«Les entrepreneurs d'un incubateur préfèrent avoir plusieurs interlocuteurs qu'un seul mentor» - Roxanne Varza, directrice, incubateur Station F


Édition du 12 Août 2017

«Les entrepreneurs d'un incubateur préfèrent avoir plusieurs interlocuteurs qu'un seul mentor» - Roxanne Varza, directrice, incubateur Station F


Édition du 12 Août 2017

Par Diane Bérard

Malgré la pénurie bien réelle de femmes en technologies, une des stars de cet univers est une jeune femme de 32 ans, Roxanne Varza. Elle dirige Station F, le plus grand incubateur du monde, situé à Paris, qui a ouvert ses portes le 7 juillet dernier. Il compte 3 000 postes de travail et accueille des candidats de tous les pays. Avis aux entrepreneurs québécois.

L'entrevue n° 328

Personnalité internationale - DIANE BÉRARD - À 32 ans, vous prenez la direction du plus grand incubateur de start-up du monde. Quel parcours vous a menée à cet emploi convoité ?

Roxane Varza - J'ai décroché mon premier emploi en 2007. Je bossais pour Business France [l'équivalent de Montréal International] à San Francisco. Je devais convaincre les entrepreneurs californiens de s'installer en France. Ç'a été mon premier contact avec l'entrepreneuriat technologique. J'ai affronté des tas de préjugés par rapport à la France : bureaucratie, grèves, horaires de travail, etc. J'ai émigré en France pour les vérifier. Je suis devenue rédactrice en chef de la version française de TechCrunch, tout en poursuivant une maîtrise. Business France m'a fait connaître l'écosystème start-up. TechCrunch m'a permis de gagner de la visibilité et de la crédibilité dans ce secteur. J'ai commencé à assumer le rôle de porte-parole. J'ai organisé des événements comme Girls in Tech et la conférence FailCon, sur l'échec. J'ai aussi travaillé pour deux start-up londoniennes. Enfin, j'ai créé et dirigé l'incubateur français de Microsoft. C'est à ce moment que Xavier Niel [entrepreneur français spécialisé en télécommunications, fondateur de Free et copropriétaire du groupe Le Monde] m'a recrutée pour Station F.

D.B. - Vous avez grandi aux États-Unis, mais votre expérience de travail est française. Qu'avez-vous conservé d'américain ? Qu'avez-vous gagné de français ?

R.V. - J'ai une culture du travail nord-américaine. Ainsi, même si les salariés français sont protégés par la loi, je me dis que je peux me faire virer n'importe quand. Et puis, je pense qu'on ne devrait pas tout dire au travail. En France, les employés râlent tout le temps ! Par contre, je suis sensible à l'équilibre entre le travail et le reste de la vie. En France, on travaille pour vivre. En Amérique, c'est l'inverse. Je tente d'aller du côté français. J'encourage mon équipe à se montrer vigilante quant à l'épuisement.

D.B. - Vous êtes jeune. Vous êtes une femme. Et vous êtes d'origine iranienne. On peut supposer que tout cela a contribué à vous distinguer des autres candidats à ce poste.

R.V. - En effet, je représente la diversité. Et puis, j'ai un parcours atypique. On quitte généralement l'Europe pour s'installer à Silicon Valley. Moi, j'ai fait l'inverse. Cependant, je n'ai jamais envoyé mon CV à Xavier Niel, le fondateur de cet incubateur. Il m'a parlé de ce projet pour la première fois en 2013. Je suis partie en tournée mondiale des incubateurs pour évaluer l'offre, et j'ai sondé des centaines d'entrepreneurs pour comprendre leurs besoins.

D.B. - Qu'avez-vous découvert lors de votre étude de marché pour Station F ?

R.V. - J'ai vu beaucoup d'incubateurs identiques. Et j'ai appris que les entrepreneurs ne veulent pas de programmes imposés. Ils désirent plutôt des services à la carte. De même, ils ne souhaitent pas de relations imposées avec un seul mentor. Ils préfèrent rencontrer une variété d'acteurs. Et ils valorisent particulièrement les échanges avec d'autres entrepreneurs. Ils trouvent de nombreuses solutions chez leurs pairs.

D.B. - Station F se veut le plus grand incubateur du monde. Pourquoi viser une telle ampleur ?

R.V. - Station F a été pensée en 2013. Xavier Niel en a eu l'idée en voyant l'atomisation de l'univers start-up français. De l'extérieur, on donnait l'impression qu'il ne se passait rien. Pendant ce temps, Berlin avait The Factory, un campus de 16 000 m2. Et Londres, le Google Campus. Paris avait besoin d'un lieu emblématique et visible.

D.B. - L'entrepreneuriat technologique est très glamour. Ne prend-il pas trop de place par rapport au reste de l'économie ?

R.V. - Je n'ai pas cette impression. On parle beaucoup de l'entrepreneuriat technologique, mais de nombreuses autres formes d'entrepreneuriat sont aussi encouragées. Nous ne sommes pas «pur tech», même si c'est la tendance majoritaire. Il y a une raison à cela : ce type d'entreprise se «massifie» rapidement et exige des ressources assez facilement accessibles. Notre offre n'est pas conçue pour des entreprises manufacturières, elles exigent trop de moyens. Et leur cycle de croissance est trop long pour notre mode d'encadrement.

D.B. - De l'extérieur, les incubateurs et les accélérateurs ne semblent pas des modèles de diversité...

R.V. - Ce doit être une préoccupation constante. Je constate avec bonheur que, parmi les 2 300 candidats à Station F, 40 % sont des femmes. Toutefois, ce qui me préoccupe particulièrement, c'est la sous-représentation des entrepreneurs moins diplômés. Nul besoin d'avoir fait une école d'ingénierie pour démarrer une start-up.

D.B. - Est-on toujours aussi jeune dans les accélérateurs ?

R.V. - En fait, les entrepreneurs se trouvent surtout dans deux catégories : les très jeunes et les très expérimentés. Dans les deux cas, ce sont les meilleurs moments pour se lancer en affaires. Quand on est très jeune, on n'a rien à perdre. On peut prendre tous les risques. Quand on est plus expérimenté, on se sent plus en confiance. On peut s'appuyer sur ses connaissances.

D.B. - Station F offre une aide particulière aux clients fragiles. De quoi s'agit-il ?

R.V. - Le Fighters Program offre l'accès gratuit pour une période d'un an aux réfugiés, à ceux qui ont une histoire personnelle difficile et à ceux qui vivent une situation de précarité économique. Ils ont accès aux mêmes ressources que tous les autres participants de Station F.

D.B. - Vous ouvrez les bras aux participants étrangers. Dites-nous-en plus sur vos programmes.

R.V. - À terme, nous offrirons 26 programmes. Des programmes sectoriels, comme le Microsoft Programme (intelligence artificielle), le Thales Digital Factory (cybersécurité) ou Vente-Privée (mode, tech, commerce de détail). Des programmes stratégiques, comme NUMA Scale Hub, consacré aux entreprises internationales qui souhaitent accélérer leur conquête du marché français. Des program- mes classiques, comme le Founders Program, qui accompagne les premiers pas de l'entrepreneur. Pour l'instant, ce sont, dans l'ordre, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine qui ont envoyé le plus de candidatures.

D.B. - Des entrepreneurs québécois seront certainement tentés de joindre votre incubateur et de tenter leur chance sur le marché français. Qu'en est-il du système de visa français ?

R.V. - La France a fait énormément de progrès sur ce plan. Au printemps 2017, elle a lancé le French Tech Visa, accessible aux entrepreneurs, aux salariés et aux investisseurs des technologies.

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