'extraverti, par exemple, se nourrit du contact des autres. Cela l'énergise. Tout le contraire de l'introverti, que ces contacts épuisent.

D.B. - Pendant un an, vous avez testé et tenté toutes sortes de techniques de productivité. Qu'en est-il resté ?

C.B. - D'abord, l'idée du changement s'avère souvent plus sexy que ce qu'on doit réaliser pour tirer des bénéfices de ce changement.

D.B. - Vous nous mettez en garde contre la porno de la productivité. De quoi s'agit-il ?

C.B. - Trop de lecture et pas assez de pratique. À un moment, il faut cesser de lire sur la productivité pour s'y mettre.

D.B. - Vous donnez des conférences en entreprise. Quelles questions vous pose-t-on le plus fréquemment ?

C.B. - «De toutes les choses que je peux faire pour accroître ma productivité, quelle est la plus importante ?»

D.B. - Et quelle est votre réponse ?

C.B. - Soyez convaincu et honnête. On choisit d'être productif. Ensuite, on crée les conditions pour y arriver. Voulez-vous vraiment être productif ou trouvez-vous l'idée sexy ?

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