Lac-Mégantic: Reconstruire ou réinventer?


Édition du 21 Décembre 2013

Lac-Mégantic: Reconstruire ou réinventer?


Édition du 21 Décembre 2013

Voici une question très délicate : comment Lac-Mégantic pourra-t-elle profiter de la tragédie du 6 juillet ?

Poser la question peut paraître indécent. Et le mot «profiter», difficile à avaler. Comment peut-on, d'une façon ou d'une autre, tirer profit d'une situation aussi dramatique?

À Lac-Mégantic, toutefois, on commence à l'entendre, cette question. Heureusement. En réalité, elle est posée autrement. Des gens se demandent s'ils seront fiers, dans 10 ou 20 ans, d'avoir simplement repris le cours normal des choses.

Reconstruire, c'est une chose. Se réinventer en est une autre. Pour bien des leaders, qui adorent leur ville et leur région, la tragédie a sonné le réveil. Ça peut paraître bizarre, mais elle leur donne une énergie nouvelle.

La région en a bien besoin. La MRC du Granit, dont Lac-Mégantic est le coeur, affiche la plus faible croissance démographique de l'Estrie. Selon l'Institut de la statistique du Québec, la population aura augmenté de 1,4 % entre 2006 et 2031. Attention, ce n'est pas la croissance annuelle moyenne, mais bien la hausse totale prévue sur 25 ans ! Pendant ce temps, la population de la région de Magog, par exemple, devrait augmenter 17 fois plus vite.

Aussi bien parler de stagnation dans le Granit. Ça veut dire une population qui vieillit plus vite qu'ailleurs, moins de jeunes familles, moins d'entrepreneurs, moins de création de richesse, donc moins d'investissements privés et publics, moins de services locaux... C'est une spirale dangereuse.

Rien pour rehausser une offre touristique déficiente dans une région pourtant largement favorisée. Des lacs, des montagnes, une belle campagne, un ciel tellement noir et étoilé qu'il donne le vertige. La nature est vraiment généreuse et on y retrouve des artisans doués et accueillants. Pourtant, Lac-Mégantic ne s'est pas imposée comme la destination d'envergure qu'elle pourrait être.

Le secteur manufacturier en arrache aussi. Il y a de beaux cas d'innovation, mais trop peu nombreux. Pourtant, la technologie pourrait favoriser la naissance d'une nouvelle génération d'entreprises, avec des emplois mieux rémunérés pour de jeunes familles prêtes à quitter l'enfer des ponts.

Comprenez-moi bien : je ne dis pas que la région est moribonde. De nombreux efforts ont déjà été faits pour son développement. Je ne dis pas non plus qu'il faut adopter une approche purement mercantile après une catastrophe aussi révoltante. Mais il y a moyen, en respectant les disparus, leurs familles et la communauté, de devenir un modèle unique de revitalisation. C'est peut-être le plus bel hommage qu'on peut se faire, d'ailleurs.

Ce souffle de relance, on le sent naître à Lac-Mégantic. Paradoxalement, c'est un souffle qui vient du vide. Il arrive quand on n'a rien à perdre. Il vient d'un centre-ville qui n'existe plus, d'une ville coupée en deux. De citoyens, d'entrepreneurs et de dirigeants qui doivent trouver de nouvelles façons de faire, de nouvelles façons de travailler. Mais surtout, de nouvelles façons de penser l'avenir.

Cela n'arrive pratiquement jamais de repartir d'une page blanche, d'effacer le meilleur comme le pire. Voilà une occasion rêvée de se coller aux modèles les plus inspirants de la planète. De ne pas simplement reprendre le cours normal des choses.

Stéphane Lavallée a été éditeur du Groupe Les Affaires de janvier 2008 à septembre 2013. Il a grandi à Lac-Mégantic, où vit une partie de sa famille.

À la une

Le statut des feux de forêt qui menaçaient Fort McMurray est «sous contrôle»

Il y a 21 minutes | La Presse Canadienne

Alberta Wildfire indique que plus de 40 millimètres de pluie sont tombés sur l’incendie depuis le 16 mai.

Microsoft intègre l’IA générative directement dans ses PC

14:36 | AFP

Selon Microsoft, plus de 50 millions de «PC IA» seront vendus dans les douze mois à venir.

Intelligence artificielle et «tech durable» à l’honneur pour la 8e édition de VivaTech

13:51 | AFP

Pour sa 8e édition, le salon s’attend à une affluence au moins égale à 2023, soit 150 000 visiteurs.