Le nouveau visage des CA


Édition du 25 Janvier 2014

Le nouveau visage des CA


Édition du 25 Janvier 2014

Par Diane Bérard

Photo: iStock

Plus d'administrateurs qui n'occupent pas un poste de pdg, de recrues sans expérience des sociétés cotées en Bourse, d'étrangers, et d'administrateurs qui connaissent le secteur de l'entreprise à laquelle ils se joignent. Le Board Index 2013 de la firme de recrutement Spencer Stuart révèle le nouveau visage des conseils d'administration des grandes entreprises canadiennes et québécoises.

Près de la moitié (43 %) des femmes nommées au conseil d'administration des grandes entreprises canadiennes n'ont jamais siégé à un CA de société en Bourse auparavant. Un record, et un symbole du renouvellement profond de la composition des conseils.

Autre record : les recrues féminines sont plus jeunes. Elles ont, en moyenne, 54 ans. C'est cinq ans de moins que leurs homologues masculins recrutés en même temps qu'elles.

Pour leur faire une place - et répondre à la pression de la diversité -, il a fallu modifier certains critères de sélection des administrateurs : formation, expérience, etc. Sinon, on n'y serait tout simplement pas arrivé. Il n'y a pas assez de femmes pdg, tout comme on manque de femmes dans l'exploitation, la distribution et les ressources naturelles. On accepte donc des candidates venues d'autres univers, avec des parcours différents de celui de l'administrateur classique. La fin des stéréotypes, c'est l'un des constats de la 18e édition de l'étude Board Index, de Spencer Stuart.

Les conseils se divisent en deux : ceux qui n'ont aucune femme à bord ou une seule, et ceux qui en comptent deux ou plus. Les premiers ne bougent pas. Les seconds, eux, ont tendance à accroître la présence féminine. Pourquoi un tel clivage ? Certains conseils n'ont pas le choix. «Soyons honnêtes, dès qu'on quitte le secteur des services, les candidates qui ont fait leur classe se font rares, répond Hugues Lacroix, consultant en gouvernance chez Lacroix Groupe Conseil. Pour ces secteurs, trouver une femme tient du miracle, alors une deuxième, oubliez ça.»

Et tous les conseils ne sont pas disposés à faire un «acte de foi» vis-à-vis d'une candidate inexpérimentée, ajoute le consultant. Surtout lorsque l'actionnaire de contrôle s'avère très présent, par exemple lorsqu'il s'agit d'un groupe financier du style Bain Capital. «La diversité est une tendance, et ce type d'investisseur se fiche pas mal des tendances, poursuit M. Lacroix. Certes, la bonne gouvernance pourrait contribuer à la sauvegarde de l'entreprise à long terme. Mais, à court terme, elle ralentit la création de valeur aux yeux de ces investisseurs.»

Le point de bascule

Passer d'une à deux femmes au conseil n'est pas nécessairement plus aisé que de zéro à une. «C'est une question de masse critique, avance Michel Magnan, titulaire de la Chaire de gouvernance Stephen A. Jarislowsky, de l'École de gestion John-Molson de l'Université Concordia. Deux femmes auront, ensemble, un certain poids. Elles peuvent prouver leur apport au conseil. De plus, on suppose que le CA possède une grille de recrutement incluant des critères de diversité. Cela facilitera l'arrivée d'une troisième. Avec une seule candidate, il y a peu de chances qu'une dynamique de diversité soit en place.»

Le point de bascule se situe à trois, souligne Andrew MacDougall, président de Spencer Stuart Canada. «À partir de trois femmes, on constate un réel impact de la diversité de genre sur un CA.»

À quoi une seule femme dans un conseil peut-elle aspirer ? «Si les critères de recrutement sont modifiés pour atteindre des cibles, les recrues pourraient se trouver isolées, voire ignorées», craint Andrew MacDougall.

À moins que le président du conseil ne s'en mêle. «Il est responsable d'aller chercher les idées où elles se trouvent, peu importe qui les amène, rappelle Thierry Dorval, associé chez Norton Rose et président de l'Institut des administrateurs de sociétés. Au président du conseil d'assurer l'écoute et la mise en valeur des opinions, sans discrimination.»

Mais l'ouverture du président du conseil aux nouveaux arrivants ne suffira pas. Les recrues devront faire leurs classes, rappelle Andrew MacDougall. Et il n'existe qu'un antidote au manque de connaissances : la formation. «Les femmes qui se joignent à des CA de sociétés en Bourse pour la première fois devront travailler fort si elles désirent être efficaces, au conseil comme dans ses comités», prévient le pdg de Spencer Stuart Canada.

D'ailleurs, la formation préoccupe de plus en plus les membres de conseil. Surtout celle qui est liée au secteur d'activité de l'entreprise à laquelle ils siègent. En 1997, les deux tiers des conseils sondés pour le Board Index manquaient d'expérience pertinente. Ces conseils ne possédaient aucun administrateur rompu aux réalités particulières de l'industrie, ou n'en avaient qu'un. Aujourd'hui, la situation s'est inversée. Les deux tiers des conseils du Board Index se composent d'au moins trois administrateurs qui présentent une expérience sectorielle pertinente.

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