Le Groupe Rouillier vise à former et à recruter plus d'employés autochtones


Édition du 05 Mars 2016

Le Groupe Rouillier vise à former et à recruter plus d'employés autochtones


Édition du 05 Mars 2016

Par Benoîte Labrosse

[Photo : Bloomberg]

En 2012, Forages Rouillier, une entreprise d'Amos qui manquait de travailleurs spécialisés pour répondre à la demande, a décidé de s'allier à la Commission scolaire de la Baie-James. Après un an de cours théoriques et de formation pratique au sein de la PME, une quinzaine de Cris ont reçu un diplôme de leur «école de foreurs» à Matagami.

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«Certains ont travaillé avec nous sur un contrat à la mine Stornoway, raconte Mario Rouillier, président du Groupe Rouillier. Quand ce contrat s'est terminé, deux d'entre eux ont été embauchés par cette mine.»

Cette défection n'a toutefois pas contrarié Mario Rouillier outre mesure. «Nous aimerions que les travailleurs que nous avons formés nous suivent dans nos contrats, admet-il. Mais pour cela, c'est à nous d'être un très bon employeur et de les maintenir en poste. Autrement, leur diplôme leur donne l'occasion d'être embauchés ailleurs.»

La proximité de la main-d'oeuvre spécialisée est un enjeu de taille pour les entreprises qui oeuvrent dans l'exploration minière, car elles travaillent souvent dans des secteurs isolés. «Une firme de forage qui peut soumissionner plus bas que les autres parce que son personnel lui coûte moins cher en frais de déplacement dispose d'un avantage concurrentiel indéniable», illustre Valérie Fillion, directrice générale de l'Association de l'exploration minière du Québec.

Progresser en emploi

Une initiative comme celle de Rouillier «permet à des gens des communautés autochtones de progresser en emploi, fait valoir Mme Fillion.

«L'industrie minière est proportionnellement le secteur d'activité qui fournit le plus de travail à ces communautés au Canada [les Autochtones y occupent environ 20 % des postes], principalement dans des fonctions moins spécialisées, à l'étape de la production, ajoute-t-elle. Une migration s'effectue tranquillement vers les métiers techniques qui nécessitent plus de compétences, mais c'est encore rare».

Comme l'industrie minière est entrée dans un creux de vague, il n'y a pas eu de deuxième cohorte d'étudiants en forage à Matagami. Cependant, plusieurs formations semblables se profilent à l'horizon, car la PME abitibienne a pris de l'ampleur. Elle a acquis Forage Boréal et VersaDrill Canada à Val-d'Or, ainsi que Pro Forage Guyane, en Guyane française. «Là-bas, 90 % de nos employés sont des personnes du coin que nous avons formées ; il y a des foreurs, des comptables et des contremaîtres», souligne M. Rouillier.

Actuellement, moins de 5 % des quelque 300 employés du Groupe Rouillier sont d'origine autochtone. «Ce n'est pas assez élevé, dit Mario Rouillier. Notre objectif est d'atteindre 20 % en 2017-2018. La marche est haute, mais elle est atteignable.» Entre autres parce que l'entreprise se lancera «d'ici le printemps» dans un programme de formation en collaboration avec des organismes gouvernementaux, au sujet duquel le président est pour l'instant tenu au secret.

Leur engagement à former et à embaucher des membres de la Première Nation néo-brunswickoise Pabineau - par une récente coentreprise de Forage Boréal - est cependant public. Même chose pour des Inuits du Nunavut dans le cadre du nouveau partenariat d'affaires avec Avataa Explorations. «Nous sommes en pourparlers pour bâtir un programme adapté avec une commission scolaire, précise M. Rouillier. L'endroit de la formation est à l'étude : les gens de là-bas aimeraient que ce soit à Kuujjuaq, mais certains modules sur le terrain devront être faits en Abitibi, parce qu'actuellement, nous n'avons pas de contrats dans le Grand Nord.»

Transferts de connaissance

«Souvent, les travailleurs qui demeurent déjà dans le secteur où a lieu l'exploration connaissent le terrain et peuvent faciliter le repérage», fait remarquer Valérie Fillion. Le Groupe Rouillier entend en profiter.

«Il y aura un transfert de connaissances des deux côtés, note le président. Ils nous aideront à adapter notre formation en santé et sécurité aux conditions du Grand Nord - comment réagir aux blizzards, par exemple - et tout notre personnel sera ainsi mieux formé.»

L'ensemble des employés profite déjà d'un des compromis auxquels l'entreprise doit consentir pour satisfaire ses employés autochtones : les congés de chasse. «Il y a des périodes sacrées pour eux, il a donc fallu s'adapter, dit M. Rouillier. Nous réduisons entre autres le nombre de nos contrats et nous fermons temporairement des foreuses. Sauf qu'il ne faut pas oublier que certains de nos employés non autochtones d'Abitibi sont eux aussi prêts à perdre leur emploi si nous ne leur donnons pas leurs congés de chasse !» (Rires.) Mario Rouillier juge que l'intégration des travailleurs des Premières Nations au sein du Groupe n'a causé «aucun problème». «Nos gars sont très ouverts, assure-t-il, surtout quand on arrive avec quelqu'un qui est bien formé.»

Mme Fillion souligne qu'en cas de besoin, le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie des mines offre aux travailleurs et aux superviseurs des formations de sensibilisation à la diversité culturelle autochtone, ainsi qu'un programme facilitant l'intégration professionnelle des communautés des Premières Nations et des Inuits dans l'industrie.

«Connaître et partager d'autres cultures, cela fait progresser», conclut le président du Groupe Rouillier.

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